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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 10:31

Paradoxe  de l'apparition

par Jean-Paul Gavard-Perret


Véronique Sablery, "Tentation du visible - excès de luminosité", Abbaye de Saint André de Mondaye du 8 juin  au 15 juillet  2008, Saint André sur Orne puis "La concrète et l'absolue" du 12 juillet au 21 septembre 2008, Musée de Normandie à Caen (14)




Véronique SableryQu'elle s'intéresse aux prisonnières de la Maison d'Arrêts de Rennes, aux figures de Saintes ou, comme pour cette exposition, à la Sainte Face ( à partir des peintures du XVIIème siècle de Philippe de Champaigne et de son neveu Jean-Baptiste), la photographe Véronique Sablery poursuit un travail paradoxal. De l'objet sensoriel (la main hier, l'œil aujourd'hui), elle passe à sa "fonction" (le toucher, le regard). Pour "Tentation du visible" l'artiste rappelle que l'œil par lui-même est toujours trop loin pour qu'on y cerne le regard. Le premier navigue dans le vague, seul le regard traque l'appel à la présence. Le premier demeure attentatoire, seul le second devient "fable". Passant d'objet à fonction, l'œil devenu regard "change de main". Et plus particulièrement lorsqu'il s'agit de celui du Christ peint par les de Champaigne. Il n'existe plus de feinte : les paravents que constituent le mensonge, la culpabilité ou le repentir se taisent. Ne reste plus, dedans, de rumeur si ce n'est celle de la lumière de l'âme qui elle-même n'est plus très loin.



Tandis que l'œil est "la pousse qui sert à colmater l'oubli" selon la définition d'Eric Simon, le regard crée l'irruption des images mortes si bien que "les mots eux-mêmes perdent leurs noms". Le regard lézarde paradoxalement l'apparence pour signifier l'"aître" de l'être, c'est-à-dire son âtre aussi inquiétant que familier sur laquelle Véronique porte un "excès" de lumière grâce au dispositif qui lui est cher. Concentrant sa prise photographique sur lui seul, elle insère son épreuve entre deux plaques de verre qu'elle ne plaque pas directement contre le mur de l'abbaye mais à quelques centimètres. L'image se dédouble ou se redouble par sa présence à la fois sur la plaque et conte le mur. Un tel travail ne va pas sans une certaine élégance en ce jeu subtil, violent, fuyant, arrogant et secret. Se découvre non seulement le regard mais son envers comme si l'on pouvait passer à travers en une sorte de mise en abîme et de mise en présence.


D'autant que Véronique Sablery propose une suite de variations. Chaque pièce devient un d’appareillage qui circonscrit une zone de solitude extrême. L’artiste ne cherche aucune dramatisation, elle se contente de montrer une symphonie - souvent monochrome - ouverte, malgré l’oppression du réel, vers quelque chose de presque onirique. La partie retenue des toiles originales est à la fois agrandie et concentrée par les jeux des installations distribuées sous formes d’épures où se mêlent les courbes souples des yeux à la verticalité des structures. D'où l'apparition de la présence essentielle d'un regard qui échappe à toute localisation précise en lui accordant une sorte d’éternité d'épure ouverte sur un inconnu qui nous parle vraiment et qui dépasse la seule
dimension christique et religieuse.


Véronique SableryChaque œuvre compose avec le diaphane. Non que Véronique Sablery refuse l’épaisseur voire les jeux de plan stratifiés qui désynchronisent parfois la représentation. Mais tout se fond dans un principe de divisé-divisant. Le visible (apparence) disparaît en tant que tel au profit d’une mise en aura. Certes une figuration demeure mais comme en trompe l’œil. Dans chaque "photographie" émerge un phénomène à la fois de dédoublement et d'enlacement. L'image se manifeste comme apparition mais indique quelque chose qui ne se manifeste pas. Il y a donc là un phénomène indiciaire aussi subtil qu’étrange et qui tient lieu de trouble. Ce qui est montré ne signifie donc pas simplement mais annonce quelque chose qui se manifeste par quelque chose qui ne se manifeste pas.


Cette forme de négation n’est pourtant pas une privation : elle détermine à l’inverse une structure d’apparence ou plutôt d’apparition dédoublée, redoublée ou découpée : le regard christique ne se traduit pas par la simple reproduction de la peinture du XVIIe siècle. En isolant certains de ses éléments l'œuvre anéantit tout effet de clairvoyance afin de susciter une Voyance. La réalité “ vraie ” est remplacée par une sorte d’indiscernabilité mise à jour par l’épreuve de la disjonction, pan sur pan en une visée pelliculaire qui tient aussi d’un soulèvement, d’une élévation. La révulsion du simple effet de surface joue pour créer une ouverture énigmatique. L'exposition (située en un lieu qui n'est pas anodin et que l'auteur affectionne) offre des traversées subreptices et irruptives sur le plan ou à travers lui. Par effets de pans, l’entrelacs est donc travaillé et pensé dans une dimension paradoxale. Et si le reflet joue un certain rôle c’est à travers une sorte de diaphanéité labyrinthique.


De la sorte l’art de Véronique Sablery est le plus lucide qui soit. Il est l’image d’une conscience aussi douloureuse que déchirée même si ce qui est donné à voir de l’ordre de la douceur. La constitution du visible n’y est plus fomentée dans les termes d’une pure déposition mais en une sorte d’avènement transperçant et quasi transparent (d'où la partie de titre de l'exposition "excès de lumière"). L'artiste pense donc son art du visible sur fond d’invisibilité afin de créer une dynamique plastique comme si où le diaphane est présent existait aussi l’obscurité. Celle-ci devient la condition du visible comme si l’atmosphérique et l'aqueux (deux éléments dont l’œil lui-même est constitué) avaient partie prenante en une recherche singulière et dont la puissance quasiment sacerdotale de recueillement demeure capitale.


Le regard - puisque c'est bien de lui qu'il s'agit en premier lieu - devient alors abyssal face à une photographie qui n'est plus surface enrobante mais une surface qui dérobe et se dérobe. Elle devient l’interface agissante entre le sensible et le sens, le possible et l’impensable. Ce que le voyeur croit investir devient principe d'une autre et double séparation. La lisibilité annoncée n'est que feinte par cette exhibition où le regard chavire. On ne peut s'en débarrasser, mais peut-on en jouir si ce n'est en faisant du plaisir une causa mentale avant que pure exacerbation des sens ?

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 10:14

De natura etc...
peintures et oeuvres sur papier
du 12 juillet au  31 août 2008
Galerie Pascale Guillon - Tavel (30)

&

Jardins
peintures et livres peints
du 22 mai au 30 août 2008
Médiathèque François Mittérand -  Saintes (17)

&

Jardins en Alsace
du 21 juin au 6 septembre 2008
Médiathèque du Pays de Thann (68)





Anne Slacik poursuit son investigation du monde végétal. Ses paysages sont ceux des " Jardins", espaces clos, silencieux et serins,  destinés à être explorés. Les objets de la nature sous ses pinceaux sont  quelques arbres, quelques herbes, rien de plus, rien de moins. A eux seuls, ils synthétisent une approche calme et obstinée du vivant retiré en un lieu protégé, celui de l'intimité.

Ses oeuvres récentes,   peintures et livres peints font l'objet de plusieurs expositions personnelles durant l'été, jusq'au 30 août 2008 "Jardins" à la Médiathèque François Mittérand  à Saintes (17), jusqu'au 6 septembre "Jardins en Alsace" à la Médiathèque du Pays de Thann (68) et du 12 juillet au 31 août 2008 "De Natura etc..." à la galerie Pascale Guillon à Tavel (30).

Ses oeuvres sont également présentes dans "Jeux d'équilibre - Confrontations, tensions & harmonies" une exposition qui se tient à la galerie Doris et Lucien Schweitzer du 9 juillet au 15 septembre 2008 et qui est consacrée aux artistes permanents de la galerie.



Informations pratiques :


Vernissage le 11 juillet 18h / 21h
 
Lecture poétique de Michaël Glück
le 19 juillet à 19h

Galerie Pascale Guillon
93 rue Frédéric Mistral
30126 TAVEL
06 75 89 29 17
galerieguillon@orange.fr
ouverture du mardi au dimanche 15h/19h et sur RV

&

Salle des jacobins
Médiathèque François Mitterrand
lace de l'Echevinage, 17100 Saintes

Tél : 05 46 93 25 39
ouvert les mardi, jeudi et vendredi de 13h30 à 18h
le mercredi de 10h à 18h et le samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h

&

Médiathèque du Pays de Thann
rue Anatole Jacquot
68800 Thann
 Tel : 03 89 35 73 20
Vernissage samedi 21 juin à 11h

&


Galerie Lucien Schweitzer 
24 avenue Monterey
2163 Luxembourg
t (+352) 23 61 656
www.lucien-schweitzer.lu 



photo : Blanc  200 x 270 cm  huile et pigments / toile  2008

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 10:02

Martin Vaughn-James
Le Messager de l'ombre.



Nous nous sommes rencontrés devant "Le Lieu parfait". C'était le titre  d'une toile à laquelle il finissait de travailler  au moment où  j'arrivais dans son atelier. Il avait un accent bizarre, disons anglo-saxon et des manières  étranges comme de planter de vieilles photographies sur les murs de  l'atelier. Un ravissant chien anglais. Il peignait les volets  fermés.Il vivait reclus. Quand il est venu à parler de sa peinture  c'était des transports de mots , puis l'absence, voire une  disparition. Le quartier était calme, la nuit tombait. Et il m'a  occupé pendant une heure à propos de l'année 1954.
- Oui, lâcha-t-il, j'avais 11 ans alors.
Il était assis au bord de sa chaise , une main posée sur une bouteille  de Scotch, l'autre tenant son pinceau...
- C'était la première fois que je prenais racine quelque part. Ma  famille avait trouvé sa situation. Ils étaient venus de plusieurs  milliers de kilomètres. C'était beaucoup. Je les suivais partout.
Ce n'était pas la réponse que j'attendais. Mon idée était de lui  demander de m'expliquer sa fascination pour le lointain. les vieux  quartiers, les maisons abandonnées, les voitures noires, les incendies  et les autos d'enfant.
- Les liens du sang, vous savez, dit-il. C'est tellement triste aussi.
L'expression quelque peu dévalorisante me fit sourire.
- Toujours prêt à y revenir, comme un bon chien soupira-t-il.
- Entendu, ajoutai-je, mais qu'espérez-vous ? On ne sait rien après tout.
- J'avais simplement besoin de me souvenir. Et j'ai entrepris de  combler les lacunes du temps passé, artistiquement.
- Mais pourquoi ces années-là, comme un film en automne, dans la  grisaille et le froid, au milieu de pelouses entretenues, de  palissades et de la brume engloutie... cette absence de lien ?
Oui, poursuivit-il, il y avait une allée qui bordait la maison . Un portail. Il frissonna puis me dit enfin :
- C'était pourtant un jour normal et j'eus cependant le sentiment que  la maison allait disparaitre et que ses habitants étaient emportés  ensemble.
Devant le peintre je vis un coffre métallique de belles dimensions. Et  en lettres claires : Le Songe de W. L'idée qu'il avait choisi ce  métier pour sauver les choses périssables, les faire survivre malgré  leur âge vénérable m'écrasa de stupeur. J'eus la sensation nette que  la sonnette allait tinter.
Et alors il laissa échapper un mot :
- Je m'occupe secrètement de prendre au piège les distances  intérieures, comme un policier.
C'était le seul moyen qu'il avait trouvé, me dis-je plus tard. Cet  homme n'avait sans doute jamais connu d'autres batailles. Mais sa  guerre suggérait une chasse pour pénétrer un jardin ravagé par les  massacres du temps. Je sortis dans la pénombre dans un abîme de perplexité, le laissant  avec sa bouteille de Scotch jouer de son imagination... et les amis  partis et les années rongées.
- Qu'est-ce qu'on cherche au juste ? marmonnai-je. Et de quoi a-t-on faim ?

PG

Pierre Givodan - contact@pierregivodan.com

Chroniques intempestives




Exposition "Martin Vaughn-James", Galerie Meyer-Le Bihan,  du 12 mai  au 2 juillet 2005, 108 rue Vieille du Temple 75003 Paris.

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 16:15

du 24 mars au 29 août

Halle Saint-Pierre - Paris

 


Si le dessin est un art de l’instant, il n’en reste pas moins, pour celui qui le pratique, la marque sensible d’une expérience pure de la durée. Se distinguant en cela de l'art du poète dont l'oeuvre est bien souvent le bonnet qui le rend invisible, chaque trait d'un dessin révèle la personnalité de celui qui les trace. Entre le dessin et la poésie, il y a donc une étrange symétrie qui accorde à l’un ce qu’elle refuse à l’autre et inversement : si le poète disparaît dans ses vers à mesure que s'y glisse l'impression du temps, le dessinateur lui, ayant renoncé à tout artifice, en saisit le jaillissement même. C’est là, du moins, l'incomparable mérite des artistes que réunie l’exposition Éloge du dessin.

 

               Sabhan Adam        Jean-Luc Giraud
              Sabhan Adam       Jean-Luc Giraud
                       
               Marcel Katuchevski        Cécile Carrière
              Marcel Katuchevski       Cécile Carrière





I. Effusions.

En regardant les tableaux de Sabhan Adam, j'ai d'abord vu des hommes en train de naître ; puis déjà vieux essayer d’exister; ils s'accrochaient tous à la dernière branche de leur tête, mais le temps ne cessait de les raturer. O pauvres hommes pensais-je, ils ont beau prendre la pose, se tenir ferme à leur forme, ils n'en deviennent pas moins les prisonniers ombrageux d’un cadre qui ne contient du temps que les ébauches successives. 

Fuyant leur déroute, mes jambes me plantèrent à l'orée d'une bouche, d'un oeil, de deux oreilles et d'un nez (celui de Jean-Luc Giraud). Là, je pus enfin souffler ; contempler sans trembler l’énigme d’une tête. Elle était calme, lasse et portant comme en creux un parfum d'autrefois. Un auto-portrait de Rembrandt. Une gravure de Redon, une photo d’avant-guerre. Que sais-je ? En elle, les styles se perdaient dans l'éternité d’un regard. Toujours le même. Immuable. Envers et contre la forme. Il restait là. Inaltéré. Intact. Double inversé des ombres passagères que je venais de voir. Du moins, c’est ce que je crus. Mais en vérité, un saut le séparait d'elles. Et ce saut avait la profondeur de l'éternité.


Un  peu las, je ne pus faire qu'un quart de tour pour m'extirper de sa langueur. J'en reçu  une gifle; coup de gomme sur une feuille. Les dessins de Marcel Katuchevski me dévisageaient comme si jamais encore je n’avais vu ce qu’était l’impatience. Sans appui, ils tombaient. Mais d’une seconde à l’autre, leurs figures s’abouchaient à l’ombre ; exhibaient son souffle et sifflaient sa menace. Depuis combien de temps et pour combien de temps encore allaient-elles devoir souffrir ainsi ? Quel soleil inconnu, quelle eau lustrale attendaient-elles ? Peut-être l’heure de midi me dis-je. Là où l’ombre se noie dans la soleil ?


Méditant cette énigme, la danse légère de ballerines jouant sur des tâches suspendit mon jugement. Avais-je trouvé l’expression d’un temps chaotique enfin apaisé ; d’une figuration mêlant les ratures d’Adam, la sérénité de Giraud et l’impatience de Katuchevski? Pris d’un doute asthmatique les mots de Maurice Béjart me revinrent en mémoire : « danser c’est faire tout ce qu’on veut avec son corps… après vingt ans d’ascèse ». Légères, aériennes, et pourtant prisonnières de l’instant, les figures que je contemplais forçaient mon regard à parachever leurs mouvements. Elles jaillissaient de la matière, l’animaient d’un souffle et faisaient mentir l’instant. Et si les dessins de Cécile Carrière transgressaient les limites du dessin ? Je ne pu me résoudre à le dire. Mais une chose m'apparut clairement : sur la buée de l’instant, leurs frêles esquisses dessinaient l’image statique du mouvement. 

« Mon souffle, ma chaleur ont embué
Déjà la vitre de l’éternité.
Si du dessin s’y incruste les traits,
L’instant d’après nul ne les reconnaît.
Que de l’instant s’écoule la buée !
La chère esquisse n’en sera brouillée(1). »



 Harmut Reiderer  Mahé Boissel  
Harmut Reiderer Mahé Boissel Famille 2007  




II. De la primitivité du dessin



Il serait tentant de parler de « primitivité » pour caractériser ce qui rassemble les artistes que présente l'exposition Éloge du dessin. Mais ce terme manque malheureusement de précision. Ou du moins, pour qu'il résonne exactement comme nous l'entendons, il se doit d'être un peu mieux défini. Ainsi nous révélera-t-il peut être l'affinité profonde qui relie le dessin, comme mode d'expression, aux artistes, le plus souvent « autodidactes » (Sabhan Adam, James Allen, Deborah Barret, François Burland, Cécile Carrière, Hiroyuki Doi, Patrick Gimel, Raphaël Léonardini, Joël Lorand, Philippe Michaëlef-Ducollet, Henriette Zéphir ) qui le pratiquent. 



Est dit primitif tout ce qui touche au commencement. En ce sens, l'enfant à quelque chose de primitif dans l'exacte mesure où son être n'a pas encore subit d'autres influences que celles qu'a placé en lui la nature. Inversement, dès qu'il s'éloigne de ce qu'il fut à ses débuts, il perd ce caractère pour devenir un être que l'on nommera plus volontiers « mûr », « mature » ou bien alors « réfléchi». Autrement dit, le caractère primitif d'une chose se rapporte d'abord à la manière dont le temps agit sur elle.



Est-ce à dire que les artistes de l'exposition Éloge du dessin sont restés des enfants ? Peut-être. Du moins ne peut-on s'empêcher d'être saisi par la sincérité de leurs oeuvres, par leur spontanéité, et surtout, par la frontalité avec laquelle elles se donnent. A rebours de l'art abstrait ou de l'art conceptuel qui se dérobe à la vue au moment même où il se montre, les oeuvres ici présentées se confondent avec leur matérialité, n'ayant rien d'autre à dire que ce qu'elles sont.



Mais l'idée de primitivité ne peut se réduire à celle d'enfance, ni moins encore à celle de spontanéité ou de sincérité. Car, à la concevoir sous cet angle, une part importante de sa définition nous échapperait et avec elle, ce qui, en profondeur, fait sa force et sa valeur. En effet, vouloir faire de la primitivité l'équivalant d'une immédiateté irréfléchie reviendrait à concevoir les artistes  comme des bêtes de cirque dont les mimiques sont appréciés pour autant qu'elles ne sont pas simulées. Mais, encore une fois, ce serait là se méprendre sur ce qui fait la profondeur et le vérité des oeuvres ici présentées.



Les raisons de ce malentendu sont multiples, mais reposent pour l'essentiel sur un trait commun à toute notre époque : qui n'est pas capable de mettre en discours sa pensée manque d'esprit. Mais c'est là oublier que certaines questions ne peuvent recevoir de réponse et fuient le langage comme une peste :  « Tel est » écrit Kierkegaard, « le destin qui pèse sur toute pensée plus primitive : elle s'achoppe à certaines questions fondamentales qui sont d'ordinaire considérées comme à ce point acquises que personne n'aurait l'idée de s'y attarder (2) ».  



Reprenant ici le célèbre adage de l'Evangile qui affirme que « tout arbre se reconnaît à ses fruits », comment pourrions-nous ne pas reconnaître dans ces dessins les fruits d'esprits qui continuellement se cherchent. Tout dessin est une question que s'adresse celui qui dessine à lui-même.


Frédéric-Charles Baitinger

 

Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com





(1) O. Mandelstam, La pierre, 1909(2) . S. Kierkegaard, La dialectique de la communication.


voir aussi : la présentation de l'exposition (ICI)

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 09:16
in "Matière Nomade"


du 17 mai au 15  juin  2008

Galerie H.D. NIck - Aubais






La délicatesse des oeuvres de Brigitte Bultez-Brun suggère un univers légèrement mystique.  Les formes en état de suspension, les jeux de la transparence prennent acte de la perfection de la nature et de l'incapacité de l'homme à la surpasser. Son travail extrèmement soigné, la maîtrise technique de son art  permettent  à l'artiste à travers la recherche d'une certaine forme d'aboutissement visuel de révéler la volonté d'une transcendance. C'est sans doute pourquoi opère ici, la magie d'une lumière silencieuse.


Un ensemble d'oeuvres récentes de Brigitte Bultez-Brun sera présenté du 17 mai au 15 juin 2008, dans le cadre de  "Matière Nomade", une exposition thématique qui court sur toute l'année 2008 à la galerie H.D. Nick à Aubais (30) alternant les expositions collectives et  personnelles des artistes de la galerie.


Catherine Plassart



voir aussi :
le site de la galerie H.D. Nick, la vitrine de Brigitte Bultez-Brun sur Art Point France


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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 07:07

Relations entre art occidental et spiritualité au 20e siècle

du 7 mai au 11 août 2008.


Galerie 1, Niveau 6 - Centre Pompidou - Pari




Ce qui se présentera à eux ne sera pas comme des travaux de recherche,  mais plutôt un laisser-passer pour gagner le centre. Les affaires  propres. Ils traverseront une exposition étonnante qui réunit sans hasard  Kerouac et B. Newman, Bill Viola et David Friedrich, les Romantiques  allemands ou des installations subjugantes qui donnent une impression  de fenêtres ouvertes sur l'infini, éloignées du gigantisme, abritant  les entrepôts de l'âme. Une exposition imposante de substance donc. Un défilé qui ne mouline  pas de l'air, mais comme étrangement rythmé d'une respiration intense  avec Jean-Michel Alberola ou Yazid Oulab.

Rien d'autre qu'un déploiement de territoires intimes qui réunit aussi  le Pop Art ou l'Art Psychédélique, les passagers sans bagages, sans  formalités de douane. Pas d'ennui ici, mais une sorte d'hôtel de nulle part ou l'on parvient  sans chauffeur, comme en guise d'adieu à la monotonie de l'art  post-moderne. Un long moment de poésie, occupé à plonger son regard  dans la nuit obscure avec St Jean de la Croix  ou à courir vers des  lumières instables.

En guise de bienvenue on retrouve les architectures de Chirico et les  chevaux de F. Marc. Malevitch ou Picasso. Le sentiment de délaissement mystérieux des toiles métaphysiques de  Rothko. Parfois, sans remue-ménage, une formule incantatoire autour  des résonances archaîques, de l'ombre impressionnante des dieux  enfuis. Une opération complète pour revenir au dimanche de lumière.

Au cours de ces errances qui font la part de l'apocalypse des guerres  industrielles, sans délaisser les oiseaux migrateurs, les nuages noirs  de la ville s'étiolent. On se souvient encore de la "beat génération", on croise Goya, Murnau,  Maurizio Cattelan et un étrange tableau noir piqué d'étoiles  scintillantes de l'ultime A. Warhol.

Que les esprits obsédés par la question de Gauguin écrivent en gras  dans leur agenda : à Pompidou. Dans ses bâtiments sans abandon se sont  installés les ateliers de l'espérance avec 350 oeuvres majeures de 200  artistes internationaux qui parcourent plus de cent ans d'histoire de l'art autour de la  question " Où allons-nous ? en vingt-quatre thèmes.




PG contact@pierregivodan.com

Exposition (ICI)  à voir du 7 mai au 11 août 2008, Centre Pompidou, Paris.

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 08:37

Je préfère ne pas voir
de Françoise Pétrovitch
éditions opaques

sortie le 24 mai 2008


               
         



Il y a des points du vécu où ce qui se donne à voir, ce qu’il y aurait à dire, n’est plus supportable. La parole s’interrompt alors. Les yeux se ferment pour mieux imaginer. C’est ce paroxysme que Françoise Pétrovitch a choisi d’interroger dans Je préfère ne pas voir. Réinvestissant son univers plastique avec la force et l’efficacité qui lui sont propres, elle construit au fil des pages une expérience du refus (ou de l’incapacité) de voir et de dire. Mais il ne s’agit pas ici de l’anéantissement généralisé du « I would prefer not to » que Melville prête à Bartleby. Françoise Pétrovitch nous montre plutôt son « je préfère ne pas voir » comme un moyen de transformer malgré tout en récit (récit dans l’implicite, juste sous la surface des images) l’expérience saturée d’angoisses, inextricable.


La zone opaque a imprimé 160 fois en 3 couleurs sur papier Rives Artist 120 g. avec les 12 matrices originales (cuivre, zinc, bois et plastique). Texte au plomb mobile (Futura). Le tirage original, numéroté sur 160 et signé par l’artiste, se divise en 80 exemplaires impairs diffusés par les éditions opaques et 80 exemplaires pairs à l’artiste. Achevé d’imprimer au printemps 2008 à Pantin. Prix public : 80 euros






La zone opaque, créée en 2004 par cinq jeunes-gens passionnés par la pratique du "graphisme artisanal"  compte des compétences rares et variées, édition à gage et graphisme analogique , composition en caractères mobiles, gravures, impression typo et taille-douce, reliure d’art sérielle, techniques expérimentales...  Une véritable  fabrique de livres d'artiste, avec déjà pour les éditions opaques, un joli catalogue. Récemment, la zone opaque a imaginé, proposer à un artiste un terrain de jeu de 18 pages en accordéon à tourner et à déplier, à lire et à regarder. Un espace complexe où construire avec trois couleurs et des matrices originales,  un parcours et une expérience pour 160 spectateurs. Françoise Pétrovitch s’est prêtée au jeu pour ce premier volume de la nouvelle collection destinée à un bel avenir. L'ouvrage sort le 24 mai 2008 et sera présenté en avant-première à l'occasion du salon de bibliophilie contemporaine Livres en Mai.


Catherine Plassart



en voir davantage : http://blog.zone-opaque.org/index.php?shop#voir


Informations pratiques : 

 la zone opaque
 fabrique de livres d’artistes
27bis, rue sainte-marguerite à pantin (93500)
01 48 59 20 46
06 76 24 67 01
atelier@zone-opaque.org
http://www.zone-opaque.org/

N.B. : Les photos présentées ici sont celles de prototypes.

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 11:19

exposition
Peinture et sculpture

Anne-Marie CUTOLO
Pascale MOREL
Béatrice WITDOUCK
Isabelle VIALLE

du 8 mai au 1er juin 2008

Pavillon Henri IV - Nogent-sur-Seine (22)

 

« Le chaînon manquant », est un collectif d’artistes auboises qui rassemblent quatre femmes, trois peintres et un sculpteur,  Anne-Marie Cutolo, Béatrice Witdouck, Pascale Morel et Isabelle Vialle. La ville de Nogent a retenu leur proposition pour une belle exposition au Pavillon Henri IV , à voir jusqu'au 1er juin. Elles sont présentes chaque week-end pour vous présenter elles-même leur travail.

C.P.



Informations pratiques :

Pavillon Henri IV
Ancienne route de Villenauxe
Nogent-sur-Seine 22008

Entrée libre :
du mercredi au dimanche de 14h30 à 18h30
Présence des artistes les weeks-ends et jours fériés
Accueil : 03.25.24.61.54

Renseignements :
Office du Tourisme du Nogentais : 03.25.39.42.07



voir aussi : la vitrine (ICI) d'Anne-Marie Cutolo sur Art Point France, ses livres d'artiste (ICI), le site du Chaînon manquant (ICI)
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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 10:43

"Cube Couleur"

du 10 mai au 28 juin 2008

Galerie Ombre et Lumière - Saint Malo (35)

&

"Saveurs et couleurs"

du 14 Mai au 3 Juillet 2008

Faculté des Métiers - Bruz (35)





Maya Mémin expose des impressions sur verre et sur papier, du 10 mai au 28 juin à la galerie Ombre et Lumière à Saint-Malo.   "L'appropriation de l'espace fait partie de l'art de Maya."  C'est ainsi qu' un travail sur le cube-couleur du lieu d'exposition opposé au "cube blanc" apporte ici la surprise et "concourt à créer une atmosphère de bonheur un peu paradoxal puisque fait de jubilation et de sérénité... qui incite à la réflexion. Par exemple sur la question de l'indicible point d'équilibre entre géométrie des formes, lumière, couleur et texture, que ce soit dans les contrastes les plus éclatants ou les camaïeux les plus subtils." G. Prémel, Revue Hopala.



Suite à un travail avec les cuisiniers de la Faculté des métiers à  Rennes (Ker-Lann) sur les saveurs et les couleurs Maya Mémin présente "Saveurs et couleurs" , un travail original, une autre exposition à  voir du 14 mai au 3 juillet 2008 au restaurant d'application du campus.

C.P.



Informations pratiques :

Galerie Ombre et Lumière
3 rue Saint-Thomas
35400 Saint-Malo
tel: 02 23 18 44 80

ouverte  vendredi de 15 à 19 h
samedi de 14 à 19 h et sur rendez-vous

Faculté des Métiers
Campus de Ker-Lann
Rue des frères Mongolfiers
35172 Bruz



voir aussi : le site de Maya Mémin (ICI), le catalogue de ses livres d'artiste (ICI)
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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 09:07

Parcours d'art : Jean Amado dans quatre lieux d'Aix en Provence


du 5 juin  au 31 août 2008

L’Atelier de Cézanne et ses abords
l'atelier de Jean Amado, sculptures monumentales

Parc du Jas de Bouffan

Centre culturel de La Baume/ les Aix

du 5 juin au 2 août 2008

galerie Alain Paire
dessins, bronze et créations de petites dimension




Du 5 juin au 31 août 2008, un Parcours dans trois  lieux du Pays d’Aix   accueillera des sculptures monumentales d’Amado au grand Jardin du Jas de Bouffan,  au Parc du Centre culturel de La Baume/ les Aix et dans les abords de l’Atelier de Cézanne. Simultanément, jusqu'au 2 août,  une rétrospective du travail du sculpteur Jean Amado (1922-1995) rassemblera des dessins, des bronzes et des créations de petite dimension dans la galerie Alain Paire de la rue du Puits Neuf .


Jean Amado a commencé sa carrière en tant que céramiste. Par la suite, il invente un procédé à base de basalte écrasé, qui donne à son matériau une consistance à la fois solide et malléable, de couleur rougeâtre. Ce procédé l’amène à créer des bas-reliefs, puis des grandes sculptures qu’il exposera notamment à la galerie Jeanne Bûcher et à Ivry. Les dernières oeuvres de Jean Amado qui a également exposé en Norvège,  à Tokyo  évoquent des montagnes abritant des villages imaginaires, des navires de pierre avec des tronçons de rames. La ville d'Aix-en-Provence où il est né, a travaillé, vécu et où il est mort lui offre un nouveau parcours qui passe devant les oeuvres installées de manière pérenne dans la ville et par les lieux qui accueillent l'espace de l'été ses sculptures monumentales mais aussi les témoignages de l'atelier, les traces et les jalons  de l'élaboration d'une oeuvre inscrite sereinement dans de nombreux paysages.


"Etre artiste, ce n'est pas un domaine particulier, la démarche diffère, mais la pratique c'est pareil. Le matériau ne permet pas de faire ce qu'on veut, il a sa propre vie, et il s'agit d'accorder à cette vie celle de la forme que je cherche. Il faut compter aussi avec le poids, ne pas faire des morceaux trop lourds. D'où la nécessité des joints, qui rythment, qui donnent une nervosité supplémentaire. Les joints, ,je leur donne l'aspect de fissures, de cassures, c'est à travers les failles que le vivant revient... La vie, pour moi, c'est la vie à travers les âges, et non pas ma vie ou la vôtre même si elles m'importent. Je voudrais marquer cette sérénité et cette nostalgie, faire de l'habitable, mais la sculpture habitable, c'est le tombeau, l'endroit du retour à la matrice et l'endroit de la grande paix. Ce serait merveilleux d'habiter un tombeau en étant vivant, dans un grand silence et une grande douceur, la douceur de la continuité; je voudrais fabriquer une énorme continuité, vingt kilomètres de sculptures, sans s'arrêter, car quand une chose s'arrête, quand elle est terminée, je ne vis plus..."  Entretien Jean Amado, Bernard Noël  publié le 1 novembre 1974 dans "La Quinzaine Littéraire". (extrait)



Un catalogue comportant des reproductions en noir et blanc des oeuvres qui figurent dans ce "Parcours dans la ville" ainsi qu'un dépliant mentionnant l'histoire et la situation actuelle des oeuvres d’Amado figurant sur le territoire du Pays d’Aix seront édités.


Catherine Plassart


informations pratiques :

Atelier Cézanne
Tél. 33 (0)4 42 21 06 53
Fax. 33 (0)4 42 21 90 34
9 avenue Paul Cézanne
13090 Aix en Provence
www.atelier-cezanne.com
infos@atelier-cezanne.com
ouvert tous les jours  de 10h à 18h


Alain Paire
Galerie-Librairie
30 rue du Puits-Neuf
13100, Aix en Provence.
Tel 04.42.96.23.67
www.galerie-alain-paire.com
ouvert du mardi au samedi, de14h 30 à 18 h 30.


photo  : "Le Doute et la pierre", sculpture de Jean Amado
dans le Parc du Jas de Bouffan. Aix-en-Provence
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