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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 05:50

La métaphore de l'objet


jusqu'au 18 janvier 2009


Musée de la Chartreuse - Douai


Joan Miro, sculpture



Les quatre postulats de Joan Miro sculpteur
1. Pour q'une sculpture ne soit pas qu'apparence de sculpture il faut  qu'elle renvoie à une autre réalité. Appelons imaginaire ou  fantasmatique, voire contingente et absurde cette réalité seconde, peu  importe d'ailleurs. Il en va d'ailleurs de même en peinture pour Miro,  mais là n'est pas la question. D'où le  mot célèbre de ce dernier à  propos de l"assassinat" de celle-ci (à distinguer d'une mort  historique).

2. Ce qui pour l'Académie n'est pas de l'art prouve sa valeur. La  sculpture "classique" ( Miro est né en 1893 et mort en 1983 et les  oeuvres  analysées ici datent des années soixante) n'a pas de valeur  ontologique. Elle ne touche pas l'être.

3. C'est dans le monde que l'on saisit les objets récupérés,  assemblés, coulés dans le bronze s'il le faut, voire patinés comme des  Antiquités, déterrés. Créations hétéroclites, métaphoriques :  Calebasse-oiseau, ou Femme-ballon.

4. La sculpture s'ancre dans la réalité vécue, expérimentée dans le  jeu, le hasard, la poésie sans suspicion vis à vis des objets au  rebut, visités dans leur déclin, sélectionnés, revitalisés. Donnant une valeur aux éléments les plus quotidiens, panier, morceau  de bois ou coquillage, Miro leur confère puissance, subsistance et  définit une nouvelle morale pour les sculpteurs de demain.

PG

Exposition de 30 sculptures de Joan Miro "La Métaphore de l'objet",  Musée de la Chartreuse,  jusqu'au 18  janvier 2009


informations pratiques :

 musée de la Chartreuse
130, rue des Chartreux
tél. 03 27 71 38 80 
musee@ville-douai.fr

ouvert tous les jours,  sauf le mardi
de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures



voir aussi : le site de la ville de Douai

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 16:42

Bretagne est Univers


du 16 décembre 2008 au  15 mars 2009


Musée des beaux-arts - Brest (29)

&

Bibliothèque d'étude - Brest (29)







Saint Pol Roux et la recherche du plus d'être.
Pour Saint-Pol-Roux, la réalité n'est pas donnée une fois pour toutes.  Il s'agit de "re-poétiser" le monde, de le renouveler. Car il ne va  pas de soi et l'existence doit être comprise selon des niveaux de  correspondances, ouverture et transcendance.

L'écrivain est perçu en 1923 par André Breton comme "précurseur" du  surréalisme, car il s'est posé la question hermétique du sens caché. Président de l'Académie Mallarmé pour le cinquantenaire du symbolisme,  est-il digne de celui qui l'appelait son "fils" dès 1891 ?

Certainement, parce qu'il y a chez ce Marseillais de naissance un  choix de valeurs qui ne fait pas défaut. Même si l'homme a traversé  des moments d'angoisse et sans doute de peur car il n'était pas  politiquement "correct" au moment de l'entrée des nazis en Bretagne. 

Dès 1939 il proteste contre le sort réservé aux Juifs d'Allemagne et  sa "Supplique du Christ" lui coûtera la vie un an plus tard. Agressé  ainsi que sa famille, sa demeure pillée, ses manuscrits brûlés, le  poète meurt des suites de ses blessures en octobre 1940.

Un symbole donc qui synthétise l'intérêt pour ses contemporains  (Segalen, Max Jacob, Jean Moulin...) et une inscription dans la vie  culturelle brestoise et finistérienne.

Décadent ? Sans doute pour les ennemis du plaisir dans les jours. Car  ne l'oublions pas, il fut le premier dépositaire des bois gravés et  peints de "La Maison du jouir" de Gauguin.

PG


photo(s) : Mary Piriou Portrait du poète Saint-Pol-Roux, 1923 Collection Musée des beaux-arts de Brest





L'exposition "Saint-Pol-Roux, Bretagne est Univers", sur le parcours  biographique de l'auteur symboliste, son lien avec les artistes rencontrés en Bretagne, comprend des  oeuvres graphiques de sa collection, des peintures et dessins prêtés  par différents musées et de nombreux documents. Elle est à voir  du 16 décembre 2008 au  15 mars 2009 au Musée des beaux-arts et à la Bibliothèque  d'étude de Brest.



Communiqué de presse ICI



Programme :

Colloque « Saint-Pol-Roux, passeur entre deux mondes »
les 27 et 28 février 2009
organisation Université de Bretagne occidentale
(Centre d’Etude des Correspondances et Journaux intimes)

Visites commentées au musée des beaux-arts
Les jeudis de 15h à 16h : 18 décembre / 12 février
Les jeudis de 18h à 19h : 29 janvier / 05 mars


Informations pratiques :

Musée des beaux-arts,
24, rue Traverse
29200 BREST
02.98.00.87.96

ouvert tous les jours sauf dimanche matin, lundi et jours fériés
de 10H à 12H et de 14H à 18h.

Bibliothèque d’étude
22, rue Traverse
29200 BREST
02.98.00.87.60

ouvert mardi, mercredi de 10h à 12h et de 13h30 à 18h00,
jeudi de 13h30 à 18h00, vendredi de 10h à 18h et samedi de 10h à 17h.







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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 16:06

Aguilera +9000


du 4 novembre 2008 au 3 janvier 2009


galerie VivoEquidem - Paris (6)



Dolores Aguilera


Dolores Aguilera : Le nu , une énergie sans entrave
Les oeuvres de Dolores Aguilera, courant imperméable au rayonnement du  doute, dépôt irréductible de fusain, noir sur fond blanc (120x80), ont  pour objet le corps. L'amour du corps projeté dans l'oeuvre, cuisse,  ventre, poitrine, sexe, sans rien de général ou de caricatural et  encore moins de monstrueux. Mais les formes constituent un monde et  sont nommables. Réciproquement elles trouvent leur unité par le tracé  noir du sexe de la femme, métaphore de l'amour, presque rien si  sublime renvoyant à une zone d'insécurité floue, mais sans tatônnement  ni retouches, point d'appui pour l'oeil.


Expression d'une décision pour le plus de sens possible  comme en un  moins de temps donné, cette démarche de longue haleine (9000  dessins) implique humilité et densité sans bavardage. La dépense est là  et l'exploit aussi. Le contraire de l'exhibition. Le sujet : le nu  nous fait aboutir ici à un projet sans gaspillage.


L'intention de peindre la femme pose aussi la question de  l'inspiration d'une telle éloquence. Ce dynamisme, cette élasticité  interrogent. Et on esquissera  une réponse. Cet élan nous paraît comme  un tremplin pour une dimension verticale de la vie. Un projet de  remonter, s'élever comme aimanté, course ascensionnelle, sans  assurance, pour se hisser jusqu'au principe d'une sorte d'extase, et  c'est le paradoxe. Il y a ici un envol et une impulsion immanente d'où  l'oeuvre trouve sa puissance. S'arracher à l'inertie et s'amarrer dans  l'ici et le maintenant, enfin.

PG


Jusqu'au 3 janvier 2009, la galerie d'art contemporain VivoEquidem (Paris, VIe arr.) accueille une exposition de dessins sur le corps humain nu : Aguilera + 9000. Les dessins sont l'oeuvre d'une artiste espagnole, Dolores Aguilera, qui pendant dix ans s'est consacrée à ce sujet et a usé d'une technique invariable, le fusain sur papier, pour le représenter.



informations pratiques :

Galerie VivoEquidem
113, rue du Cherche-Midi
75006 Paris
Téléphone : 06 61 26 92 13
galerie@vivoequidem.net

du lundi au samedi de 14 h à 19h30 et sur  rdv

métro  Duroc

voir aussi : http://www.vivoequidem.net/

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 07:19

du 13 novembre 2008 au 9 mars 2009


Musée des Beaux Arts - Reins (51)






C'était un jour... François Boucher peignait une femme charmante (L'Odalisque, H/T, 1743)  dont les formes avaient quelque chose de tendre et de coquet. On la  voyait étendue, des fleurs dans les cheveux, garnie d'un simple  chemisier qui lui cachait à peine le dos.

Les figures de Feitting (Zwei Figuren II, 1981) ne laissaient rien  saisir, elles prenaient des attitudes faussement froides, parlant de  cette vie si jeune soudain, des yeux noirs, des lèvres tendues, des  mains agiles. Les deux personnages étaient nus, avaient des allures  viriles, l'expression pas mélancolique.

Quoique personne ne savait l'âge des trois personnages, ils laissaient  volontiers voir une imperceptible joie. Et ne tardèrent pas à  témoigner les uns pour les autres une sollicitude toute particulière.


PG


Exposition du 13 novembre 2008 au 9 mars 2009 de huit artistes  allemands (Baselitz, Dahn, Dokoupil, Fetting, Kieffer, Kippenberger,  Richter, Vostell) au sein des collections permanentes du musée en  partenariat avec le Ludwig Forum MAMC à  Aix-la-Chapelle.

 

photos : Rainer Fetting (né en 1949), Zwei Figuren II, 1981, Acrylique sur toile, Ludwig Forum d'Aix la-Chapelle © tous droits réservés © photo Anne Gold Aachen
François Boucher, L’Odalisque, Huile sur toile, 1743, Dépôt de l’Etat - Inventaire LOUVRE M.N.R. n° 61, Reims, Musée des Beaux-arts, © photo : C. Devleeschauwer



informations pratiques :

A l'occasion de cette exposition, un cycle de trois conférences illustrant différentes facettes de l'Art allemand du XXè siècle sera proposé en janvier, grâce au partenariat du musée avec la SAAM, la DRAC Champagne-Ardenne et le Comité de jumelage Reims / Aix-la-Chapelle.

Musée des Beaux Arts
8, rue Chanzy
51 100 Reins
03.26.35.36.00

ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h
sauf le mardi et le 1er  janvier


voir aussi : le site de la ville de Reins

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:05

Paillettes et Dépendances ou la  fascination du néant


du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009.


MAMCO  -  Génève (Suisse)


 Sylvie Fleury

Sylvie Fleury : Eloge de la fuite.
 Des représentations sensibles de la consommation, dans un flux, se  poussent les unes les autres, comme les moments d'une course kitsch et  les formes élémentaires de la vie moderne. Chacune d'elles en fonction  de l'instant présent et de la perception que nous avons du corps de la  femme("Aura portrait" 2002), d'une soucoupe volante ("Vitteaux" 2007),  d'un champignon géant devant un mur peint en rose ("Wall painting"  2005).

Le concept est soustrait à l'idéologie dominante et agité dans une  région de l'esprit plus spontanée, moins cristallisée, disons  humoristique avec une voiture "crashée" (elle aussi peinte en rose),  ou un caddie "plaqué or" posé sur un piedestal ( 2000).

 Sylvie Fleury

 Le système avec lequel nous pensons la vie, son vocabulaire courant  depuis "Les Choses" de Georges Perec encore détourné ("Chromo Quartz",  2001) avec des pilules géantes fluorescentes. Comme beaucoup d'autres hommes et femmes Sylvie Fleury fait passer une  sensation où le commerce, la mode, la publicité, le design, les formes modernes  (Buren, Cesar,Mondrian...) conversent avec des représentations  personnelles de la fuite ou de l'angoisse sublimée.

Quête desespérée des origines, commune à tous ? Ou oeuvre pour une communauté impossible...

PG

   




Rétrospective Sylvie Fleury "Paillettes et Dépendances ou la  fascination du néant", du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009. 200  pièces (peintures, sculptures, vidéos, photographies, pièces sonores,  environnements) montrées sur quatre étages au MAMCO de Génève, 10 Rue  des Vieux-Grenadiers, Suisse.



photos : « First Spaceship on Venus (17ABCDEFG) », 1998
Ensemble de sept fusées coll. Fer, Laupheim « Be Amazing », 1998 néon court. Galerie Mehdi Chouakri, Berlin

« Pop Corn géants (blanc, rose, caramel) », 2008
court. Galerie Thaddaeus Ropac, Paris / Salzburg « Vasarely  », 2008 peinture murale  coll. de l’artiste



informations pratiques :

MAMCO
10, rue des Vieux-Grenadiers
 CH-1205 Genève
 +41 22 320 61 22
      
ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 11h à 18h
nocturne le premier mercredi du mois de 18h à 21h
fermé le lundi ainsi que les 24, 25, 26, 31 décembre 2008 et le 1er janvier 2009.
 

voir aussi : www.mamco.ch

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 05:45

Hommage


jusqu'au 28 décembre 2008


Musée de l'hospice Saint-Roch, Issoudun



Jean-Pierre Pincemin


Les unités de sens de Jean-Pierre Pincemin


Et comme un espace regardé de différents côtés dans les sculptures, ou  une toile multipliée dans ses perspectives, on aperçoit une multitude  de couleurs fondues dans un même univers fait de variations  imperceptibles de gris et de blancs, de terres et de bruns,  d'ocres  et de bleus. Et cependant c'est un seul monde. Ainsi quoi que Jean-Pierre Pincemin ait représenté en objet, peinture,  dessin ou gravure, il nous montre un corps affecté de la Totalité. 


Espace et temps comme enlacés dans une figure de l'étendue divisée en  une infinité de parties. Mouvement, grandeur, couleurs de l'Ouest,  phénomène esthétique indivisible en ses états distincts.   Art élémentaire ? Plutôt morceaux de nature.

Un travail enfin non pas arc-bouté sur des principes, mais enveloppant  le vrai et le faux. Existant de fait en bois, en pâte à modeler, sur  papier ou châssis et toiles. Comme une suite de séries sans  contingence ou une nécessité plongeant dans on ne saurait dire quelle  source.

PG

  Musée de l'hospice Saint-Roch, Issoudun. "Hommage à Jean-Pierre  Pincemin". Une exposition commencée le 27 juin 2007  et déroulée en  plusieurs parties jusqu'au 28 décembre 2008. Toiles, dessins,  gravures, mobilier, sculptures en bois et en pâte à modeler. Catalogue  du musée  avec des contributions de Louis Dalla Fior, Bernard Pagès,  Gérard Titus-Carmel, Claude Viallat et Jan Voss



Infos pratiques :


Musée de l’Hospice Saint-Roch
Rue de l’Hospice Saint-Roch
36 100 Issoudun
Tél : 02 54 21 01 76
musee@issoudun.fr

mercredi - jeudi - vendredi : 14h - 18h
samedi et dimanche : 10h - 12h / 14h - 18h
lundi et mardi : fermeture hebdomadaire


Visites libres et gratuites

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 10:38

Rétrospective


du 21  novembre 2008 au 22 février 2009


Musée des Beaux-Arts de Rouen




Georges Koskas : L'inspiré poétique.
Autrement dit la peinture de Georges Koskas (né en 1926 en Tunisie)  est dynamique et sa culture abstraite, informelle, figurative. Passé  par les ateliers de André Lhote (1946) et Fernand Léger (1947) Koskas  célèbre tour à tour la lumière et l'ombre. Comme un historien de la  Méditerranée il décrit sans juger et valorise l'obstacle essentiel :  le Soleil.

On retient ici notamment ses "baigneuses" sur fond jaune et rose. Sa  façon d'apporter des impulsions imprévisibles au positif. Le peintre semble en effet se borner partout et toujours à fuir le  négatif et à renaître dans une sorte de temps présent propre au  pinceau et à la toile. En somme ce serait comme s'il sanctionnait l'art de son époque en (re)découvrant inévitablement d'autres  certitudes.

Récit d'un progrès cette exposition dévoile un combat pour faire le  bilan d'un passé qui va de la revisitation des concepts à la physique  des corps.

PG



Informations pratiques :

Musées de la Ville de Rouen
Esplanade Marcel-Duchamp
76000 Rouen
Tél. : 02 35 71 28 40
E-mail : musees@rouen.fr

voir aussi : le site du Musée de Rouen

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 06:33

 jusqu'au 11/01/2009

Vieille Charité, Marseille (13)



Vincent et son collègue rêvé, Monticelli
par Patrick Mayoux


La démarche est engageante. Procurer la rencontre des peintures de Van Gogh et de Monticelli.  Rendre visible une amitié picturale entre Vincent et celui de ses contemporains, méconnu maintenant, qu'il a peut-être le plus fraternellement admiré. Loin des avantages et du train-train de l'exposition monographique mais aussi de ses aléas, (la peinture de Monticelli certes plus facile à rassembler, mais plus difficile à faire valoir à soi seule que celle de Van Gogh),  le risque attirant d'une confrontation. Le courant passera-t-il ?


Vincent Van Gogh

Et puis, en exposant ensemble les deux peintres, on exauçait un voeu de Vincent. Au frère Théo, il suggère de montrer tels de ses propres tableaux entre deux Monticelli. Enfin, en suivant la référence insistante de Vincent à Monticelli pendant les quatre années glorieuses de sa peinture (1886/1890), on pouvait faire revivre, au-delà de ce duo mené en solo par Vincent (car Monticelli, mort en 1886, n'a certainement pas vu un seul travail de Van Gogh, et peut-être pas même entendu prononcer son nom), un actif microcosme de peinture, sous le signe héliotropique. D'où vient alors que l'on ait l'impression d'entendre à la Vieille-Charité  deux idiomes qui ne se comprendraient que dans les généralités ou certains détails, alors que l'on s'attendait à sentir  rencontre et stimulations?


Cet accrochage pousse forcément sinon à comparer, du moins à repérer  les signes d'une émulation. Or de Bouquets en Paysages en passant par Portraits et Natures Mortes ( ce sont les stations principales de l'exposition, nous reviendrons sur le fâcheux cas des Marines), Vincent a-t-il vraiment trouvé en Monticelli un éclaireur, un devancier ? Ou a-t-il frayé sa propre voie extraordinaire en s'écartant nettement, et peut-être de plus en plus, d'un  peintre singulier, mais sans doute plus versatile qu'expérimentateur ? Ces questions se posent, quoi qu'il en soit des louanges de Vincent à l'égard du peintre qu'il rehaussait à mesure que lui-même se rabaissait, selon la pente de son humilité parfois vertigineuse. Pour tenter d'y répondre, regardons d'abord ce qui est proposé à la Vieille-Charité.

D'emblée deux autoportraits mis à couple donnent le la. A gauche, Vincent et sa face hantée de sursitaire réchappé de l'abattoir. Face de boucher disait à l'inverse Artaud ressentant  peut-être là, une cruauté de bourreau de soi . Mais dans ce portrait-ci, une aménité du désespoir tempère l'exigence dardée par le regard.  « Que vas-tu faire », demandent ces yeux au regardeur, "à l'autre, qui devrait pouvoir, puisqu'il peut voir". Et une douceur imprimée vers la bouche à peine tracée atténue la tristesse de la réponse déjà connue - mais nulle résignation, plutôt un peu de malice, un « Glissez, mortels... » colorant le « Que soit ». A droite, Adolphe Monticelli se fait apparaître en train de peindre. D'un chaos crâne de teintes assourdies où résonne un ton sang bruni émerge le profil du peintre tenace et vieilli, comme issu d'un ressac insistant.

Vincent Van Gogh


Vincent avait loué les bouquets de Monticelli, y voyant des exercices poussant très loin le raffinement chromatique. Cinq de ces bouquets sont montrés, contre quatre de Vincent. Dès cette confrontation s'amorce à nos yeux une vraie, une profonde divergence de manière et de visée. Il peut bien y avoir des ressemblances de touche ; mais les fleurs de Vincent évitent l'empâtement, ces épaisseurs de Monticelli dont lui-même savait se moquer (« C'est un Crousticelli » déclare-t-il à un visiteur devant une de ses toiles.) Mais surtout, glaïeuls, chrysanthèmes, fritillaires, les fleurs de Vincent ne sont ensemble que pour faire pressentir l'essence de la  fleur, enfin, de la fleur..., disons plutôt, comme Duthuit reprenant ces quelques mots de Van Gogh, comme titre de sa si forte étude portant sur le peintre, de « la chose réellement existante ».   Tantôt Vincent tend à une qualité spectrale, sans recherche d'agrément (Vase aux roses trémières, Vase aux glaïeuls rouges et oeillets blancs ), évitant les rutilances et les jeux de joailleries où se plait Monticelli,  tantôt, comme dans Le Bouquet de Chrysanthèmes, il concentre le jeu sur les deux couleurs qui résonnent comme son propre emblème, les jaunes et les rouges, sans brillances. Et surtout, chaque fleur apparaît travaillée pour elle-même, en vue d'une expressivité, et presque d'une signification propre. Elle n'est pas là en tant qu'ingrédient fondu dans le jaillissement chromatique d'ensemble, comme c'est le cas chez Monticelli. C'est plutôt l'inverse : les autres fleurs concourent à la particularité de chacune. Vincent tend au surgissement, Monticelli tend à l'immersion.

Vincent Van Gogh


Et il en va de même avec la section dite Natures Mortes. C'est une joie intense et austère de voir là le tableau des harengs saisis par Van Gogh, tels qu'allongés sur un papier (de plusieurs jaunes) lui-même sur assiette (d'un autre jaune) posée sur un cannage de chaise (plusieurs autres jaunes). Mufles des harengs, formes torses, maigreur où, comme depuis chaque fleur peinte, Vincent envoie de ses nouvelles - c'est une eschatologie du hareng, d'où venu? Du froid des mers, à quoi destiné?  A un repas de bien peu. La peinture ressaisit le dernier raidissement du vif. Ce n'est pas une nature morte de poissons, c'est un vif qui saisit le vif même après sa mort, à force de lutter contre l'empêchement de vivre. Extrême contraste avec les Monticelli exposés en regard, où dominent le plus souvent rutilances et éclats, où même des  sardines et un citron feront l'objet d'un rehaussement, d'un ennoblissement sur une table rendue opulente, à l'opposé de la saisie spectrale de Vincent. 


Bien entendu, les responsables de l'exposition, même s'ils faisaient droit au point de vue exposé ici, pourraient soutenir l'intérêt d'une telle juxtaposition, y compris si elle fait apparaître  entre les deux peintures contraste et même divergence de visée. Une telle position ressort souvent, par exemple, des commentaires avisés signés Françoise Monnin, et publiés dans le n° récent de Connaissance des Arts consacré à l'exposition. Seulement nous n'avons pas trouvé que les ouvrages respectifs se renforçaient de leurs contrastes mêmes, plutôt nous avons eu le sentiment de deux démarches qui s'éloignaient l'une de l'autre, à rebours de l'intention constamment affichée dans l'exposition, qui veut montrer leur proximité. Alors on en vient à  une impression de forçage,  qui nuit à l'émotion, aux perceptions libres.


Une caricature de ce « rapprochement forcé » est donnée par la section Marines. Voici cinq Monticelli, et pas un Van Gogh. Là l'intitulé de l'exposition est en défaut, et le nom de Van Gogh apparaît plutôt comme un appeau. Comment justifier la présence de ces Marines du seul Marseillais ? Dans la revue mentionnée plus haut, les responsables de l'exposition regrettent de n'avoir pu obtenir le prêt des Barques aux Stes Maries de la Mer, ajoutant que cette peinture de Vincent présente des empâtements d'un esprit proche de Monticelli. Or même sans pouvoir être en présence de ce célèbre et si gracieux tableau, il suffit d'en observer une reproduction pour se trouver à peu près aux antipodes des tableaux comparables de Monticelli, par ex. la Marine à l'Estaque. Chez Vincent, s'il y a empâtements ils sont secondaires par rapport à la présence des barques finement dessinées, légèrement peintes et posées comme des oiseaux, suggérant à elles seules un espace où l'air est vif. Chez Monticelli, les barques sont orientalisées, et comme enchâssées dans une mer chatoyante façon brocart. Aux Stes Maries, les barques sont sur le sable, mais iront à l'eau. A  l'Estaque avec Monticelli, les barques sont à flot, mais ce qui est pérennisé, c'est l'immobilité d'un riche instant chromatique. Et nous soutenons que cette antithèse ne vaut pas pour ces deux seuls tableaux, mais est pratiquement constante.

Vincent Van Gogh

Une contre épreuve est cependant possible sur un des meilleurs moments, quand on peut voir d'abord  la Charrette de Foin, une des réussites de Monticelli : unité et richesses chromatiques, puissant modelé de l'attelage, et des bêtes, dont ce cheval blanc central pathétique et presque sacrificiel (la parenté ici irait vers Daumier plus que Van Gogh). Très forte présence des  charretiers pourtant de  petites dimensions. Force menaçante du ciel, dont les couleurs se retrouvent sur les tons du sol, et ciel et sol manifestent ainsi à eux deux la fragilité des vivants. Juste après, voici Les Roulottes de Vincent. Un grand tableau, c'est celui dont la présence physique efface la reconnaissance routinière que l'on en a, à travers tant et tant de reproductions. Dans celui-ci, la scène de genre, le campement, tout en révélant quelques menues merveilles, s'estompe vite, et laisse place à une forte sensation, celle qui est donnée par l'espace vacant du premier plan. Une sorte de pré d'herbe basse et battue,  n'évoque guère l'espace ouvert à la tribu aux prunelles ardentes. Il est d'une telle présence, avec ses tons de soleils pâlis et grisés, qu'il paraît, sous les pieds de l'enfant qui s'y campe en nous tournant son dos bleu, bien plus grand que la petite moitié basse du tableau qu'il occupe en effet. Rejoignant ainsi le Champ de Blé avec vue d'Arles (Les Moissonneurs), autre merveille présentée ici, avec son vaste champ suscitant le plongeon du regard. Entre la Charrette menacée et les Roulottes de guingois, le voisinage tient la promesse du titre de l'exposition, qui accole les noms des deux peintres. Ici les deux peintures font bien jouer leurs différences, et pour se répondre.


Reste à se demander pourquoi l'exposition échoue la plupart du temps à présenter ce jeu de correspondances, ou plutôt de réponses différenciées, entre les trente cinq Monticelli et les dix-huit Van Gogh. Le Marseillais, est bien le collègue  disparu rêvé par Vincent, qui joue, dans une lettre, à se figurer lui-même  sur la Canebière avec la mise et la dégaine de Monticelli - une évocation si gaie, si « facile » même, qu'elle saisit à l'instant d'amour pour Vincent, aux antipodes du tourment inguérissable. Ainsi dans le superbe Van Gogh filmé par  Maurice Pialat, Jacques Dutronc incarnant (ossature, gestes et regard) Vincent se lance-t-il, une fois assis et entouré de sympathie, dans une gaillardise où il mime Toulouse-Lautrec, sous les yeux égayés du frère Théo, et de toute l'assemblée d'un repas heureux, par un doux dimanche au temps des cerises. Mais à la Vieille Charité, y a-t-il vraiment les Monticelli ad hoc ? Peut-être pouvait-on montrer au regard des Van Gogh,  d'autres tableaux qui auraient été contents d'être là - et nous avec-, remplaçant les Bouquets en surnombre, les Marines mal à propos, et plusieurs Paysages peu probants. On voit ainsi dans un des livres d'Alauzen une peinture, L'Arbre, d'après 1881, avec personnage vu de loin, effigie dense et dramatique du peintre pris dans sa campagne. Devant cette reproduction (le tableau  est localisé au Japon),  on pressent un autre possible contraste fertile avec Vincent - qui lui ne se figure jamais dans un paysage. Car cet Arbre sur la colline paraît donner une sensation d'espace respirant, rare chez Monticelli (qui traite plutôt l'espace comme support de couleurs et matière), forte et fréquente chez Van Gogh. 


Nous avons mentionné Alauzen, dont le livre sur Monticelli (Le Vrai Monticelli, 1986) était, hors de rares expositions, un des seuls moyens disponibles pour s'approcher de cette peinture. Mais voici que paraît le tout récent Monticelli l'étrange, de Georges Raillard, appelé à renouveler la connaissance du peintre, de l'oeuvre et de son sillage. De quoi mieux poser les questions ouvertes par cette exposition, que l'on peut aller voir jusqu'au début janvier 2009.


photos : (à gauche Adolphe Monticelli, à droite Vincent Van Gogh)

Adolphe Monticelli, Deux personnages sur la route, s.d., huile sur bois parqueté, 51,7 x 69,8 cm.
Vincent Van Gogh, Champ de blé avec vue d’Arles (Les Moissonneurs), 1888, huile sur toile, 73 x 59 cm, Paris, musée Rodin.

Adolphe Monticelli, Le bouquet fané, 1875, huile sur bois, 66,5 x 47 cm, collection particulière.
Vincent Van Gogh, Vase aux roses trémières, 1886, huile sur bois, 91 x 50,5 cm, Kunsthaus, Zurich.


Adolphe Monticelli, Nature morte aux poissons, s.d., huile sur bois, 25 x 16,8 cm, collection particulière.
Vincent Van Gogh, Nature morte aux harengs, 1886, huile sur toile, 45,6 x 38 cm, Otterlo, Kröller-Müller Museum.

Adolphe Monticelli, La Charrette de foin, vers 1875-77, huile sur bois, 48,3 x 37 cm, collection particulière.
Vincent Van Gogh, Les roulottes, 1888, huile sur toile, 45 x 51 cm, Paris, musée d’Orsay.


informations pratiques :

Centre de la Vieille-Charité
2, rue de la Vieille-Charité
13002 Marseille
Tel : +33 (0)4 91 14 58 59
www.vieille-charite-marseille.org

La chronique du Taon des deux côtes de Patrick Mayoux

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 06:51

du 13 septembre au 28 décembre 2008

 

 

au musée Rops - Namur (Belgique)

&

 à la Maison de la Culture de Namur (Belgique)

 

 

 

 Rodney Graham Marc Chagall 

 


L’histoire et l’iconographie nous montrent que les arbres possèdent une forte connotation symbolique. Certains artistes ont  traduit cette fascination dans leurs créations, accentuant d’une manière ou d’une autre, la façon dont ils les perçoivent ou considèrent. De l’arbre réaliste intégré dans son environnement à l’arbre stylisé symbole de vie et d’éternité, aux multiples arbres généalogiques évoquant l’histoire d’une famille… l’arbre est omniprésent depuis toujours.

 

L'exposition Arbre(s) du musée provincial Félicien Rops et de la Maison de la Culture de la Province de Namur est en deux volets.

 

La Maison de la Culture de la Province de Namur présente,  le travail d'artistes actuels belges et étrangers dans une variété d'approches, peintures, sculptures, vidéos, photographies,… :  Charley Case, Rodney Graham, Alexandre Hollan, Nathalie Joiris, Giuseppe Penone, Antoine Petitprez, Jean-Pierre Pincemin, Eric Poitevin et Jean-Pierre Ransonnet.


Le musée provincial Félicien Rops met en avant trois thématiques : l’arbre comme symbole païen et religieux, l’arbre comme métaphore de la condition humaine et finalement, l’arbre et la femme. Les œuvres de Félicien Rops sont confrontées à celles de Bosch, Dürer, Carrière, Chagall, Corot, De Morgan, de Saedeleer, Degouve de Nuncques, Khnopff, Lebrun, Matisse, Maréchal, Moreau, Mossa, Privat-Livemont, Rembrandt, Segantini, Spilliaert, Van den Abeele, … et bien d’autres encore.

 

Les deux importantes expositions consacrées à la représentation de l’arbre dans l’art, de l’Antiquité à nos jours sont à voir dans les deux lieux jusqu'au 28 décembre 2008.

 

photos : 1- Rodney Graham, Ponderosa Pine II, 1991, Photographie couleur, 234 x 190 cm. Collection Belgacom Art. Cliché : Schrobiltgen, Bruxelles. 2 - . Marc Chagall, La leçon de Philétas (détail de M 323), Daphnis et Chloé, Musée Matisse  © SABAM Belgium 2008

 

 

informations pratiques :

Du 13 septembre au 28 décembre 2008

Musée provincial Félicien Rops
12, rue Fumal
5000 Namur
T.081/ 77 67 55
www.ciger.be/rops // rops@ciger.be
Ouvert de 10h à 18h, sauf le lundi, le 24 et le 25 décembre.

 

Maison de la Culture de la Province de Namur
Avenue Golenvaux, 14
5000 Namur
081/ 77 67 73
http://www.province.namur.be/ // arts.plastiques@province.namur.be
Ouvert de 10h à 18h, sauf le lundi, le 24 et le 25 décembre.

 

voir aussi : notre dossier sur l'Arbre

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 06:29

Calendrier de l’Avent monumental


Illuminations du 1er décembre 2008 au 4 janvier 2009

 

 

 Abbaye Saint André – Centre d’art contemporain Meymac (19)


 

Le temps de Noël se déroule pendant un mois, de la Saint-Martin à l’Epiphanie. La période de l’Avent dure 4 semaines, pendant lesquelles petits et grands préparent et attendent le jour de Noël. En 2005, l’Abbaye Saint-André - centre d’art contemporain participe à cette attente joyeuse et effervescente en proposant à un artiste de transformer la façade de l’Abbaye en un monumental calendrier de l’Avent. Ainsi, chaque jour, du 1er décembre à la mi-janvier, une fenêtre de l’Abbaye s’illumine et laisse découvrir l’image du jour.

 

Les fenêtres de la 4e édition du Calendrier de l’Avent de l’Abbaye Saint-André s’allumeront une à une, et découvriront  une création originale réalisée cette année par Henri Cueco. C’est un calendrier de l’Avent rabelaisien que l’artiste corrézien a imaginé. Anges joufflus, boudins blancs, poulets, crêpes, poupées, cadeaux et ciels étoilés se succèderont au fil de l’illumination des fenêtres. De quoi rassasier les yeux.

 

Oeuvre ludique et monumentale le Calendrier de l'avent est réalisé pour et grâce à la population locale, qui se rend chaque soir au pied de l’Abbaye pour y découvrir l’image du jour.

 

C.P.

 

informations pratiques :

Vernissage le samedi 6 décembre à partir de 18h

 

Abbaye Saint André – Centre d’art contemporain
Place du Bûcher – 19250 Meymac
T 05 55 95 23 30
cacmeymac@free.fr

 

voir aussi :  http://asso.info-limousin.com/cacmeymac/

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