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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 12:45

UN MORCEAU D'ESPACE, UNE ESPECE D'HOMME

par  J-Paul Gavard-Perret.

David Scher, " The end is near (in a way) so repent somehow ", galerie Jean Brolly, Montmorency, Paris 3ème, 5 janvier-9 février 2007.



 David Scher



Le dessin (qui constitue la part essentielle du peintre new-yorkais) pense la topologie de l'être : il nous met au centre du lieu où il se déploie. Le dessin devient donc la monstration de l'être. Il en est aussi la parousie car à la fois, il le montre et le dit en le faisant retourner à son origine : celle de la lumière, même si chez l'artiste né en 1952 elle reste avant tout noire. Anthropomorphisme et dessin sont donc imbriqués dans un entrecroisement phénoménologique où tout se tient dans ce que Heidegger demandait à l'art : " faire voir à partir de l'être même ce qui se montre de lui-même ". Scher montre ainsi ce qui d'ordinaire ne se montre pas tant notre vision est recouverte d'habitude et reste ainsi paradoxalement en retrait. Ici le dessin intercepte les mouvements de référenceS vers une monstration particulière. Les lignes cessent de s'effacer devant les êtres, elles deviennent formes pour elles-mêmes d'où leur paradoxe au moment où elles sembleraient pouvoir venir singer le réel. Chaque ¦uvre de l'artiste nous fait face comme une bulle qui boursoufle la surface du support afin de proposer l'épreuve d'une rupture entre le sens idéal de la figuration et la présence humaine qui est là sans que les lignes puissent la rencontrer. Celles-ci deviennent des sortes de monstres privés de sens : articulés pourtant elles n'articulent rien. Elles deviennent les avertisseurs d'états limites des êtres par un langage dont l'idéalité retirée rend soudain capable d'offrir du singulier.



Il existe donc en de telles représentations humaines un suspens où la référence est différée, comme hors du monde ou sans monde (puisqu'il n'existe pas d'appels à des hors champs implicites). A la faveur de cette oblitération du rapport au monde, chaque dessin devient libre d'entrer en rapport avec ceux qui les jouxtent et qui viennent prendre la place de la réalité circonstanciée suggérée habituellement par ce qu'on nomme le vivant. Scher offre ainsi et comme peut d'artistes savent le faire des rapports in-vitro qui constituent de fait et même s'il ne s'agit que de " restes " ce qu'il demeure de l'art lorsqu'il n'est plus que lui-même : à savoir au service de rien : ni du monde, ni de la théorie. Juste de la stratégie qu'il engage. Le dessin devient un morceau d'espace plus qu'une espèce d'homme. C'est à la fois un nuage, une chute, de l'eau avalée quand on a soif, le mur ou l'empierrement du monde, l'instant de tout ce qui voudrait unir mais qui surgit uniquement dans un espace de la séparation. Morcelé par ses intervalles dont il renverse le grand large absolu, le dessin devient l'entre, l'éclaircie de l'ouvert. Le ciel et la terre sont comme réunis sous les pieds des silhouettes et c'est pourquoi la marche esquissée ne possède plus de cesse là où le dessin (fidèle aux injonction de Giacometti) n'a plus besoin d'esquisser de mouvements. Simplement la lacune humaine a remplacé son centre. David Scher en prolonge une extrémité. A savoir celle de son imprononcé : éclat de graphite dans l'éclat blanc de la page où il s'écrase.

 


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