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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 20:03

 

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

peinture



 

Carole Benzaken. "Parce que".

Carole Benzaken aime les images. Elle les collectionne, les thésaurise. Ce qu’elle veut produire avec ses toiles, ce ne sont pas d’autres images, c’est de la peinture. L'ensemble d’oeuvres  exposées à saint-Restitut concerne  quinze  années de travail. Les pièces les plus anciennes appartiennent à la série des Diana’s Funeral . Elles ont été  réalisées à partir de photos « volées » à la télévision lors de la retransmission de l’événement. A l'acrylique sur grand format ou au pastel sur papier, elles sont animées de séquences qui suivent une courbe sinusoïdale. Elles créent une scène qui s'anime dans toute sa force dramatique comme cela pourrait l'être au cinéma .


La suite des « tulipes » qui fait écho à une très belle réalisation de vitraux dans l’église de Varenne Jarcy en région parisienne occupe ici la chambre du curé. La salle est petite et permet de  s'attarder sur l'histoire de la rencontre de Carole Benzaken et de Joan Mitchell. Voici quelques années, la jeune artiste a obtenu une bourse pour séjourner six mois aux États-Unis. Elle y est restée sept ans. Un jour qu’elle se trouvait dans l’ atelier de Joan Mitchell, la très grande dame de la peinture abstraite, une autre dame réclamait des explications sur le travail de Carole qu’elle percevait comme académique et conventionnel. « Montre-lui » lui propose Joann. Carole prend des pastels et dessine quelques tulipes. Joan prend à son tour les couleurs et dessine plusieurs lignes dans la partie haute de la feuille restée blanche. « Voilà ! » s'exclame-elle.


A côté de ce dessin à quatre mains, petite déclaration en faveur du langage pictural, se tiennent touche-touche deux huiles carrées de Carole Benzaken dédiées à Joan. Elles représentent aussi des tulipes. Mais bientôt on ne voit plus le sujet. On sent seulement les infimes vibrations qui oscillent imperceptibles entre les teintes. Une subtile augmentation de la couleur par une douce excitation. Et l'on renonce à comprendre, on reçoit ce moment de grâce comme un cadeau.


Si vous suivez Annie Delay, l'hôtesse de la Maison de la cure, elle vous conduira ensuite dans la plus grande salle consacrée aux dernières oeuvres de 2008/2009.   (Lost)Paradise est une série inspirée d’un prospectus piétiné qui vantait en image une île paradisiaque. Ce lieu existe Carole l'a rencontré au Bénin. Mais elle sait aussi que c'est du port de Ouidah que  partaient les esclaves africains. Il ne plane aucune ombre sur l'image idyllique de la plage bordée de palmiers. Pourtant la réalité de l'endroit n'est pas telle que nous la renvoie la première photo venue. Le peintre  pour restituer l'âme d'un  lieu qui contient aussi sa mémoire  fait  du « Villeglé à l’envers » . Elle ajoute un réseau de taches blanches sur la représentation colorée des sites paradisiaques. Trois petites vidéos silencieuses et poétiques  montrent un homme qui marche sur le sable. Elles complètent avec bonheur la présentation.


Pour la poursuite de la visite, il faut sortir de la galerie et pénétrer dans les caves.  On y voit des dessins en noir et blanc spécialement créés pour l'exposition :  les trois "F", entendez les fleurs, les feuilles, les fruits. Ils appartiennent à  une installation  sur le thème de l’Ecclésiaste. La détermination de Carole Benzaken est grande. La jeune femme  semble déclarer à ce stade de son parcours son refus de la futilité de toute action. Son art tend vers une éthique. Le beau n'est pas donné, il est à construire et est  inséparable du bien.


Cette exposition s’inscrit dans le programme « Pourquoi Pas la Peinture ?» qui regroupe Lithos, le Château des Adhémars, Angle Art contemporain, la Galerie Eric Linard et Art 3 à Valence dans un parcours Drômois. Carole Benzaken y répond par un "Parce que" têtu et éloquent. Elle participe également à l’exposition présentée actuellement à Beaubourg « elles@pompidou», artistes femmes dans la collection du Centre Pompidou.


Catherine Plassart









"Diana's Funeral VII"2000. acryl/canvas 70 x 80 inches






"Joan"1992. acryl/canvas 15,7 x 31,5 inches





"(Lost) Paradise I" 2008 acryl., oil / Canvas 80 x 150 cm







"Ecclésiaste 7:24 (C)"2007 pencil, ink / tracing paper included in a lightening box. 81,5x160x12 cm




Originaire de Grenoble, Carole Benzaken est élève de Cueco à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Grâce à une bourse, elle part à Los Angelès pour 6 mois et y reste 7 ans. Elle fait le choix de la peinture alors que la mode est aux installations et à la montée en puissance de la photographie plasticienne. Elle ne se contente pas d’un seul médium pourtant. Elle dessine, photographie et filme . Elle obtient ainsi l'important Prix Marcel Duchamp en 2004. décerné chaque année à l’occasion de la FIAC.






"Travelling 1"  2004 Acryl.  , oil / canvas 210 x 290 cm




Informations pratiques :


Carole Benzaken

jusqu'au 31 août 2009

Centre d’art contemporain
Maison de la Cure
3 Passage de la Cure
26130 Saint Restitut
Drôme provençale


Tel : 04 75 01 02 91 
mail : lithos@wanadoo.fr

Ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le lundi et sur rendez- vous
Entrée libre et visites commentées

Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 



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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 19:18







Edito : Retrouvons-nous à la rentrée.

Dans la spirale de la création artistique qui tourne autour du globe, déplaçant les œuvres, les confrontant les unes aux autres, les additionnant, il est bien difficile de réserver une place aux productions du passé. Les mémoires humaines saturent et s’en remettent pour archiver les objets de l’héritage culturel aux spécialistes de la conservation en tout genre. L’engouement du public à l’occasion de rétrospectives prestigieuses des grandes œuvres de l’histoire de l’art est le symptôme d’un oubli plus vaste qui gagne par capillarité l’étendue du patrimoine.

Dans le même temps des artistes "savants" visitent et relisent les œuvres du passé, nourrissent leur propre travail de références ou de citations. Ils dialoguent avec leurs prédécesseurs et s’adressent à leurs contemporains, mettant ainsi en acte dans leur création une double énonciation qui autorise la transmission de l’essentiel et sa métamorphose.

La véritable performance d’un artiste actuel est sans doute ce tour de passe-passe grâce auquel il extrait de la masse devenue compacte des œuvres anciennes, les traces tangibles et lisibles de la fabuleuse créativité de l’homme toutes origines et époques confondues. La mémoire est un devoir nous dit-on quand il s’agit de maintenir vivant le souvenir des plus grandes catastrophes de l’histoire : « Plus jamais cela ! ». Mais on aimerait qu’elle soit aussi un plaisir sans nostalgie qui entretienne sans fétichisation excessive le souvenir des nombreux édifices plantés sur la longue route de l’évolution des productions de l’esprit.

Les avant-gardes qui ont créé la rupture dans la première moitié du vingtième siècle et qui avec humour nous ont obligé à voir le précipice, ne l’ont pas fait pour que l’on tombe dedans. Elles nous ont plutôt adressé une invite à faire demi-tour. Il est vain voire dangereux de continuer à les prendre pour modèle. Elles ont délivré leur message comme on jette une lettre à la poste. Il n’était pas destiné à faire école.

Ainsi la conscience du gouffre d’une part et la reconnaissance d’un sol préparé et enrichi au fil des siècles par ailleurs devraient interdire aux créateurs lucides de poursuivre les tentatives de « tout casser » et les amener à planter et faire grandir des œuvres qui nous parlent de la vie.

 Carole Benzaken

"Joan" Carole Benzaken 1992. acryl/canvas 15,7 x 31,5 inches

Un peu partout la peinture est de retour dans les expositions. Voilà vingt ans qu'on en était privé. Un sacré bail pour le regard qui observe étonné ce langage qu'il a désappris. Je voudrais vous raconter une petite histoire que je tiens de Mme Annie Delay qui anime l'espace d'exposition Lithos dans le minuscule village de Saint-Restitut.

Elle expose tout l'été des oeuvres de Carole Benzaken. Voici quelques années, cette jeune artiste a obtenu une bourse pour séjourner six mois aux Etats-Unis. Elle y est restée sept ans et a fréquenté Joan Mitchell. Un jour qu’elle se trouvait dans l’ atelier de la très grande dame de la peinture abstraite, une autre dame réclamait des explications sur le travail de Carole qu’elle percevait comme académique et conventionnel. « Montre-lui » lui demande Joan. Carole prend des pastels et dessine quelques tulipes. Joan prend à son tour les couleurs et dessine plusieurs lignes dans la partie haute de la feuille restée blanche. « Voilà ! » s'exclame-elle.

Magnifique leçon mais peut-elle dans sa grande évidence être comprise ? Oui, si on se souvient du mot de Léonard de Vinci : "la peinture est cosa mentale". Non, si on confond le tableau et l'image qu'il reflète. A côté de ce dessin à quatre mains, petite déclaration en faveur du langage pictural, se tiennent touche-touche deux huiles carrées de Carole Benzaken dédiées à Joan. Elles représentent aussi des tulipes. Mais bientôt on ne voit plus le sujet. On sent seulement les infimes vibrations qui oscillent imperceptibles entre les teintes. Une subtile augmentation de la couleur par une douce excitation. Et l'on renonce à comprendre, on reçoit ce moment de grâce comme un cadeau. A quelques kilomètres de là, chez Eric Linard à La Garde Adhémar, Olivier Mosset a atteint son but, le degré zéro de la peinture. Il peut bien crier "HELP" (le titre de l'exposition) on ne saurait compatir. On préfère de beaucoup la réponse têtue de Carole Benzaken à la question qui trace le parcours d'expositions dans le département de la Drôme. - "Pourquoi pas la peinture ?" - "Parce que".

Durant cette période estivale nous n'avons pas traité de l'actualité dans sa diversité. Je vous livre quelques dossiers liés à des expositions qui se déroulent en ce moment. Je vous souhaite une bonne lecture, un bel été et vous propose de nous retrouver à la rentrée.

Catherine Plassart

Dossier de l'été 2009 N°1 : Marc Giai-Miniet "Petits théâtres de la mémoire" (exposition à La Rochelle)
Dossier de l'été 2009 N°2 : Alicia Martin "Chutes de livres"
Dossier de l'été 2009 N°3 : Jean le Gac "Relectures" (exposition à Trédrez-Locquémeau )
Dossier de l'été 2009 N°4 : Valérie Favre "La visiteuse" (exposition à Nîmes)
Dossier de l'été 2009 N°5 : Fabrice Rebeyrolle "D'étranges fleurs"
Dossier de l'été 2009 N°6 : André-Pierre Arnal "Ecrire la peinture" (masterclass à Saint-Jean d'Angely)
Dossier de l'été 2009 N°7 : Carole Benzaken "Parce que" (exposition à Saint-Restitut)



photos : (1) Carole Benzaken, (2) Valérie Favre, (3) Jean Le Gac



voir aussi : La Feuillée du 30 juillet 2009




Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 


 

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 11:27

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

peinture


André-Pierre Arnal



Ecrire la peinture. Un art de la mémoire dans l'horizon de la couleur.

André-Pierre Arnal écrivait en février 1968 dans le catalogue de l'exposition Jeune peinture : « Tout ce que j'ai peint m'étonne : je le regarde comme l'inventaire progressif d'un univers confus et pourtant tout proche de moi ; ce vaste chaos dont je suis le locataire temporaire. »


Quarante années se sont écoulées, durant lesquelles André-Pierre ARNAL dans une fidèlité sereine à ce qui n'était qu'une intuition risquée, a développé un travail pictural qui est à la fois une tentative de retour vers une vérité de la matière, un désir d'introduire un peu de logique dans ce chaos. Il n'espère pas vaincre le désordre, ne souhaite d'ailleurs pas renoncer à celui-ci. Derrière lui, se tiennent, les motifs pérennes de l'enfance de l'art dont Paul Klee a montré le chemin :  l'école de la poésie des éléments, la profondeur d'une science  des affects, l'oeil ouvert sur la chose unique proportionnée à la dimension cosmique.


André-Pierre ArnalQuelques caractères forts déterminent la peinture aujourd'hui. 1) Elle emprunte les chemins de la couleur dont les peintres du XXe en topographes experts ont dressé toutes les cartes. 2) Elle exploite les apports de la peinture abstraite, l'improvisation et la place offerte aux circonstances extérieures. 3) Savante, elle ne se conçoit qu'en strates, accumulant les couches archéologiques de sa longue histoire. 4) Inventive, elle diversifie ou épuise,  les langages des signes et de la couleur.


Mais le linguiste nous l'a appris, une langue, une écriture, c'est un lexique plus une syntaxe qui la met en mouvement.  Grammaire de la phrase et grammaire du texte sont analogiquement le branle et le liant de toute oeuvre plastique.Le travail en peinture d'André-Pierre Arnal se déploie dans une succession de séries étroitement  liées à une réserve  lexicale et une grammaire personnelle. Il apparaît ainsi exemplaire à plus d'un titre aux yeux d'une jeune génération d'artistes et susceptible d'illustrer la nécessité pour chacun d'entre eux d'objectiver une écriture originale. Celle-ci procure à l'oeuvre  sa singularité, et la dirige vers la quête d'un sens qui se dérobe dans un monde en pleine effervescence.


L'oeuvre d'André-Pierre Arnal dans ses dimensions esthétique et réfllexive apparaît comme fondatrice d'une forme de renouveau de la peinture contemporaine. Plus « physique » que plastique, elle  est une vaste collecte des états successifs d'une quête spirituelle qui combat les illusions, met  passionnément  en acte  les coups de sonde donnés à la matière/mémoire, introduit le corps dans le jeu des possibles. Hasard d'un côté, contraintes de l'autre,  les deux versants du projet d'André-Pierre Arnal  visent à produire une oeuvre équivalente à une totalité sans âge en  sympathie avec la Nature.
Catherine Plassart




André-Pierre Arnal

Ecritures, 250 x 200 cm toile 1979



André-Pierre Arnal

Ficelage,  140 x 170 cm, toile 1982



André-Pierre Arnal
Arrachement,  200 x 160 cm, toile 1989






photos : (1) Pliage  200 x 200 cm, toile, (2) Froissage, 1968




"Autour de A.P. Arnal masterclass d'expression contemporaine"


Dans le cadre exceptionnel de l'Abbaye Royale de Saint-Jean d'Angély, André-Pierre Arnal et le Centre de Culture Européenne proposent un masterclass. André-Pierre Arnal est plasticien, écrivain, compagnon de route du mouvement supports/surfaces. Il vous apportera son expérience humaine et professionnelle sur le plan des arts plastiques, de la musique et de la littérature. Avec lui, vous découvrirez une philosophie  faite de curiosité, de découverte et d'échanges.Il vous guidera vers une approche vivante de l'histoire de l'art contemporain, y compris dans les aspects les moins connus mais les plus riches !

André-Pierre Arnal
du 16 au 22 août 2009
anime un stage de création littéraire et artistique
au
Centre de Culture Européenne
Abbaye Royale
17400 Saint-Jean d'Angely
+33 (0)5 46 32 60 60

bulletin d'inscription PDF



voir aussi : la vitrine d'André-Pierre Arnal dans Art Point France, le site personnel de l'artiste. 




 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 06:47

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

peinture

 

Fabrice Rebeyrolle 





DANS LA FLEUR, LE SECRET.

Fabrice Rebeyrolle" Je ne peins pas devant les choses , ni d'après les choses mais près des choses"


Dans la solitude de l'atelier à la lisière du paysage, Fabrice Rebeyrolle dénoue le corset des  représentations mimétiques. A travers une large verrière, au gré des lumières du jour,  la terre, le végétal, le ciel, délivrent leurs nouvelles et rédigent le journal de bord de l'artiste. Concentration du regard,  séparation  créatrice entre le dedans et le dehors, tension du corps en action, recueillement et exaltation, le peintre est dans l'effraction. Il force l'évidence, entaille le sens, altère, arrache.  "Je suis une expérience" dit-il. Variations et intensité du rythme, syncope de la rupture, il travaille sans esquisse, ni repentir.  Pas d'artifices non plus mais des doutes. Pas d'inventions mais des pieds de nez aux formes ajustées.  C'est dans la précaire émergence de "la chair" de l'arbre ou de la fleur, contre l'indifférence du limon originel qui est pourtant au fondement de toute chose que l'oeuvre advient.


Les grands arbres aux troncs souples et solides à la frondaison touffue qui habitent les oeuvres de 2004-2006 sont en cet hiver 2007 tout proches encore. Mais leurs silhouettes  architecturées se dispersent maintenant dans les cendres grises, inertes et volatiles récupérées dans l'âtre froid. C'est un déménagement,  c'est un déchirement, il faudra quitter l'atelier. En signe de deuil, dans une manière de rituel, du bout des doigts, la main effleure délicatement le grand papier, le maquille d'un tendre fût d'arbre. Et alors que l'artiste songe au vers d'Hölderlin  "Comme aux arbres la fleur" , le tronc se redresse, annonçant déjà la tige. La main remonte encore, la ramure se noie dans la sphère blanchie des cendres mates. Un peu d'huile tel un onguent capte la lumière laiteuse. Le grand tableau A la lumière d'hiver est un adieu à l'atelier de Massanes.Fabrice Rebeyrolle


Les poètes inspirent le peintre. Il leur a depuis toujours accordé une  place en lui même sans jamais la circonscrire d'ailleurs. C'est ainsi que lorsque Pierre Péju lui soumet un texte "Coquelicots" pour la réalisation d'un livre d'artiste, il répond à la demande et trouve là, l'occasion de comprendre son goût et son désir de la fleur comme sujet.  Francis Ponge le guide dans son questionnement : il ne doit y avoir aucune distinction entre le mot et la chose représentée.  La réalité de la perception doit être plus prégnante que l'image de l'objet.  Et le peintre plonge dans  l'énigme de la visibilité à la rencontre des "étranges fleurs que nul ne voit",  une suite d'oeuvres sur bois et sur papier. Les Coquelicots éclatent rouges et soyeux sur l'étendue en mouvement des  gris en cascade.  Les  Épanouies  annoncent La Promesse des fleurs. Les Ancolies profèrent leur soif de lumière mais aussi les minutieuses Ombelles "à tout petits motifs", celles dont Francis Ponge dit qu'elles "ne font pas d'ombre, mais de l'ombe : c'est plus doux.". Des tableaux dans lesquels le dessin soude, organise et pacifie le chaos. Le peintre comme le poète aime "la règle qui corrige l'émotion" qui permet le surgissement de soi  dans "la parfaite fureur" ou  la "folle rigueur".


Nait ainsi  un ensemble d' Etranges fleurs appartenant aux deux périodes, des deux ateliers. De l'une à l'autre, celui-ci a été plié et déplié. A la charnière, un grand tableau Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées, tel un retable a reçu la moisson desséchée du souvenir. Herbacées, hibiscus, feuilles et pétales, bribes de notes d'atelier, tous traces tangibles du jardin abandonné, enfouis dans l'épaisseur d'une matière composite : acrylique, huile, soie, suie...  Le recouvrement nécessaire tempère la force presque primitive et désespérée des objets de la nature tout comme des traces de mémoire qui crèvent ici de place en place la « peau de la peinture ». Ils s'effritent toutefois au pourtour du support rongé par les intempéries. Le récit de l'intime qui perce,  quant à lui sera toujours protégé par le sceau du secret.


L'empreinte de la terre entoure et nourrit désormais l'oeuvre. La fleur, archétype d'un rapport à la beauté est devenue l'emblème d'une jeune force délicate  et archaïque. Dans la confrontation obstinée et parfois violente avec lui même, Fabrice Rebeyrolle trouve dans le sujet « fleur » l'occasion d'une refondation romantique :   Narcissus poéticus,  Iris, Fleurs de silence,  Fleurs du mal ou Fleurs obscures, l'artiste  explore la palette des sentiments devant la nature et décide du langage en fonction du support, panneau, papier, toile, affiches arrachées...  Musique murale, accords chargés d'énergie, volubiles nuances,  les couleurs parcourent le spectre des densités. Clarté tonique, luminescence laiteuse, elles montrent leur "peau" traversée de minces sillons, tatouée de cicatrices, d'amalgames à la limite parfois de l'intelligible. "Ajouter ou enlever, c'est la même chose" déclare le peintre. Notes brèves du jaune,  foyers de rouge chaud et charnu,  touffes denses de bleu,  large gamme des ocres,  les couleurs se mêlent et s'émeuvent.  Frugales ou exubérantes,  compactes ou ruisselantes,  elles disent la joie, l'ascèse, la mélancolie.  Elles retiennent évidentes ou assourdies, les secrets dans leurs plis, ourlent les oeuvres d'un bonheur fragile.


Quand arrivent les Soleils noirs à l'été 2009, la palette des gris expire dans l'étendue du blanc alors que le noir en majesté affirme sa présence. Charbon de bois sur arches et kraft plissé pour des tournesols  qui dessinent une théorie dramatique et mettent l'oeuvre en mouvement. En référence à Nerval et porté par Mallarmé, le peintre fait  face au spectacle du champ dévasté. Il est à l'écoute. La rêverie favorise alors l'amplitude du geste dans l'épaisseur de l'air. Tel le mime qui permet qu'advienne sous nos yeux  une réalité impalpable,  l'artiste rend visible l'invisible. Dans l'histoire de la peinture, le tournesol apparaît comme le symbole de l'inspiration créatrice. Fané, il représente une déchéance, suggère une forte mélancolie. Calciné, il pourrait annoncer une fin. Mais puisque sec et rabougri, il explose encore des graines du renouveau,  ce qu'il  annonce vraiment dans ces Soleils noirs est une "petite mort". Elle se joue plastiquement et se réalise dans un élan vers le spirituel.


Fabrice Rebeyrolle encore et toujours se confronte au « corps matière » de la peinture, primitif, rampant, grossier et tout à coup lumineux,  miraculeux. Ayant absorbé le laid et le sublime, le "Beau négatif" (Mallarmé) défend comme dans un manifeste l'autonomie de l'art et du sujet. Pas d'utopie mais une affirmation de la valeur du travail sur soi, en soi, afin que se révèle un vaste territoire où la terre et le ciel se confondent,  à la  limite de l'espace peint, au bord sensible de la peinture.

Catherine Plassart



Photos : (1)  Soleils noirs IX, tech. mixte sur papier, 152 x 138 cm, 2009, (2) Soleils noirs II, tech. mixte sur papier, 152 x 138 cm, 2009,  (3) (4) (5) Tournesols tech. mixte sur papier, 37,5 x 34,5 cm 2009 
 





Chemin de glaise, suite à fleur de terre, tech. mixte sur papier 100 x 130 cm 2008

 

Terre arable du songe, tech. mixte sur panneau, 200 x 200 cm, 2008  

Fabrice Rebeyrolle est en 1955 à Paris. Peintre et graveur, il expose en France et en Europe depuis 1976. Il est éditeur de livres d'artistes depuis 1992.

Du travail "à fleur de terre" à partir du limon aux ensembles sur le thème des fleurs, le chemin de l'artiste épris de mots  sinue entre "lignes d'erre", "ciels de terre"  et "fleurs du silence". Ces suites d'oeuvres récentes ont été présentées en 2009 dans deux expositions importantes : "Passages" au Cloître Saint-Louis en Avignon  et "D'étranges fleurs" à la galerie Marie-josé Degrelle à Reims.

 voir aussi : la vitrine de Fabrice Rebeyrolle dans Art Point France 



 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 10:35

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

peinture, cinéma, littérature


 

 Valérie Favre





La visiteuse.


Valérie FavreL'architecture du Carré d'Art, le majestueux bâtiment conçu par Norman Forster pour accueillir un musée et une bibliothèque à Nîmes est un vrai cadeau pour les artistes. Le musée installé en couronne autour d'un vaste atrium permet aux oeuvres de se déployer en séries précises ou en groupes restreints de grands formats dans les belles salles d'exposition. Durant l'été 2009 Valérie Favre nous propose dans ce lieu d'exception ses "Visions", une première exposition muséale pour la jeune artiste européenne qui trouve là avec la complicité de Françoise Cohen, la directrice de l'établissement, l'occasion d'une réflexion approfondie sur son travail. Une affaire de femmes disent certains sceptiques pour évacuer le véritable motif de la controverse : le renouveau du langage pictural et des valeurs du clacissisme qui posent toujours problème en France.


Le large escalier qui conduit au musée est surplombé par deux immenses bannières conçues par l'artiste à partir de la célèbre scène du landau du Cuirassé  Potemkine d'Eisenstein. Elle a agrandi à la  dimension  de l'architecture des gouaches et encres de 10 sur 20 cm. Recoupées, montées plusieurs fois, elles procurent aux images recomposées sur les bâches une mobilité et un rythme qui évoquent la pellicule. Dans cette atmosphère cinématographique on  débouche sur une première salle ouverte  de toute part qui accueille un socle central rappelant le podium sur lequel se tient  la déesse du logo des studios Columbia Pictures. Il est entouré de grandes huiles sur papier et de petites toiles de la série des Lapines. Les femmes aux longues oreilles soyeuses et aux jambes gainées de cuissardes, aux allures d'actrices de musicall  ont déserté le podium pour s'installer dans les tableaux. Le socle déserté est maintenant garni de simples photocopies, notes de l'artiste et couvertures de livres en grand nombre.

Valérie FavreCette entrée en matière  sous forme de générique filmique annonce les collaborateurs tacites choisis par Valérie Fabre : le cinéma et la littérature. On retient en passant les ouvrages de Thomas Bernhard, ceux de  Franz Kafka, Les Mythologies de Barthes, L'Interprétation des contes de fées de Marie-Louise von Franz... Le dispositif dans sa globalité est une mise en espace du parcours d'obstacles, des rencontres, des recherches d'une artiste-peintre qui se définit comme le metteur en scène de ses rêves d'enfant, d'adolescente et d'adulte.



Valérie Favre se comporte en auteur. Avant de réaliser un tableau, elle prend des notes, écrit un synopsis, puis développe la peinture avec ses bonheurs et ses accidents. Le tableau est répertorié comme si c'était une véritable histoire avec ses événements et ses étapes. Toujours avant  de commencer, l'artiste rend visite à de grandes oeuvres : "je pique ostensiblement et montre ce que je pique". "L'Art n'est fait que de visites." De ses excursions et autres voyages dans l'histoire de l'art, Valérie Favre ramène des trésors. Elle fait provision de nombreuses références picturales, jamais de citations. Elle accumule ainsi   beaucoup de vécu dont se dégage une énorme énergie qui bientôt réclame le "lâcher prise" de l'oubli.  Puis elle peint entre contes et références cinématographiques, picturales et littéraires. 



Toutefois ses mythologies sont aussi contemporaines. Sa peinture  n'illustre pas seulement un panthéon personnel (la lapine, l'aigle déchu, les centaures, les majorettes)  ne joue pas seulement avec les références, les frères Grimm, kafka, Goya, Manet... elle porte aussi une réflexion sur la scénarisation de la société contemporaine  (Autos dans la Nuit ou  Suicides). Dans cette figuration en dehors de tout réalisme, les multiples personnages peuvent avoir une double identité, une dimension parodique ou fantasmée,  un caractère allégorique ou baroque. Un flux allusif traverse les atmosphères les plus sombres (les Kakerlake, Das Gebet). Des accents féériques ponctuent les tableaux aux couleurs les plus solaires (Le Diable probablement, Suggestion).


L'exposition rassemble dans les différents espaces plusieurs ensembles d'oeuvres réalisées entre 2002 et 2009. Ils entretiennent des rapports entre eux. Ils peuvent être en rupture, ainsi Balls and tunnels la suite d'abstraits rituellement réalisés une fois l'an. Ou ils peuvent résulter les uns des autres, sans souci de redites ou de contradictions. Dans l'oeuvre de Valérie Favre le temps ne fait rien à l'affaire, ce qui compte c'est l'espace,  la matière picturale et sa variabilité.

Catherine Plassart






Valérie Favre
"Volière I (Der Anfang)", 170 x 390 cm, oil on canvas, 2008






Valérie Favre
Peter Pan, 2007, huile sur toile, 200 x 180 cm. Courtesy Galerie Barbara Thumm





Valérie Favre
"Autoscooter Garage No.1", 250x310 cm, Oil on Canvas, 2008





Valérie Favre
 "Kakerlake No.1", 250x195 cm, Oil on Canvas, 2008 




photos : (1) Lapine Univers Columbia, Zauberin, 2008, huile sur papier, 225 x 152 cm. Courtesy Galerie Jocelyn Wolff, (2) Autos in der Nacht, Autos in der Nacht, 2004-2006, 24 peintures, huile sur toile, 30 x 40 cm chacune. Courtesy Galerie Jocelyn Wolff, (3) Das Gebet, Das Gebet, 2005, huile sur toile, 40 x 60 cm. Collection privée, Berlin



Informations pratiques :

Valérie Favre
"Visions"

du 27 mai au 20 septembre 2009

Carré d’Art – Musée d’art contemporain
Place de la Maison Carrée - 30000 Nîmes
04 66 76 35 70
info@carreartmusee.com

Ouvert du mardi au dimanche inclus de 10h à 18h

voir aussi : le site du Carré d'art, le site de Valérie Favre, le site du photographe Jean-Pierre Loubat  




 

 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 15:01

 "Tu rencontreras d'abord les sirènes"

jusqu'au 27 juillet
Musée de l'orangerie - Paris (01)


et

du 3 octobre au 15 novembre 2009
Abbaye de Montamajour -  Arles (13)




Didier Paquignon


L’œil du peintre est un kaléidoscope sur lequel la lumière vient se réfléchir ; il est une surface mystérieuse et mouvante ne connaissant des objets du monde que leur pure apparence ; l’oscillation organique de leur être sensible. Renouant avec les recherches formelles des impressionnistes, l’œuvre de Didier Paquignon n’est pas une simple répétition mais la reprise intensive d’une manière de voir et de peindre par touches plutôt que par lignes. Comme l’écrit Wölfflin cherchant à définir l’essence du style pictural, c’est la lumière, ici, qui parle, et non la forme plastique.

Frédéric-Charles Baitinger



 Didier Paquignon



Didier Paquignon est né à Paris en 1958. Il peut se définir comme un artiste cosmopolite. Ses nombreux voyages lui ont en effet fait découvrir le monde entier, mais c’est plus particulièrement autour du Bassin méditerranéen qu’il puise son inspiration, en Grèce notamment où il s’installe à la fin
des années 1980 puis en Espagne qu’il rejoint en 2003.

Il vit et travaille aujourd'hui à Paris. Son oeuvre, souvent déployée sur de grands formats, offre un regard ciselé sur des thèmes que certains pensaient dépassés : nus féminins, natures mortes, vues d'intérieur ou paysages urbains. Ces thèmes apparemment classiques sont « revisités » et témoignent de la vitalité de cette peinture contemporaine.

Didier Paquignon peint de manière subtile, mélangeant matière picturale, jeu de transparences, couleurs vives et franches dans des compositions élaborées. Ses constructions savantes et son travail particulier de la couleur comme matière donnent à sa peinture une tonalité et des atmosphères singulières comme en témoignent ses paysages de zones urbaines réalisés en Grèce, en Albanie ou en Espagne.

Renouant également avec la notion de série, Didier Paquignon démontre l'étendue des possibilités de son oeuvre, toujours figurative, au travers de thèmes qu'il exploite avec obstination. Ses motifs à l'huile sont souvent repris en plusieurs formats, du plus petit au plus grand. Des monotypes remarquables leur font écho, accentuant de leur monochromie le mystère des sujets traités.




Didier Paquignon

photos : (1) Deux poulpes peinture, (2) La meute peinture, (3) Chien courant monotype 2000





Informations pratiques :

Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries
75001 Paris.
01 44 77 80 07
information-orangerie@culture.gouv.fr

Ouvert tous les jours, sauf le mardi,  de 9h à 18h

et
Abbaye de Montamajour
Route de Fontvieille
13200 Arles



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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 09:05


3 

 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

livres, archives et bibliothèques



Jean Le Gac




Relectures.
Jean Le Gac, on s'en souvient, a ouvert dans les années 1970,  avec le mouvement du Narrative Art,  un nouveau chapitre de l’histoire de la peinture. Puis plus tard un autre encore, dans lequel le Peintre sera le héros d’un roman dont les toiles sont le décor. Joueur comme pas deux, le "peintre/sujet" se promène dans sa propre oeuvre depuis bien longtemps. Celle-ci est bavarde,  jubilatoire  et contient sa dose d'humour.


Depuis 2002, entre fiction et confession, Jean Le Gac  nous fait  entrer dans ses bibliothèques.  Il peint et dessine des livres plus grands que nature. Toujours présentés sur la tranche comme dans un rayonnage, ils ont été lus et relus. Leur dos sont plus ou moins cassés, leurs couvertures plus ou moins savetées et écornées.  On repère des ouvrages de la littérature, "En lisant, en écrivant"  de Julien Gracq , des inventions, "Les Adieux "de Mac Gac, les éditeurs préférés du peintre,  Minuit, Bourgois, Le Masque... Si les livres ainsi présentés renvoient à une réalité, celle des librairies, des bibliothèques privées ou publiques, en arrière-plan, les illustrations surdimensionnées,  quant à elles, nous emportent dans l'imaginaire romanesque de l'artiste. On partage  les premières émotions  enthousiastes d'un jeune  lecteur découvrant les récits merveilleux d'aventures improbables,  plus vraies pourtant que la réalité de son environnement.



Car les bibliothèques de ce "peintre de roman" déroulent en toute simplicité l'histoire d'un apprentissage. Elles montrent le parcours d'un lecteur. Il naît à la littérature en se gavant des aventures de héros de papier qui triomphent d'une multitude d'épreuves, d'une foule d'obstacles. Il va grandir au péril des textes y découvrir des valeurs, des  horizons nouveaux. Les événements fictifs contenus dans les chers ouvrages ont une portée symbolique. La lecture est un rite. La maturité venue,  le peintre grâce au jeu du double, remplit lui-même le rôle du passeur. L'oeuvre plastique devient récit initiatique.


« Bientôt des noms ici ne diront plus rien. L’art fait ainsi, beaucoup de vagues pour un peu d’écume vite bue par le sable ».


Les Bibliothèques sont  ainsi également, une tentative de sauvegarder non seulement la mémoire des auteurs, des titres, de la fonction  remplie par les livres dans une existence mais plus particulièrement encore, la manifestation du désir de partager l'expérience d'un lecteur heureux. Le bonheur dont on parle n'est pas un contentement béat, mais un état complexe qui retient des pluies d'enchantements, de délectations et se souvient des flaques d'angoisse semées par le doute. A l'instar de Rimbaud qui se demandait  si la vraie vie n'était  pas ailleurs, Jean Le Gac  nous confie  l'expression de sa perplexité  dans "Enterré vivant". Sur cette grande image, on voit la tête aux yeux écarquillés et inquiets, d'un homme enseveli au centre d'un paysage désert et sans nom. Derrière lui la silhouette d'un enfant à l'inverse "tout en jambes" (affaire de cadrage), devant lui mais sur un autre plan, des livres géants,  enfin une légende très "B.D." :    "- On m'enterra jusqu'au cou". La mobilité du corps est perdue, mais l'homme est libre de rêver, de désirer. Son regard est dirigé vers le livre estampillé d'un magnifique phare, métaphore lumineuse de ce qui balise les côtes, guide et protège le navigateur. 



«La Grande bibliothèque» de Jean Le Gac dans son déploiement est à l'image de la vie, pleine de possibles et d'inachevé.  Chaque livre qu'elle offre est une haute tour qui débordent des d'images d'une mythologie moderne. L'artiste affabulateur et malicieux glisse du quotidien à l'insolite, du réel à l'illusoire. Dans son espace-temps les signes et les souvenirs  des différentes périodes se mêlent, travaillent ensemble et s'enchantent.   Le talent du peintre autorise la transmission sur grand écran du bonheur impalpable qui l'habille et l'habite auquel s'ajoute un soupçon d'inquiétude existentielle. 



"Relectures" présente durant l'été au Domaine du Dourven à Loquémeau, la série d'immenses dessins formant «La Grande bibliothèque». Le titre de l'exposition dédiée selon Jean Le Gac, à cette cause perdue qu'est pour lui le dessin d'imitation  peut être compris comme un principe, une méthode et une déclaration de l'artiste. Lire est insuffisant. Relire, c'est s'abandonner au plaisir de la littérature, confirmer ses choix, développer et approfondir sa connaissance. Mais, relire pour le peintre, c'est déjà réécrire, c'est à dire transposer, renouveler, focaliser, dilater ou prolonger. «La Grande bibliothèque» de Jean Le Gac est une allégorie de la création rendue possible par le processus de "relectures" et dont la génèse est dans les images que l'on se forme enfant.
Catherine Plassart




Jean Le Gac




«La Grande bibliothèque» a été présentée pour la première fois en 2007 lors d’une exposition à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine de Caen (IMEC). Dans le catalogue de l’exposition Jean Le Gac décrit ainsi cette série :


« Moi, PEINTRE, vacciné de longue date, ce serait drôle qu’après tous les avatars survenus dans le monde de l’art, et suivant ma première impulsion, j’en sois encore à défendre une cause perdue : le dessin. L’avouerai-je, c’est au dessin d’imitation que je pense plus qu’au dessin d’artiste, qu’au griffonnage, gribouillage, gribouillis. Dans le dessin d’imitation j’aime la maîtrise, l’oubli de soi et du style, la concentration qu’il exige, qui dirigent tout mon corps vers ma main. Sans doute dans cette préférence entre le souvenir de mon vieux titre de professeur de dessin, qui me force à aimer ce qui fut : le voir avec la main. […] J’irai même jusqu’à dire que je ne suis pas peintre. J’ai abandonné définitivement cette idée il y a très longtemps. J'assume un personnage : le « peintre ». Je fais des œuvres pour lui. Je suis sa petite main, rien de plus. Aussi je peux, comme ces derniers temps, pour en rester à notre sujet, dessiner des bibliothèques géantes avec l’intention de cacher sur les rayons un polar, Le peintre a disparu. Entre nous, il n’y a rien dans ce livre au-delà d’un titre de la collection « Le Masque ». Je ne l’ai pas choisi pour son contenu ».



Jean Le Gac



photos : (1) La grande bibliothèque 1, 2006, 350x420cm. Dessin, fusain, mine de plomb sur papier. © Jean Le Gac (2) La grande bibliothèque 6 (avec enterré vivant), 2007, 330x630 cm. Dessin, fusain, mine de plomb sur papier. © Jean Le Gac (3) La grande Bibliothèque 5, 2007, Fusain, mine de plomb et aquarelle sur papier, 316 x 412 cm, © Jean Le Gac © photographe Agnès Le Gac-Arinto



EXPOSITIONS

"Relectures"
La Grande Bibliothèque de Jean Le Gac
du 4 juillet au 4 novembre 2009
au
Domaine du Dourven 
22300 Trédrez-Locquémeau
galeriedudourven@oddc22.com
02 96 35 21 42
www.oddc22.com

ouvert du 4 juillet au 30 août tous les jours sauf le lundi, de 15h à 19h
ensuite les samedis, dimanches et jours fériés de 15h à 19h

et

L’effraction douce de Jean Le Gac
Contrepoints contemporains à l’exposition Picasso-Cézanne

Jean Le GacExposition du 2 mai au 26 juillet 2009
Musée des Tapisseries
28, Place des Martyrs de la Résistance
13100 AIX EN PROVENCE
Tel : 04 42 23 09 91 

ouvert tous les jours de 10h à 18h, fermé le mardi

En contrepoint à l’exposition Picasso du Musée Granet, Jean Le Gac  porte un regard sur les œuvres du maître. L’exposition est construite autour de la nouvelle série des « Demoiselles d’Avignon » qui comprend une douzaine d’œuvres, et la prolongeant par une série inédite de « Natures Mortes ». Vingt et une œuvres dont certaines de très grand format, face à face avec les tapisseries des 17ème et 18ème siècles. « Dans la peinture de Jean Le Gac, il y a quelque chose de fondamentalement archéologique : lui comme moi, nous sommes des chiffonniers du passé.» Laurent Olivier


voir aussi : notre fiche bio-bibliographique Jean Le Gac 




 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 14:04

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

livres, archives et bibliothèques




Inbreeding, 2007, Galleria Galica



Chutes de livres.
Étonnantes, envahissantes et baroques,  les sculptures spatiales d'Alicia Martin, se déploient indifféremment au sol ou en l'air. L'artiste utilise comme constituants uniques des milliers de livres dans leurs variantes innombrables de formats, de couleurs de couverture, d'épaisseurs.  Elle les dispose ouverts ou fermés, malmenés ou considérés, en quantités, en tas, en désordre et en vrac. Elle les multiplie, les recycle, les érige, les suspend, ou les plante.


Alicia Martin Avec les « Biographias », les installations d'Alicia Martin prennent des allures de  cornes d’abondance,  véritables tourbillons vomissant des milliers d’ouvrages. Dans « Shot »,   elles évoquent de dramatiques avalanches provoquées par un coup de feu.  Dans les  « Inbreeding ». les livres se pétrifient dans un mouvement descendant, ils sont comme figés dans leur chute. Monumentales, toutes ces réalisations  fixent le temps.


Les livres employés par l'artiste sont dans leur multitude,  les objets à partir desquels l'oeuvre s'élabore, le vocabulaire  d'une expression plastique qui transgresse et se joue des codes de l'écriture. Considérés pour eux mêmes, ils deviennent sujet  et interrogent le respect de la culture,  le sens d'une vie d'homme quand celle-ci se fonde sur une relation intime aux productions de l'esprit. A moins que de manière plus pragmatique,  ces livres en masse n'envisagent la révolution qui affecte le monde de l'édition. Ce dernier est concentré entre les mains de quelques grands groupes qui développent une économie parasite basée sur les offices et les retours faussant ainsi toutes les données objectives d'un commerce équilibré par la loi de l'offre et de la demande.


L'aventure osée des livres au XXe siècle était positive toutefois : démultiplication des publications, augmentation exponentielle du nombre  des acteurs de la chaîne du livre, prix unique... Leur présence visible en multitude était une révélation de l'utopie de l’omniscience. Mais bientôt, prisonniers de leur définition et de leurs entrepreneurs, ils succombaient  à la griserie d'une forme de réussite. Les oeuvres d'Alicia Martin sont pour une part une condamnation ironique de la vanité et de la cupidité des industriels du livre qui sont directement responsables de son destin tragique. Mais lorsqu'elle considère le livre seul, même irrémédiablement déchiré, il est porteur de l'espérance qui s'oppose alors à un irréversible déclin.


Alicia MartinLes photographies de la suite « Monologos »,  laissent supposer qu’il y a dans l'univers d'Alicia Martin un questionnement relatif à la détérioration de l’objet "livre"  mais qui n'envisage pas sa destruction.   Isolé, au premier plan, entre les mains d'un individu  qui exprime plus de désespérante nécessité que de violence, le livre rompu et morcelé renvoie à l'image d'un homme en danger de déséquilibre arrière. Toute l'allégorie de la chute est ainsi renforcée. Chute de livres dans les installations, souffrances de l'homme déchu, privé des nourritures de l'esprit dans les photographies. 

Mais si les révolutions connaissent  leur époque de terreur, elles portent aussi en elles le germe d'un renouveau. Et  déjà, on soupçonne beaucoup de livres de posséder la volonté, l'ingéniosité et l'audace  de trahir Gutemberg et de s'enfuir vers d'autre supports.

Catherine Plassart






Alicia Martin

Inbreeding 2008, c-print, cm 60x42




Alicia Martin

Jardines II 2003, c-print, cm 165x110



Alicia Martin

Poliglotas 2003, video still, 2'





Photos : (1) Biografias, 2003, site specific installation, Casa de America, Madrid (2) Monologos III 2007, c-print, cm 100x80



Alicia Martin est représentée

par la
galleria galica
viale Bligny, 41 - 20136 Milano, Italy
phone. +39 02.58430760 - fax. +39 02.58434077
e.mail: mail@galica.it

 

The gallery is open from Tuesday to Friday, 10 am - 1 pm, 3 pm - 7 pm
Saturday, 2 pm - 7 pm


voir aussi  : notre dossier images ICI



 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 06:40

du 2 au 23 août 2009


galerie Picot-Le Roy, Morgat. Presqu'île de Crozon






Marianne Daquet ou l'attention au monde.

Par opposition à l'esprit de sérieux qui saisit les sujets de l'intérieur comme des objets lourds, l'intuition de Marianne Daquet, née en 1978 et vivant entre Paris et Pékin, avec quelque chose d'extrême-oriental, coïncide avec le monde. Mais, et c'est en cela que réside son originalité, elle le détourne des  habitudes  de percevoir.

On découvre une façon dépouillée d'établir un écart dans la composition de l'oeuvre : une jeune fille devant une tombe doucement fleurie par exemple ou un platane "décentré", un Bonzaï aussi, visant la cime du ciel. Penser les rapports des choses entre elles,  rendre alors  intelligible la matière du monde dans laquelle l'esprit se sent chez lui. Plus rien d'inerte, ni de vraiment solide. Plus  de besoin non plus d'un point d'appui. Le contraire d'une oeuvre industrieuse enfin.

C'est donc l'histoire d'une mise à distance de l'homme devenu arbre ou oiseau qui nous est contée ici. La vie, si incomplète soit-elle,  montre précision, souplesse, complexité que traduisent si bien aquarelles et dessins. La conscience du vivant s'adapte aux conditions d'existence qui lui sont faites. Marianne Daquet résume une différence qu'elle expérimente, elle en est l'expression assurée.

PG






 
Informations pratiques :

« Le Nuage Bleu »
14, quai Kador
29160 Morgat, Presqu'île de Crozon
tél :  06 03 34 34 60
mail : picotleroy@wanadoo.fr
contact Paris : 01 43 73 47 71

La galerie est ouverte :
du mardi au dimanche de 17h à 19h 30
Nocturne le mardi soir jusqu’à 22h
et sur rendez-vous : 06 03 34 34 60

voir aussi :  http://picotleroy.com



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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 18:24

La Feuillée



Edito : En apesanteur.

«Houston, ici la base de la Tranquillité. L'Aigle a atterri». C'est grâce à ces quelques mots que Neil Armstrong annonce à un milliard d'êtres humains le 20 juillet 1969, à 21h17 (heure française), l'alunissage du module américain Eagle de la mission Apollo XI. La fusée Saturn V a été lancée le 16 juillet de la base de Cap Kennedy (aujourd'hui Cap Canaveral), en Floride. Elle a transporté son équipage de trois hommes vers l'astre clair à la vitesse de 39.030 km/h. Elle s'est posée quatre jours plus tard en douceur sur la «mer de la Tranquillité». Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune. «Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité» .

Quarante années se sont écoulées depuis cet épisode fantastique de la conquête spatiale et on n'évalue toujours difficilement l'avancée supposée pour l'humanité. Sans doute les satellites d'observation de la Terre, véritables systèmes d'information en interaction permanente avec les hommes, interviennent-ils au quotidien dans notre environnement. Ils ont aussi permis aux scientifiques d'observer les changements climatiques, de déterminer l'origine des ouragans, de comprendre les grands courants marins et d'alerter les responsables politiques sur la fragilité de notre habitat terrestre. Mais ce point de vue éloigné, mobile et précis à la fois, nous a introduit dans une dimension de l'espace pour laquelle nous manquons de repères. Le sol se dérobe sous nos pieds et comme Armstrong sur la Lune en 1969, nous faisons sur Terre, l'expérience durable d'un état incertain d'apesanteur.

La littérature avait anticipé la révolution des satellites. Dans "Le Maître et Margueritte" (1928-1940) de Mikhaïl Boulgakov, Woland qui n'est autre que Satan possède un globe assez extraordinaire. A Margueritte qui admire la jolie chose, il dit : "A franchement parler,je n'aime pas les dernières nouvelles diffusées par la radio... Mon globe est cent fois plus commode, d'autant plus que j'ai besoin d'avoir une connaissance exacte des événements. Tenez, par exemple, voyez-vous ce petit morceau de terre dont l'océan baigne un côté ? Regardez... En vous approchant, vous verrez les détails. Margueritte se pencha sur le globe, et vit le petit carré de terre s'agrandir, devenir multicolore, se transformer en une sorte de carte en relief..."

Toutefois, nous n'avons pas à nous inquiéter inutilement, même sous les yeux du Diable le globe magique n'est qu'un moyen d'information pratique. Si nous devons être habité par le trouble, celui-ci sera davantage lié à la possibilité pour le regard d'effectuer à une vitesse supérieure à celle d'une fusée, le voyage allant d'une perception globale de la planète Terre à son détail infime. Et puisque nous ne pouvons plus envisager notre présence au monde du seul point de vue de l'axe Terre/ciel, toute la difficulté sera donc de penser le cosmos en l'absence d'un poste d'observation statique.

Catherine Plassart




photos : 1) Todd Narbey , (2) Sophie Favre, (3) Fabrice Rebeyrolle, (4) Pierre Givodan



voir aussi : La Feuillée du 10 juillet 2009



Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

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