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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 07:52



"Zéro sentiment"


Pas de chaleur ici, mais une force difficile à approcher. Comme une  flamme qui nous dévorerait de l'intérieur, une gifle, l'écroulement  des certitudes. Elle est là devant nous, buste tatoué, seins bien  dessinés, yeux noirs qui jettent des étincelles, son ombre projetée  devant un billet de banque américain. Elle s'offre, brune, dans une  ambiance de nuit venue. Des tourbillons de questions enveloppent notre  esprit. Le temps passe sur un ciel noir. On contemple un incendie funeste. Ses yeux aux paupières noires, ce  visage immobile qui n'exprime aucun sentiment. Un jeu où l'argent  tâche de consoler le rien, pour se faire une raison.


Et cependant on n'a aucune envie de pleurer ou même d'être triste  devant cette bouche fermée, ces cheveux comme collés sur la peau, bien  peignés. Cette absence de réflexion. Nulle prière, nul murmure,  juste  une voix qui dirait :
- Ah ! quel bonheur véritable que la richesse ! Participez !


Pas d'affectation. Et pas de main tendue. Juste des yeux brûlant pour  allumer le désir. Se mettre à danser. Etre polisson. Crier que c'est  amusant et que c'est beau ! Et entendre cette voix dire d'un ton bas qu'il ne reste que des  cendres, des marques noires et rondes. Et qu'elle veut bien nous reconduire jusqu'à son domicile tout proche.  Aimable et pas sauvage, peut-être même distinguée...

Mais on est seul devant ce tableau de Richard Phillips intitulé  § (Dollar) Huile sur toile, 2004 (274,3 x 215,9cm).
Veuf de l'amour, cherchant la cause de l'incendie et secoué à l'idée  d'appartenir à ce monde effrayant, capable de suspendre la peau des  êtres à la parure d'un billet de banque new-yorkais. Grand livre  ouvert, couvert de la vérité du Capital, marqué d'un déficit en  caisse à n'y rien croire.

PG



Richard Phillips, peintre hyper-réaliste est né en 1963, inspiré par  la culture populaire "porno, pop et politique", les magazines...

Pierre Givodan - contact@pierregivodan.com

Chroniques intempestives




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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 07:46

"Gardons nos illusions "
cycloptically

jusqu'au 21 septembre 2008


MAMCO - Genève (Suisse)

 Philippe Ramette  Philippe Ramette



Philippe Ramette fait son cinéma à grande échelle au MAMCO de Genève. Il a voulu une exposition "bilan" revisitant par thèmes ses principales séries de photographies,  prothèses, la dictature, la manipulation, la foudre ou la paresse. 

    
Le titre choisi par P. Ramette, « Gardons nos illusions » résonne comme un appel un peu naïf à se maintenir dans un état d’esprit optimiste. Mais,  la photographie dont l'artiste se sert,  fixe une succession de moments stratifiés d'une même réalité dont on sent bien qu'elle en réfère à des situations à la fois troublantes et connues, absurdes et humoristiques. Au point de fusion du burlesque et du pathétique, la réalité est alors transformée, transposée,  métamorphosée en propositions qui donnent toute leur place à l’imaginaire, aux rêves et aux idées.


Si bien que le titre de l’exposition est décidément le clin d'oeil d'un artiste dont la silhouette serait celle d'un Buster Keaton. Il y croît, sans y croire,  sans sourire, avec élégance. Au MAMCO,  l'artiste nous invite d'abord à une  « promenade irrationnelle » équipé de l’« objet à se voir regarder » pour permettre ainsi à l’art de devenir ce miroir tendu au spectateur qui lui révèle celui qui le regarde.


C.P.


photos  :
1- « Paresse irrationnelle », 2003
Photographie couleur ; 150 x 120 cm
Photo : Marc Domage
Courtesy Galerie Xippas


2 - « Objet à voir le monde en détail (utilisation) », 1989-2004
Photographie couleur ; 150 x 120 cm
Photo : Olivier Antoine
Courtesy Galerie Xippas


Informations pratiques :

MAMCO
10, rue des Vieux-Grenadiers, CH-1205 Genève
téléphone : +41 22 320 61 22
     
ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 11h à 18h
nocturne le premier mercredi du mois de 18h à 21h
fermé le lundi ainsi que le vendredi 1er août et le jeudi 11 septembre 2008

 

voir aussi : www.mamco.ch

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 07:59


Massive Centrale

du 6 juillet au 25 octobre 2008


Centre international d'art et du paysage de l'île de Vassivière.



 Hubert Duprat

 



Le centre international d'art et du paysage de l'île de Vassivière est un lieu d'exposition mais plus encore un laboratoire dans lequel les artistes invités peuvent expérimenter toutes les utopies.


Hubert Duprat  propose une série de nouvelles oeuvres, pensées pour les singuliers espaces d'exposition, du centre d'art et du paysage,  la nef, la salle des études, le petit théâtre, le phare. Elles dessinent les contours d'un univers singulier aux frontières de la science, de la géologie et de l'art,  témoignent du désir de  l'artiste de faire coexister nature et artifice, opacité et transparence.



Scupltures expérimentales inédites à base de minéraux (pyrite, cacilte, magnétite, mica...), de pâte à modeler, de blanc d'oeuf... sont ancrées dans une pratique créative contemporaine, une idée de modernité qui rapproche l'artiste de la recherche conceptuelle mais aussi de celle du design.


En coupe, facettées, assemblées, aériennes et complexes, incongrues et monumentales, les sculptures et installations de Hubert Duprat  sont le résultat d'un process d'expérimentation qui s'élabore dans sa bibliothèque.  Il est l'ingénieur de l'art dont les collaborateurs, assistants et personnes associées réalisent les oeuvres  singulières souvent énigmatiques, à découvrir jusqu'au 25 octobre sur l'île de Vassivière.


C.P.


photo : Hubert Duprat, Cristaux de pyrite, colle, 45 x 45 cm, 2007-2008. Photo: Frédéric Delpech



Informations pratiques :


Centre international d'art et du paysage de l'île de Vassivière 
87120 Beaumont-du-Lac.
Tél.: 05 55 69 27 27.
Ouverture tous les jours de 11h à 19h.



voir aussi : http://www.ciapiledevassiviere.com/

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 07:01

Peinture, sculpture, gravure ou céramique


du 2 juin au  26 septembre 2008


Château de Tanlay (89)



 Jean-Pierre Pincemin

 Jean-Pierre Pincemin est mort, il y a un peu plus de trois ans déjà, et aucune rétrospective d'ampleur nationale n'est encore venue rendre hommage à cet homme libre et courageux, à cet  artiste majeur. Toutefois en région, quelques initiatives, celle du  théâtre d'Orléans, du musée d'Issoudun et, aujourd'hui celle du château de Tanlay dans l'Yonne  renforcent  la reconnaissance assumée de son  oeuvre.



En guise de portrait.

Rompre avec les tendances, casser les théories, décloisonner les styles, puis en enfant terrible de l'art se tourner vers d'autres recherches.

Diversifier les formes,  multiplier les thèmes, les sources d'inspiration et en touche-à tout de talent élaborer une écriture picturale toujours plus complexe, mais évidente aussi.

Peinture, sculpture, design, gravure, céramique, sa production prolifère, elle court de l'abstraction qui le rattache un temps à Supports/Surfaces, aux horizons plus lointains, de  Dürer, de la Chine et de l'Inde.

Le critique Bernard Lamarche-Vadel,  reconnaissait en lui un "peintre d'histoire", l'auteur d'une "oeuvre animée d'un puissant motif", d'une "oeuvre prise dans une réflexion sur la peinture dans son sens classique et traditionnel".

Pincemin l'insoumis, ne peut entrer dans une seule boite, être étiqueté dans une unique catégorie.

Pincemin l'insaisissable, cherche "un équilibre entre la présence d'une image et son absence"  , mène une réflexion que sous-tend l'expérience matérielle et sensuelle de la peinture.


L'exposition du château de Tanlay  n'est pas une rétrospective mais un état des lieux de la diversité et du  foisonnement d'une oeuvre qui trouve son unité et sa force dans la défense dérangeante de la pratique picturale.


Catherine Plassart



Informations pratiques :

Communs du Château de Tanlay
Place du général de Gaulle
89430 Tanlay
tel 03 86 75 76 33


voir aussi : http://www.artpointfrance.org/Diffusion/pincemin.htm


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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 09:36

l’art contemporain de Georges Perec


jusqu'au 12 octobre 2008



Musée des Beaux-Arts de Nante

   



Le musée des Beaux-Arts de Nantes saisit l’occasion du trentième anniversaire de la publication du roman de Georges Perec, La Vie mode d’emploi, pour proposer «Regarde de tous tes yeux, regarde»,  une lecture perecquienne de l’art contemporain de ces quarante dernières années.


Paradoxalement, Georges Perec se souciait peu de l'art de son temps. Pas ou peu de relations privilégiées aux artistes. Pourtant, sa recherche en écriture, sa modernité sont la  source à laquelle puisent beaucoup de créateurs. Les voies qu'il a explorées sont celles que parcourent et sondent à leur tour, aujourd'hui,  les plasticiens. Dans  Notes sur ce que je cherche  (8 décembre 1978, Le Figaro), l'écrivain fournit une classification de ses champs d'investigation  :


« La première de ces interrogations, dit-il,  peut être qualifiée de «sociologique»: comment regarder le quotidien ; […] La seconde est d’ordre autobiographique […] La troisième, ludique, renvoie à mon goût pour les contraintes, les prouesses, les «gammes», à tous les travaux dont les recherches de l’OuLiPo […] La quatrième concerne le romanesque, le goût des histoires et des péripéties»



C’est donc tout l’art contemporain qui pourrait être repensé et reclassé selon les champs de Georges Perec. «Regarde de tous tes yeux, regarde» prend le parti d’articuler l'exposition  autour de ces quatre grandes catégories, alternatives aux habituels classements selon les médiums, les générations, les nationalités, les genres ou la chronologie voire la notoriété. Et ça fonctionne.


Cette exposition construite autour de La Boite en valise de Marcel Duchamp lequel avait été nommé membre de droit de l’OuLiPo en 1962, par Raymond Queneau, est visible dans le patio du musée, jusqu'au 12 octobre, elle  réunit des œuvres, de quelque soixante-dix artistes.

 

 

Les artistes : Bertrand Lavier, John Armleder, Fischli & Weiss, Etienne Bossut, Lilian Bourgeat, Veit Stratmann, Sam Samore, Erwin Wurm, Georges Tony Stoll, Mathieu Mercier, Jean-Louis Garnell, Daniel Firman, Erro, Franck Scurti, Tony Cragg, Haim Steinbach, Jean-Michel Sanejouand, Jean-Luc Moulène, Martha Rosler, Raymond Hains, Martial Raysse, Jacques Villeglé, François Morellet, Claude Closky, Roman Opalka, Ed Ruscha, Renaud Auguste-Dormeuil, Jochen Gerner, Sol Lewitt, Carl Andre, Fred Sandback, Claude Rutault, André Cadere, Franck David, Gérard Collin-Thiébaut, Dieter Roth, Christian Boltanski, Hans-Peter Feldman, Hanne Darboven, On Kawara, Thomas Ruff, Annette Messager, Gerhard Richter, Sarkis, Gordon Matta Clark, Jean-Luc Vilmouth, Tania Mouraud, Regis Perray, Rancillac, Gérard Gasiorowski, Claude Lévêque, Bertrand Lavier, Paul Devautour, Philippe Cazal, Edouard Levé, Zbigniew Libera, Richard Baquié, Thomas Demand, Jacques Monory, Tatiana Trouvé, Cindy Sherman, Luc Tuymans, Carsten Holler


photos : (1) John Armleder, Furniture Sculpture 21 (détail), 1981, Collection FRAC Nord Pas-de-Calais, (C: John Armleder) (2) Daniel Firman Gathering 2000 coll. FRAC de Bourgogne.


Informations pratiques :

Musée des beaux-arts de Nantes
10, rue Georges-Clemenceau.
Tél. 02 51 17 45 00.

Tous les jours de 10h à 18h (nocturne les jeudis de 18h30 à 20h), sauf les mardis et les jours fériés.
Le Musée est exceptionnellement ouvert le 15 août 2008.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 11:24

Dado
Atelier deux-mille, Milos Boda, Chloé Cassagne, Nicolas Darrot,
Daniel Déjean, Pierre Fauret, Antoine Kelly, Christine Laquet.



jusqu'au 6 septembre 2008


Galerie de l’Espace Croix Baragnon - Toulouse (31)






Cet été, la galerie de l’Espace Croix-Baragnon ouvre la porte à la jungle artistique locale et internationale de l'art actuel. L'exposition Volatiles  nous propose d'observer la grande étendue des possibilités graphiques qu'offrent ces animaux appartenant tous à une même classe, celle des porteurs de message.


L'ensemble de peintures, Les oiseaux d’Irène de l'artiste croate Dado, rend hommage à la romancière d’origine russe Irène Némirovsky (1903-1942). Réalisées sur les pages d’un ouvrage d’ornithologie, elles ont été adressées régulièrement par le peintre au galeriste Pierre Naon :


"Ces oiseaux, Dado me les a expédiés par séries, telles des cartes postales, pour me dire ce qu’il faisait, où il en était, comment il allait. Au bout d’un certain temps, la collection existait, qui aurait pu rester secrète, comme une correspondance entre amis. Avec le printemps, le projet de reconstituer l’encyclopédie dont Dado s’était servie est né. Avec le printemps, car cet ensemble pouvait être vu comme une renaissance : des images agréables, gaies, dans l’univers généralement sombre de l’artiste.

Claude Louis-Combet avait regardé, lui aussi, les images et envisageait d’écrire un texte où Dado apparaîtrait plein d’espoir, printanier. Interrogeant le peintre sur un titre éventuel pour l’album que nous songions à faire éditer, j’ai vite compris que tous deux nous nous trompions.

Dado tenait à ce que le livre fût un hommage à Irène Némirovsky. Pourquoi pas ? Petit à petit l’ouvrage changeait de sens… Puis, un matin, Dado m’annonça qu’il avait trouvé le titre idéal : « Auschwitz birds, en anglais, parce qu’en français, Les Oiseaux d’Auschwitz, ce serait un peu dur ! » Adieu renaissance, printemps, gaîté !... Les oiseaux d’Irène, tout simplement."


Volatiles réunit au côté de Dado, plusieurs artistes dont les préoccupations plastiques, esthétiques, éthiques, s’expriment à travers la figure de l’oiseau. Les paons d’Antoine Kelly et autres oiseaux imaginaires de Daniel Déjean, s’approprient l’espace via des dispositifs distincts, dessin, taxidermie, peinture, exempts de toute narration. Au contraire, Argus de Pierre Fauret évoque un récit de la mythologie gréco-romaine. Les corneilles de Nicolas Darrot sont agitées et craillantes. L’imagerie onirique de Christine Laquet oppose l’illusion du mouvement aux oiseaux « fossiles » de Milos Boda et aux oiseaux brodés de Chloé Cassagne. Le collectif Atelier deux-mille, composé de jeunes artistes toulousains, joue sans vergogne avec les diverses formes de volatiles.

L'exposition est à voir jusqu'au 6 septembre à L'Espace Croix Baragnon à Toulouse.



photo : Dado, Labbe parasite, série Les oiseaux d’Irène, 2006
Technique mixte sur papier, 30x21 cm


Informations pratiques :


Galerie de l’Espace Croix Baragnon
24, rue Croix-Baragnon
31000 Toulouse
expositioncxb@mairie-toulouse.fr
05 62 27 61 62

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 18:47

quatre expositions

du 10 juillet au 5 octobre 2008 du  Musée d'Art Moderne de San Francisco (USA)

jusqu'au 13 octobre 2008 au Musée Maillol à  Paris (France)

du 26 avril au 15 septembre 2008, Musée d'Art Moderne  Grand-Duc Jean, Luxembourg (Luxembourg)

du 19 juillet au 20 octobre 2008 à Pékin (Chine)




Les  Jeux Olympiques se profilent. Le superbe stade olympique en forme de nid des architectes Herzog et de Meuron est gardé par un ensemble de sculptures, oeuvres monumentales d'une quinzaine d'artistes internationaux. La Chine affiche sa nouvelle puissance économique. Les chinois font face à des  préoccupations et des interrogations nouvelles, des désirs  et des espoirs neufs.  L'empire du milieu s'apprête à accueillir des milliers de personnes venues de tous les horizons de la planète, dans le même temps les artistes chinois sont  présents partout dans le monde. Quatre grandes expositions thématiques les réunissent à Paris, San Francisco, Luxembourg et Pékin.







1 L'Homme unidimensionnel.


Yu Hong She
Auteur fétiche des années soixante Herbert Marcuse critique la société  de consommation en en faisant une description négative. Sa réfléxion  philosophique de par sa dimension sociologique résumée en France en 68  par le slogan "Métro, boulot, dodo" fera découvrir a contrario le  caractère romanesque de la vie à plus d'un jeune occidental durant  cette période de ruptures.

A la suite et pour illustrer la collection d'art contemporain chinois  montrée à San Francisco en ce moment on pourrait citer le "Système des  Objets" de Baudrillard, les "Mythologies" de Roland Barthes, le roman  "Les Choses" de Perec... Car le commentaire de notre époque se  répercute en Chine aujourd'hui.

- Normal ! me direz-vous, Marx l'avait compris au 19ème. A nouvelle  société, nouvelle pensée. Pas de surprise pour nous cependant et même  une sombre tristesse devant un tel enlisement universel dans la  civilisation aux rêves inhabités et aux misérables singularités  perdues loin des pluralités vécues.

Merci tout de même à la Collection Logan.

Exposition " Half-Life of a dream " du 10 juillet au 5 octobre 2008 du  Musée d'Art Moderne de San Francisco.





2 "L'Astronaute doré".


Sheng Qi

A mesure que le pouvoir a circonscrit son domaine d'influence  économique et politique, la critique morale(Tienanmen) et esthétique  dont cette seconde exposition témoigne notamment, se sont attachées à  démontrer "la valeur d'usage" limitée de l'expérience chinoise de ces  dernières années. Revanche de l'esprit "de ceux qui n'ont pas de main"  selon certains, mais il faudrait dire ici "qui ont un doigt en moins"  comme l'astronaute  doré de Cheng Qi à la main amputée du cinquième.  Combat aussi contre l'empirisme outrancier et la volonté sans  sensibilité en deça de tout bonheur. Epuisant les ressources de l'art  d'aujourd'hui ( tableaux, photos, sculptures, vidéos), "China Gold"  fait un devoir de mémoire et use de sa vocation pratique contre les  excès du matérialisme régnant.

Exposition " China Gold", 35 artistes chinois au Musée Maillol à  Paris, jusqu'au 13 octobre 2008.





3 L'Empire et les Vanités.


Cao Fei I.

Pour l'exposition "China power station" (Part III) défilent les  femmes, et les épouses modestes, un monde retourné, des royaumes  ensevelis, tellement loin. On retient entre autres les travaux de Cao  Fei ou ceux de Chen Qiulin parmi le grand nombre d'artistes qui font  le tour sans se gêner et sans le réduire, de l'Empire du Milieu, montrant avec force les vanités mais aussi l'authenticité ou la  continuité d'un monde qui se dérobe encore souvent à nos yeux.

Exposition du 26 avril au 15 septembre 2008, Musée d'Art Moderne  Grand-Duc Jean, Luxembourg.





4 Par delà Orwell


Wang Du

"Our  future", Fondation de la Collection Guy et Myriam Ullens est  toujours enfin dans la lignée de la critique post-totalitaire, liée à  l'effondrement des idéologies utopiques de Berlin à Pékin justement.  La réflexion sur la fin de l'histoire et ses avatars, abordée d'un ton  léger ou plus grave, de Chen Zen, à Wang Du ou Gu Wendu, se déploie  pour tordre le cou aux rumeurs selon lesquelles le communisme se porte  bien en Asie.

Sans s'autodiviniser les artistes de cette collection font un travail  décapant et valorisent en retour, par delà le monde d'Orwell et les  servitudes plus ou moins volontaires, la fragile démocratie toujours  "en voie" d'émergence.

Exposition du 19 juillet au 20 octobre 2008 à Pékin.


Pierre Givodan



Photos : 1- Yu Hong She — White Collar Worker, 2006 Acrylic on canvas Collection of Vicki and Kent Logan Photo: courtesy the artist © Yu Hong 2- Astronaute doré de Sheng Qi exposé au "China Gold" show, exposition d'art contemporain chinois au Musée Maillol à Paris. © AFP/Pierre verdy3- Cao Fei I. Mirror: A Second Life City, 2007 Video installation Astrup Fearnley Collection 4 - Wang Du, Defile, 2000, Installation view at Deitch Projects Lent by Deitch Projects, New York
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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 09:51

"L'image survivante", réédition 2008, Editions  de Minuit, Paris.
"La ressemblance par contact", 2008, Editions de Minuit, Paris.



Du cliché à l'épreuve - Georges Didi-Huberman ou le (mauvais) génie du lieu.


par Jean-Paul Gavard-Perret


Jamais l'anathème ne remplacera la force de l'analyse surtout lorsque cette dernière est animée par le courage. Celui-ci préside à la réflexion fondamentale de Georges Didi-Huberman sur le sens des images.  L'origine du livre "L'image survivante" (et de la polémique) est la mise en cause de l'auteur pour un texte qui accompagnait une exposition de photographies sur les camps de concentrations nazis. L'auteur commentait plus particulièrement quatre clichés réalisés clandestinement dans les camps de la mort  par un membre non identifié de la résistance polonaise d''Auschwitz'. Les clichés montraient des femmes nues près du crématoire V de Birkenau et la crémation des corps de détenus gazés avec l'"aide" de ceux qui au sein du Sonderkommando participaient à cette crémation avant d'être eux-mêmes gazés, bourreaux malgré eux, victimes en sursis de leurs tortionnaires.



Dans un autre de ses livres récents, "Génie du non-lieu", Didi-Huberman cite un précepte de Léonard de Vinci "L'ombre de la chair doit être de terre brûlée". Pour les détracteurs des clichés cités plus haut tout se passe comme s'il fallait en revenir au précepte de Vinci : ne jamais exhumer certains types de traces,  rayer de la carte du visible ces empreintes. Pour Claude Lanzmann par exemple, de telles images ne devraient pas exister. Le directeur des « Temps modernes »  précise que si l'on découvre des images témoignant de l'horreur des camps,  il faut les détruire… Didi-Huberman le souligne lui-même, certaines images  risquent d'entraîner une fascination morbide chez le voyeur. Néanmoins au nom de quelle censure peut-on oblitérer des images-reliques dans lesquelles les morts et les vivants en sursis se confondent ?

 

Loin de tout soucis esthétique ces photographies sont des témoignages terribles arrachés, volés à la surveillance des monstres. On comprend mal leur refus par les thuriféraires de Didi-Hurberman qui le taxent pratiquement de révisionnisme !  On s'étonne des vindictes contenues dans deux longs articles de la revue des "Temps modernes" : "De la croyance photographique" par Gérard Wajcman et "Reporter photographe à Auschwitz" d'Elisabeth Pagnoux qui prétendent donner force de loi à l'écriture  tandis que l'image serait vouée à une sorte d'ostracisme fondamental comme si elle ne pouvait être qu'un voile, un mensonge, un piège.



Certes le débat n'est pas neuf. Il possède d'ailleurs un arrière-fond religieux. Il met depuis des siècles l'opprobre sur l'image et nie sa légitimité non de représentation mais de présentation. Si parler des camps - comme l'ont fait par exemple Primo Levi, Paul Celan, Anna Arendt, Giorgio Agamben et bien d'autres - demeure bien et nécessaire, il n'en va pas de même lorsque nous entrons dans le champ de l'iconographie. Cette dernière reste marquée d'une fin de non recevoir. Elle ne serait, à l'exception des peintures rupestres et des premiers témoignages visuels des cultures préhistoriques, qu'une machinerie "désimageante". Ajoutons à cela que ce n'est pas un hasard si l'attaque envers le texte de Didi-Huberman et les images qu'il défend a vu le jour dans la revue "Les Temps Modernes". Son directeur s'est pris peu à peu pour le gardien du temple et la seule persona grata habilitée à dire et à montrer ce qu'il en est de la Shoah . En dehors de son film (n'est-ce pas là d'ailleurs un livre d'images ?) rien n'est recevable à ses yeux du côté de l'iconographie quelle soit fictionnelle ou de reportage. Rien ne possède de légitimité, ni le film de Resnais (qui demeure pourtant capital) ni les fictions plus discutables de cinéastes (Begnini, Polanski, Spilberg par exemple).



On ne se débarrasse pas toutefois aussi facilement du livre de Didi-Huberman et des quatre clichés de la résistance polonaise. On ne se débarasse pas non plus de l’image des camps. L'écrivain Maryline Desbiolles l’évoque dans une interview au journal Le Monde : « enfant, j’ai eu l’occasion de parler souvent avec le directeur d’une maison de retraite juive. Il m’a montré des choses qui n’étaient pas du tout de mon âge. C’étaient des images des camps et cela m’a marquée, pas seulement sur le coup mais pour toujours ? Cela a contribué à mon écriture. C’est presque le plus important ». pour reprendre une phrase du premier livre de Didi-Huberman "l'image la plus simple n'est jamais une simple image". Ainsi, les quatre photographies incriminées permettent à l'auteur de reposer les questions essentielles sur la photographie et le mal, sur la valeur, le rôle et le sens de l'image. Questions fondamentales et qui depuis "L'invention de l'Hystérie" non seulement traversent l'œuvre de Didi-Huberman mais la fondent.



A travers sa réflexion sur Aby Warburg, G. Bataille, M. Blanchot, à travers les Démoniaques de l'art, Fra Angelico ou plus près de nous et entre autres C. Parmiggiani ou Pennone, l'auteur n'a cessé d'interroger le sens des images, d'analyser celles qui échappent à la disparition, qui comblent la  mémoire absente. Des êtres sont en instance de mort devant nos yeux et voilà que se propage leur présence irrécusable. Les photographies acquièrent alors une dimension salvatrice, elles  réveillent notre mémoire, enrichissent notre savoir, provoquent l'émotion la plus profonde. Certes, l'image photographique ne peut donner que ce qu'elle a. Mais ce qu'elle offre précisément n'est pas rien : d'une certaine manière, elle nous retourne, nous rend tous coupables. Car elle a le pouvoir de recouvrir, mais aussi de dévoiler, de procurer la  densité de l'émotion à une nouvelle connaissance.



Si l'horreur demeure invisible, si l'image ne peut dire ou montrer l'impensable, elle y parvient  autant, toutefois que les textes sur la Shoah - le film de Lanzmann lui-même en est la preuve.  Une représentation se fabrique qui se veut fidèle à l'irreprésentable, sans y parvenir tout à fait.  Image et texte sont dans la même impasse :  l'une et l'autre se rejoignent dans le cul de sac de tout langage. Le réel est trahit car il n'existe pas de moyen de se soustraire à l'ambiguïté qui régit tout protocole de représentation qu'il soit iconique ou linguistique. On tente seulement d'y parvenir pour dire,  toucher et atteindre le cœur et la raison - l'inconscient aussi - entre l'interdit et la transgression. Le "témoignage" brut ou reconstruit sera toujours coupable de ses manques. Il n'en demeure pas moins utile : Bataille, Blanchot, Levi, Celan mais aussi Resnais, Lanzmann en ont montré l'inexorable nécessité et l'impitoyable manque, insurmontable pour certains, qui y ont laissé la vie.



Face aux faux-semblants et aux révisionnismes, les quatre clichés volés restent et resteront l'image qui manque mais aussi l'image qui revient. Rien n'est résolu, nos interrogations demeurent en suspens. Mais c'est peut-être là leur force, celle qui nous place dans l'haleine des mourants, dans la fumée de la crémation. Il y a ce qui ne peut s'oublier, ce dont nous ne devons jamais nous débarrasser : le "contact" avec ce que Didi-Huberman nomme dans "Génie du non lieu" : "la hantise de l'air",  une odeur qui sourd des clichés et parvient jusqu'à nous. Il ne faut pas en avoir peur mais s'y confronter. "L'image mieux que tout autre chose manifeste probablement cet état de survivance qui n'appartient ni à la vie tout à fait, ni à la mort tout à fait mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui sans relâche mettent du dedans notre mémoire en mouvement" (p. 16) . Il  ne faut pas refuser l'image : elle aussi sert à penser.





Bibliographie sommaire
  : Georges Didi-Hubermann a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, dont Fra Angelico. Dissemblance et figuration (Flammarion, 1990), Devant l’image (Minuit, 1990), L’image survivante. Histoire de l’art et temps des fantômes selon Aby Warburg (Minuit, 2002), ou, sur la question des photogrammes arrachés à l’enfer de la Shoah, Images malgré tout (Minuit, 2003). Signalons aussi un ouvrage collectif sur l’ensemble de sa pensée chez Minuit (avec Laurent Zimmerman et Arnaud Zykner) : Penser par les images : Autour des travaux de G. Didi-Huberman (éd. Cécile Defaut). Et pour l’année 2006 : Le danseur des solitudes (Minuit). En 2007  Ex-voto. Image, organe, temps (Bayard), L’image ouverte (Gallimard), et la republication chez Christian Bourgois du Mémorandum de la peste.

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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 07:23

" Travaux récents et oeuvres in situ "

 jusqu'au 16  novembre 2008

MAMAC de Nice







Vie de Richard Long (qui change toujours et jamais ne s'arrête)

Fils de la Terre certainement, originaire du monde, poète, il s'est  enfui de chez lui il y a longtemps et raconte sa recherche de formes  naturelles et élémentaires. Tout récemment il expose au MAMAC de Nice  et remporte une nouvelle victoire avec ses éléments agencés  géométriquement.

Il use sa vie à trouver de nouveaux jeux qu'il inscrit par terre ou  sur les murs des salles de musée. "O mes amis habitez donc l'espace qui vous est donné."  Tel pourrait être le message de l'oeuvre. Disciple de l'esprit mathématique d'un Pythagore, loin des discours  sectaires et des mésaventures dogmatiques cependant, voici ce que l'on  pourrait dire pour finir de lui :
- Il était un homme savant sûrement qui avait de grandes resssources  créatrices. Il savait fidéliser son public en l'entretenant en poète d'authentiques théories spirituelles.

Son Traité de la nature en fait un artiste inimitable. On quitte son oeuvre avec regret et on le fréquente comme un calme  magicien, sans colère, qui révèle la pluie, le beau temps, le souffle  du vent, la force de la respiration que contient la nature couronnée  ici et honorée simplement.

En lui élevant des monuments à hauteur d'homme de passage, sans  suffisance ni orgueil et loin de la démesure qui a condamné plus d'un  à une fin tragique Richard Long va son chemin.

PG


Informations pratiques :

MAMAC
Promenade des Arts
06364 Nice cedex 4
+33 (0)4 97 13 42 01
mamac@ville-nice.fr

Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h sauf le lundi

Accès
Tramway : arrêt Garibaldi ou Cathédrale-Vieille Ville
Bus 4, 7, 9, 10 : arrêt Klein/Defly
Bus 16 : arrêt Pont Barla ou Promenade des Arts
Bus 17 : arrêt Pont Barla ou Defly
Bus 3 : arrêt Garibaldi ou Cathédrale-Vieille Ville

Parkings
Promenade des Arts, Marshall

entrée gratuite depuis le 1er juillet


voir aussi : http://www.mamac-nice.org/

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 17:48

"Le Livre de l'eau (2 ème partie)"


du 02 au 24 août 2008


Pinacoteca de Jesi (Italie)


 Joanpere Massana  Joanpere Massana




Extraits du temps


Joanpere Massana peint des extraits des derniers ouvrages du Temps. Il  mêle correspondance intime et commentaire historique. Comme dans un  retour de voyage, il commence par assembler lettres et chiffres, écriture tremblante  et millefeuille d'une histoire sans fin, celle du  Grand Temps dont l'homme n'a de cesse d'essayer de se consoler ou de  s'amuser.


Ouvrons "Le Livre de l'eau"(2ème partie) et gardons en tête ce  portrait de celui qu'Héraclite appelait " Un enfant qui joue aux dés"  (le temps). Le voici se profiler sur le papier blanc strié parfois de  crayon noir et de matière terreuse, cerné d'immenses formes de jarres,  pots, cruches. Royauté de l'enfant ajoute Héraclite "l'obscur". Il s'approche, puis s'efface. Il nous fait trembler parfois. Fermer les  yeux, rire et pleurer.


Pouvoir de l'image poétique ici et magie des signes de maisons,  courses des  agathes, pour découvrir le splendide catalogue raisonné  de cette recherche dont l'atelier du peintre  et sculpteur est la  caverne. Choisir est impossible. Il n'y a pas de lettre type pour s'adapter au monde. Pas de structure  ou de mécanisme palpable ; la variation est constante. Nous flottons,  vaille que vaille, si différents pourtant.


Massana nous annonce ainsi le mariage obligé de l'esprit avec le  temps, comme un cadeau somptueux que l'on pourrait offrir. Au-delà de  nos misérables vies. Fidèle amoureux du présent, dans un style  sensible, non empesé et pénétrant, l'artiste nous invite au silence  aussi .



PG


Informations pratiques :


Pinacoteca de Jesi
Chiesa de San Bernardo
Commune  de Jesi  -  Italie.

ouvert  de 10h à 13H et de 17H à 20h.


voir aussi : la vitrine de Joanpere Massana  ICI sur Art Point France

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