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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 09:38

 

  La Feuillée 2010

 

 

Le surréalisme insulte les imbéciles.

Le surréalisme émerge tout droit de la psychanalyse freudienne. L'inconscient parle en découpes et collages avec ses propres mots, ses propres images. Les oeuvres surréalistes ont pour sujet l'inconscient lui même. C'est leur esthétique. A la parole normale, elles substituent la parole véritable. A "l'Être parlant", elles préfèrent "l'Être parlé" (Lacan). Car le plus important dans un écrit, une image n'est jamais ce qui est délibérément énoncé, montré, mais ce qui manque et s'inscrit dans une vacance, "l'ombilic du rêve" (Freud).

 

Ignorance de la logique apparente et sincérité totale, l'écriture automatique favorise le jaillissement de la poésie. Pertubation de l'échelle, distorsions du sujet, la représentation en photographie ou en peinture est souvent ambiguë. La subversion des images tient à un jeu de cache-cache avec la réalité, à des mises en scènes "absurdes" ou burlesques.

 

Les surréalistes affichent le plus grand mépris pour les préjugés. Ils exigent du monde qu'il change. La violence qu'ils exercent consiste à malmener le réel, à lui appliquer toutes sortes de forces de transformation. Les artistes ne font aucune concession au goût du public, ils ne cherchent ni à plaire ni à déplaire. Ils se moquent du succès. "En cela ils sont contre la commercialisation de l'esprit" déclarait .Benjamin Péret qui ajoutait : "Nous insultons les imbéciles". Les grands cris et les éclats de ces enfants terribles tournoient dans un espace planétaire désormais vidé de toute utopie. Plusieurs expositions leur sont consacrées qui donnent à penser ce que pourrait être un bon bol d'air dans nos sociétés clientélistes confinées dans la peur et le conservatisme.

Catherine Plassart

 

 

(1) Hans Bellmer, (2) Arshyle Gorky, (3) Dora Maar , (4) Frida Khalo

 

 

voir aussi :La Feuillée du 19 mars 2010

 

 

Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 14:53


"Un ours mal léché dans mon jardin"


Exposition du 19 mars au 30 avril 2010


EXPRMNTL Galerie - Toulouse





Yu Matsuoka





Yu Matsuoka. La nature désirante.

Yu Matsuoka montre dans cette exposition à l'EXPRMNTL Galerie un ensemble de peintures de moyen et de grand format qui figurent des paysages dans un langage abstrait. Les compositions  sont d’une grande complexité et d’une éblouissante richesse d’invention. À distance, les grandes lignes s'imposent,  viennent à la rencontre du regard. De près, un fourmillement de propositions, parfois minuscules  invitent l'oeil gourmand à s'attarder .

La gamme chromatique est vaste, raffinée. Elle s'étend des gris dans leur variété infinie aux couleurs vives,  en gerbes et en éclats. La peinture liquide, en petites touches, installe des transparences, joue avec la lumière. De longues coulures suggèrent le ruissellement d'une pluie drue. L'eau est d'ailleurs omniprésente en nappe translucide ou en flaque noire,  en rivière galopante ou en étendue ondulante. Elle est le miroir dans lequel se contemplent troncs, arbres, tiges, feuilles... tout élément de la nature.

Passé le moment d'écoute jubilatoire du concert des couleurs, la séduction s'estompe et laisse place à une inquiétude : cette nature est malade. Embroussaillée, empêtrée dans ses débris, assaillie de parasites, soumise  à des artifices, certes elle déclare encore sa beauté. Mais c'est une beauté fanée, épuisée qu'elle maquille une dernière fois. Elle la contemple comme Narcisse son double.  Et le frémissement de l'eau troublée par quelques ondes  lui renvoie encore son image flottante, moribonde mais charmante.

Catherine Plassart




Yu Matsuoka





Yu Matsuoka



photos : Huile sur toile  146 x 228 cm 2009 et  2010



Informations pratiques :



EXPRMNTL Galerie
18 rue de la bourse
31000 Toulouse - France
06.74.70.24.17
info@exprmntl.fr



voir aussi : le site de la galerie

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 05:53

« Arshile Gorky A Retrospective »

du 10 février au 3 mai 2010.

Tate Modern, Londres.

Arshile Gorky



Le cadeau d’Arshile Gorky. L’infini des couleurs et le rêve fou.


Tel pourrait être résumé le désir de peinture de A.Gorky (pseudonyme emprunté à l’écrivain russe éponyme). L’horizon est ici celui du Surréalisme. L’artiste d’origine arménienne ayant fui le vieux continent après le génocide perpétré contre son peuple a autour de quarante ans ( on le suppose né entre 1902 et 1905) lorsqu’il rencontre André Breton alors réfugié aux Etats-Unis. Il lui reste quelques années à vivre. Il se suicidera suite à l’incendie de son atelier en 1948. Le point d’aboutissement de son cheminement est le centre du moi et la mer infinie du désir élémentaire. Membre du courant de l’Expressionnisme abstrait avec Pollock entre autres, il veut retrouver la spontanéité derrière les apparences ; le royaume des commencements aussi. Ses tableaux de la maturité guérissent des désirs de voyage et soignent les tendances casanières : de nombreuses pérégrinations en zigzags, des formes simplifiées d’aventures animalières et humaines, des tons éclatants d’optimisme vital. Ici l’art est au déplacement et aux navigations indéchiffrables. Au fur et à mesure que l’œil laisse derrière lui les images retardataires on surmonte le temps et les obstacles passés, se raccourcit enfin la distance séparant du monde rétabli, restauré dans sa beauté et son bonheur qui ne demande rien.


Sans ruse ni prétention feinte Arshile Gorky sert pleinement la nostalgie du peintre : combler les yeux.


PG




Arshile Gorky

photo : Waterfall  1943 huile sur toile 171 x 130 cm © ADAGP, Paris and DACS, London 2002  


Informations pratiques :

Tate Modern
International modern and contemporary art
Bankside
London SE1 9TG
020 7887 8888
visiting.modern@tate.org.uk

ouvert Dimanche - Jeudi, 10.00–18.00
Vendredi et Samedi, 10.00–22.00


voir aussi : le site de la Tate Modern

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 04:55

Du 16 janvier au 18 avril 2010.


Palais des Beaux-arts, Bruxelles.



Frida Kahlo



Frida Kahlo : vaincre le désespoir.

Ce qu’elle dit dans sa peinture  dans la première moitié du XX me siècle reste valable pour nous aujourd’hui : l’irréversible, l’irréparable, les années passées avec Diégo Rivera, peintre de la révolution, après l’accident d’autobus à 17 ans. La continuation de la vie dans la douleur de l’enfantement impossible, l’accomplissement du métier de peintre dans l’interdiction du bonheur simple et des jours qui coulent. L’élan irrépressible vers l’avenir pourtant et son profil révolté.

Frida Kahlo était à sa façon une révolutionnaire. Sa mélancolie rend présente une absence, celle de l’innocence originelle bafouée, annulée, liquidée par une malédiction surnaturelle. L’obstacle du mal, son scandale ;  la mort entrevue aussi, l’ont dispensée des images relatives. Elle savait qu’elle ne vivrait pas deux fois. La mémoire du symbolisme et celle du surréalisme en peinture retrouvent ici leur fraîcheur de jeunesse, la temporalité du nouveau.
L’exposition faite de toiles, eaux-fortes, dessins et photographies, concerne une vie vécue dans l’impensable retour et la conscience d’un destin mystérieux.

PG


Dans le cadre du Festival México (célébrant le bicentenaire de l’indépendance du Mexique et du centenaire de sa révolution), le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles présente, jusqu'au 18 avril, l’exposition « Frida Kahlo y su mundo », rassemblant dix-neuf toiles, une eau-forte et six dessins provenant de la collection privée du Museo Dolores Olmedo.



Frida Kahlo





Frida Kahlo





Frida Kahlo




Frida Kahlo

Informations pratiques :


Palais des Beaux-Arts,
rue Ravenstein 23,
1000, Bruxelles.
00 32 2 507 82 00

voir aussi :  www.bozar.be


photos : (1) Autoportrait au petit singe (Self-Portrait with Small Monkey), 1945. - © Collection Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, México, (2) Ma nounou et moi (My nurse and I), 1937 © Colección Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, México,  (3) Quelques petits pincements (A Few Small Nips), 1935 - © Colección Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, México, (4) La colonne brisée (The Broken Column), 1944 - Oil on masonite, 39.8 x 30.5 cm - © Collection Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, México, (5) Frida Kahlopeignant le portrait de son père, 1951 - Photograph : Gisèle Freund © Banco de México. Fideicomiso Museos Diego Rivera y Frida Kahlo

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 11:59

Un choix d'expositions

 

gorky
« Arshile Gorky A Retrospective »

du 10 février au 3 mai 2010.

Tate Modern, Londres. notre article





Max Ernst
Max Ernst, cauchemar et délivrance

Du 16 octobre 2009 au 2 mai 2010


Kunsthalle Wurth(musée d'art moderne), Schwäbisch Hall - Allemagne

 



Frida Khalo

Frida Khalo et son monde
 

Du 16 janvier au 18 avril 2010.


Palais des Beaux-arts, Bruxelles. notre article



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Traits modernes

Du 3 février au 30 avril 2010


Bibliothèque de la Part-Dieu, Lyon - France

Expositions d'estampes de Juan Miró, Pablo Picasso, Henri Matisse et Victor Brauner.

  
 

Hans Bellmer
La ville au point du jour : surréalisme, photographie et Paris

Du 29 janvier au 9 mai 2010


Centre international de photographie, New York - États-Unis




Eli Lotar
La Subversion des images


Du 28 février 2010 au 16 mai 2010

Fotomuseum, Winterthur - Suisse

Cette exposition présentée au préalable au Centre Pompidou à Paris, regroupe près de 400 œuvres pour un panorama exceptionnel de la photographie surréaliste.

 


Joan Miro
Dubuffet | Miro | Basquiat

Du 13 au 24 mai 2010, Nassau County Museum of Art, New York - États-Unis

Pour la première fois, les oeuvres de Dubuffet, de Miro et de Basquiat sont rassemblées. Elles donnent voix aux symboles qui caractérisent ces travaux dans des graffitis personnels, intemporels et hors normes.




René Magritte
Exposition René Magritte

mars à juin 2010


Palais des Beaux-arts, Mexico - Mexique

 


Philippe Ramette
"La photographie n’est pas l’art

collection Sylvio Perlstein

du 6 février au 25 avril 2010

Musée d’Art Moderne et Contemporain Strasbourg notre article





Brasai
Brassaï "La maison que j'habite"


 Du 12 février au 17 mai 2010


Musée des Beaux-Arts de Nancy notre article


Louis Aragon
« Aragon et l'art moderne »

Du 14 avril au 19 septembre 2010, L'Adresse, musée de la Poste, Paris - France

Peintures, dessins, collages et sculptures de plus de 40 artistes qui ont inspiré Aragon, parmi lesquels : Matisse, Picasso, Braque, Léger, Duchamp, Chagall, Klee, Man Ray, Chirico, Ernst, Masson… et de plus jeunes artistes soutenus et appréciés par Aragon

 


Colloque : Le surréalisme mis à nu

18-20 juin 2010

Colloque biennal de la Fondation Edward James et du Centre pour l'étude du surréalisme et son héritage (Université de Manchester)
La pluralité des identités et des désirs dans le surréalisme.

 

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 10:20

«  De concert »


du 21 mars au 9 mai 2010


galerie Ombre et lumière - Saint-Malo (35)



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Les contes à quatre mains de Maya Memin et Catherine Denis.

La peinture à deux est réconfortante. Elle déplace les anciennes pensées, étreint de nouvelles présences, regarde par la fenêtre et fait exécuter de nouveaux gestes, détache d’autres syllabes, évoque une étrange mathématique, un rythme, de nouveaux effets.

Livrées à la merci de cette machine anti-égocentrique Maya Mémin peintre, graveur et Catherine Denis, calligraphe ont recherché une certaine règle du juste milieu entre consentement, sacrifice, bandes colorées oniriques et improvisation âpre, sensibilité gouvernée par des opéras de couleurs brûlantes, rouges, jaunes et des traits noirs fiévreux.

On déambule autour de ces toiles qui enveloppent le regard et persuadent que le monde  appartient aux chasseurs qui guettent les signes secrets et sautent le pas, attirés par la vie luxueuse, les jardins et fontaines,les idylles ensoleillées dans le profond silence sans nuage des champs colorés.

PG


«  De concert », exposition de Maya Mémin et Catherine Denis, galerie Ombre et lumière, 7 passage de l’Emerillon à Saint-Malo du 21 mars au 9 mai 2010. Vernissage le dimanche 21 mars à 15h.



aya2.jpg





maya3.jpg



photos : les oeuvres dans l'atelier


Informations pratiques :

Vernissage le dimanche 21 mars à 15h.


galerie Ombre et lumière
(nouvel espace intra-muros) 
7 passage de l’Emerillon
35400 Saint-Malo

02 23 18 44 80


voir aussi : le site de Maya Mémin, le catalogue de ses livres d'artiste


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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 10:11

Muse du Surréalisme

Mercredi 10 mars de 18h à 21h

dorothy’s gallery - Paris 11e


 Nusch par Dora Maar

La première biographie de Nusch Eluard

A l'occasion de la sortie de la première biographie de Nusch Eluard, dorothy’s gallery met la lumière sur l’art surréaliste et se réjouit de voir enfin sortir de l’ombre cette figure féminine éminente, femme-modèle et artiste, muse du groupe Surréaliste : Nusch. Man Ray, Picasso, Lee Miller, Brassaï, Dora Maar, Henri Cartier-Bresson, tous l'adorèrent, et il en naquît des œuvres d’une grâce et d’une sensualité éthérées. Muse de Paul Eluard, elle lui inspira les plus lumineux de ses poèmes.


Le livre comporte la biographie signée par Chantal Vieuille, suivi d'un texte de Timothy Baum sur les collages de Nusch et présente enfin les photographies, peintures, dessins et sculptures qu’a inspirés cette femme à la voix douce et rare. De sa correspondance avec Picasso et Greta Knutson-Tzara, à son œuvre unique (les précieux Collages), il dévoile une vie infime et infinie, baignée de part en part d’amour, de dévotion, et d’art.


Nusch, portrait d'une muse du Surréalisme
Texte de Chantal Vieuille
suivi de Les Collages de Nusch de Timothy Baum
Format : 18 x 24 cm 128 pages, 50 photographies en N/B de Man Ray, Brassaï, Dora Maar, Lee Miller, Roland Penrose
Prix : 40 euros.
ISBN : 978 2-9536249-0-8 / EAN 9782953624908




Paul Eluard, Nusch, Lee Miller




Au programme

·  Exposition de reproductions inédites

·  19h Présentation du livre par Timothy Baum, galeriste et collectionneur américain, spécialiste en Art surréaliste. Il nous donnera un témoignage unique sur la seule œuvre qu’ait laissé Nusch : histoire des Collages.

·   20h Projection du film La Garoupe, court-métrage de Man Ray, 1937. Récemment rénové, on y voit « Nusch filmée assise devant une longue table, très souriante, espiègle, coquine, entourée de Picasso, Man Ray, Roland et Valentine Penrose, Emily Davies qu’Éluard embrasse tendrement tout en caressant la chevelure de Nusch. Les images traduisent une atmosphère sensuelle et libertine. »





Chantal--Vieuille-et-Timothy-Baum.jpg
 



photos : (1) Dora Maar, Nusch,1935, (2) Roland Penrose, Paul, Nusch Éluard et Lee Miller,1937 (3) Chantal Vieuille et Thimothy Baum le 10 mars 2010 à dorothy’s gallery - Paris 11e



Informations pratiques :

dorothys gallery         
27 rue Keller
75011  Paris 
0143570851
dorothysgallery@gmail.com

Accés : Métro Bastille ou Voltaire   


voir aussi : www.dorothysgallery.com






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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 10:49

Du 1er au 31 mars 2010



Galerie Art4  - Caen (14)




Laurence Innocenti



Le carrefour du labyrinthe.

L'espace du tableau est une somme de parcelles  en demi-teintes, bleues, jaunes, roses secrètement soudées. En l'absence de cadre, de perspective, l'oeil déambule, cherche une direction. La route monte et redescend, elle conduit au carrefour du labyrinthe.


Le monde paradoxalement morcelé et unifié de Laurence Innocenti est au repos. Il s'alourdit dans le grand silence de la peinture. Pas un brin de vent, pas de nuage non plus, mais des terres immobiles, des eaux profondes et endormies.  Les blancs cotonneux, les gris ouatés, joyeux avec mesure enchâssent des zones plus vivement teintées. Sédiments et vestiges, air, lumière et couleurs,  construisent les images fécondes d'un jardin où le temps s'est arrêté.


Laurence Innocenti présente ses peintures récentes tout le mois de mars à la galerie Art4 à Caen au côté des somptueuses  sculptures céramiques d'Anne Bulliot.

C.P.




Anne BulliotInformations pratiques :

Galerie ART4 
31 rue des teinturiers
14 000  Caen
02 31 50 02 52

Ouvert du mercredi au vendredi de 14h30 à 19h
Le samedi de 11h à 19h,  et sur RV

voir aussi : www.galerieart4.free.fr , la présentation de Laurence Innocenti dans Art Point France





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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 09:57

Philip Bodet



Philip Bodet

Le cristal de temps


« Sentir l’aura d’une chose, c’est lui conférer le pouvoir de lever les yeux. 
Les trouvailles de la mémoire involontaire correspondent à un tel pouvoir.
»
Walter Benjamin, Sur quelques thème Baudelairiens, §XI



Dans le labyrinthe des formes closes (des imageries, des illustrations), il existe un dehors relatif - un dehors pictural - que la peinture de Philip Bodet explore, religieusement. A la manière d’un Fra Angelico peignant sur les murs blancs de sa cellule le mystère de l’Incarnation, l’œuvre de Philip Bodet est le fruit d’une âme cherchant, par-delà le règne des idoles, l’image - plus réelle encore -de ce qui la fonde. Gnotis eauton disait les grecs. Tel l’oracle de Delphes s’adressant à Socrate, la peinture, ici, retrouve son aura, et avec elle, la force de nous regarder en face.
  

par Frédéric-Charles Baitinger


Philip Bodet ne peint pas seulement des objets ou des figures aux contours flottants ; il en intercepte les manques ou, pour mieux dire encore, il en fixe les errances. Apposant ses couleurs comme d’autres se livrent à la voyance, ce qui surgit sur ses toiles ne relève pas de la figuration. C’est un tact plutôt qu’une touche ; une Figure haptique qu’aucune ligne graphique ne vient rompre. Et si la peinture, en sa fluence féconde, s’apparentait ici à ce que le christianisme nomme d’une expression trouble mais ô combien éloquente : le Saint Suaire ?


Trace tangible d’un corps rendu presque diaphane, le Saint Suaire ne désigne pas seulement la forme visible d’un corps (celui du Christ, en l’occurrence), mais sa résurrection progressive dans l’œil du croyant. Il n’y a de Saint Suaire que pour celui qui y croit. Telle est la condition requise pour que l’image opère son assomption. Bien sûr, pour qu’un tel miracle se produise - pour qu’une image retrouve sa puissance cultuelle – il faut que celui qui la contemple accepte de la voir comme une image non faîte de main d’homme. Or, c’est précisément sur ce point – sur cette absence « apparente » d’auteur (sur ce caractère acheiropoïètes)- que l’œuvre de Philip Bodet nous semble la plus intéressante.


Lui-même, d’ailleurs, évoque ce problème dans un de ses fragments : « Quand je commence un tableau ou une sculpture, je ne sais pas où il me mènera. Je n'utilise aucune photo, aucun modèle dont je puisse m'inspirer. Ainsi je préfère croire à l'instinct le plus primitif, voire à l'émotion la plus primitive, celle qui surgit du fond des âges pour essayer d'atteindre "l'esprit de finesse" et le faire partager. » Autrement dit, en cherchant à fonder sa peinture sur sa croyance (sa foi) en la primitivité de son instinct, Philip Bodet n’a pas seulement renoncé à construire ses images comme un fabuliste (comme un auteur ayant intégralement conscience de ce qu’il fait), mais il a conquis le droit, le privilège – la grâce ? – de n’être que l’intermédiaire, que le bras armé de son inspiration.


Voilà pourquoi, peut-être, chaque peinture de Philip Bodet nous donne l’impression d’être, comme le voulait la célèbre formule de Walter Benjamin, « l’apparition d’un lointain, si proche soit-il » ; même si ce lointain ne désigne plus ici l’inaccessible transcendance d’un Dieu, mais le retour involontaire de sensations et de formes depuis longtemps oubliées. C’est là, du moins, ce que semble vouloir nous suggérer le titre générique « Réminiscence » ; titre réunissant tout un ensemble d’œuvres au contenu hétéroclite (des objets, des paysages, des portraits) et qui n’est pas sans rappeler cette autre formule benjamienne : « L’image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair, pour former une constellation1. »




1 W. Benjamin, Paris, Capitale du XX siècle, Le livre des passages. 



Philip Bodet




Philip Bodet





photos : (1) Paysage, (2) Homme, (3) Tête



Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 17:52

du 26 janvier au 18 avril 2010



Carré d'Art - Nîmes (30)




Michael Raedecker




Michael Raedecker. Lorsque la peinture tient à un fil.


Michael Raedecker brode. Pourtant ses tableaux sont sans ambiguïté aucune, des oeuvres peintes. Non pas parce que la peinture dans des camaïeux de gris sourd procure un fond aux dessins que les fils brodés esquissent. Mais plutôt parce que l'artiste se souvenant qu'une toile est d'abord un ensemble de fils tissés serrés, use de ceux-ci comme de traits dont la qualité tactile dialogue avec le support.

Pas de virtuose démonstration dans ce travail précis dont la troublante et fausse simplicité impose une manière de faire. Et c'est cette autorité qui nous intéresse. L'artiste se déclare en faveur d'un temps imparti à l'exécution qui coïncide avec le temps de la pensée en marche. Une durée ralentie devenue nécessaire pour pallier sa fuite sournoise, sa perte vaine. Et de fil en aiguille, Michael Raedecker nous donne à voir des tableaux intemporels contenant aussi bien des éléments de souvenirs que des signes du lexique le plus contemporain. Le regard s'arrête, cherche le devenir qui dure, celui de la contemplation, de la réflexion.

Le cynisme sans perspective critique est le poison de l'art actuel en France. Michael Raedecker, l'homme qui travaille en couturier dans le domaine de la peinture nous fait le cadeau d'une oeuvre honnête dont le pouvoir d'évocation et de suggestion vaut bien davantage que les images assourdissantes qui s'accumulent dans tant de salles d'exposition et les mots creux qui en barrent le seuil.

L'exposition du Carré d'art à Nîmes qui réunit une vingtaine d’œuvres de ces cinq dernières années est la première présentation de Michael Raedecker en France. Elle est à voir jusqu'au 18 avril 2010.

Catherine Plassart




Michael Raedecker




Michael Raedecker



photos  : (1) On 2008, (2) Therapy 2005, (3) Superficial 2009



Michael Raedecker

Informations pratiques :



Carré d'Art - Musée d'Art Contemporain
16 Place de la Maison Carree
30000 Nîmes
04.66.76.35.70
info@carreartmusee.com 

Ouvert de 10h à 18h tous les jours sauf le lundi


voir aussi : le site du Carré d'art



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