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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 18:54

 

Elmore James

Elmore James : le blessé.

Si les esprits qui courent les bois la nuit cessaient une seconde de se poursuivre, il est incontestable qu’il inventeraient l’exception, bien loin des vérités habituelles, avec la même facilité, on l’espère, qu’Elmore James.
C’est avec un bâton peut-être qu’il a brisé le corps d’un serpent. C’est vrai. Mais ce qui l’est encore plus, on dira que c’est son cri du blues. Et ce n’est pas que des mots.
Elmore James (1918,1963) a essayé par sa voix de savoir ce que dit le tempérament mélancolique : l’ancien est le nouveau (et vice-versa). Où est le printemps ?
Elmore chante depuis toujours le droit à la force de dire aussi que le ciel crie « The sky is crying » et que cela lui fait mal « It hurts me too ».
Les ouvriers du temps s’en fichent sans doute. Mais la perte du sentiment de sécurité ; la découverte du principe de difficulté : le doute…tout cela n’est pas soluble dans le rire.
Elmore travaille donc à refaire le périple de la quête d’un sol dur, loin du fini. Inconnue de beaucoup cette pensée pâle à de quoi paraître antinaturelle. Il en sait presque trop et il souffre.
On s’accordera à sa contradiction sans remède, qui envoûte ; à sa voix qui refuse malgré tout d’aller buter contre la tristesse.
PG

 


Ecouter par exemple You Tube Elmore James « it hurts me too »

 

Pierre Givodan

Chroniques musicales

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 17:44

mai2010-01

 

 

Un concret inépuisable.

"Tous les géomètres seraient donc fins s'ils avaient la vue bonne, car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu'ils connaissent; et les esprits fins seraient géomètres s'ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutumés de géométrie." Pascal Pensée B.1

 

On peut dresser la liste de ce que l'art concret n’est pas, mais comme il est compliqué de saisir son essence ! L'art construit fait appel à l'esprit de géométrie dont seul un petit nombre d'entre nous possède les principes palpables mais éloignés de l'expérience ordinaire. Pascal dans Différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse nous précise que "dans l'esprit de finesse, les principes sont dans l'usage commun et devant les yeux de tout le monde". Or ces principes là sont si nombreux qu'il est difficile de ne pas en laisser échapper un seul et alors on est dans l'erreur. Pour penser juste, il faut poursuit-il "voir d'un seul regard". Ainsi Il semble que les artistes de l'art concret nous donnent la mesure d'un esprit qui réunit par grâce l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse.

 

Dans l'art concret, l’espace, la lumière, le mouvement sollicitent notre perception pour valoriser les rapports d'équilibre et d'harmonie entre des entités abstraites ou symboliques. A l'instar de la musique, il cherche accords, fréquences et justesse. Dans un vocabulaire de formes élémentaires déclinées à l'infini et de couleurs employées dans la multitude de leurs subtiles nuances, il nous éloigne de la nature pour nous conduire vers un monde en construction. L'exposition de la ville de Sens présente les dernières créations d’une cinquantaine d’artistes, peintres et sculpteurs de treize nationalités différentes, qui font tous partie de cet important mouvement géométrique né au début du 20e siècle. Leurs oeuvres à l'unisson nous démontrent que l'art concret est inépuisable. A travers des matières et des techniques différentes, elles offrent un panorama fécond de l' art concret aujourd'hui.

 

Catherine Plassart

 

Exposition Couleur et Géométrie. Musées et Bibliothèque municipale de la ville de Sens jusqu'au 13 juin.

Photos :  (1) Gilbert Decock, (2) Maria Arvelaiz-Gordon, (3) Charles Bezie, (4) Jan Berdyszak

 

voir aussi : La Feuillée du 14 mai 2010

 

 

Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 11:57

 

Marcel Duchamp

 

Marcel Duchamp : Iconoclaste et inoxydable
Nouvelle publication DVD de la collection Phare produite par Aube Elléouët Breton  et réalisé par Fabrice Maze

 

On a beaucoup écrit, commenté et disserté sur l'oeuvre de Marcel Duchamp, mais on s'est peu intéressé à sa vie.  Le film réalisé par Fabrice Maze et produit par la fille d’André Breton, Aube Elléouët Breton est la première biographie filmée de Marcel Duchamp.

 

En trois chapitres et 270 minutes, on fait la connaissance émue d'un homme remarquable en même temps que l'on goûte l'extraordinaire travail réalisé sur les documents d’archives qui restituent aussi bien les faits,  les oeuvres, les lieux,  l'époque. Les témoignages de Paul Matisse,  Henri-Pierre Rocher, ou encore  de l’artiste Beatrice Wood  déroulent le parcours d'une vie.  Des inédits et des interviews de Monique Fong, Jean-Jacques Lebel, Arturo Schwarz et Jean-Marie Drot dessinent un nouveau visage de l'artiste.

 

Le premier chapitre (1887 - 1915) concerne ses années d'enfance et de formation,  jusque la naissance du Nu descendant l’escalier en 1911 et  les premières œuvres mécanomorphes (Le Moulin à café, 1912, Roue de bicyclette1913). 1915 est l' année du départ à New York.  A partir de cette date, Duchamp partage  son temps entre la France et les États-Unis. Le deuxième chapitre est consacré à  la scène artistique new-yorkaise. Duchamp  élabore alors ses œuvres les plus connues, entre autres ready-mades Fontaine (1917) mais aussi  Le Grand Verre (1915-1923). Le  troisième chapitre débute en 1936, il revient à Paris et rejoint par intermittence le groupe des surréalistes. Obsédé par l'idée de réunir toutes ses oeuvres dans un même lieu, il conçoit son musée portatif, Boîtes en valisequ'il éléborera jusqu’à son décès en 1968.

 

L’image d'un Duchamp exclusivement cérébral vole en éclat.  On le savait plein d'humour, on le découvre bricoleur méticuleux.  On le croyait indéchiffrable, or il possède la grande simplicité d'un homme terriblement intelligent, sensible  et déterminé. On est ainsi redevable à Fabrice Maze et à  toute son équipe d'un portrait de Duchamp qui éclaire la démarche de l'artiste, sa grande indépendance et restitue "son discours egomaniaque" au coeur des grandes aventures esthétiques du XXe siècle. La vanité d'une certaine postérité duchampienne  s'éloigne alors que l'on se recentre sur une oeuvre, celle d'une vie pudiquement dédiée à la création que son ami  Henri-Pierre Roché résume en une formule à méditer « sa plus belle oeuvre est l'emploi de son temps ». Rien que de bonnes raisons de s'offrir ce coffret contenant deux DVD et un livret de 88 pages bourrés d'images et de citations.

 

Catherine Plassart

 

 

 

 

duchamp2a

Nu descendant l'escalier peinture 1912

 

 

duchamp-fountain-p.jpg

 Fontaine (1917)

duchampgilbert05.jpg

  Marcel Duchamp 1950. © Jacqueline Matisse Monnier

duchampmarcelrose.jpg

 

Man Ray Marcel Duchamp en travesti comme Rrose Sélavy, 1920-1921.

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John D. Schiff. Installation de l'exposition First papers of surrealism

duchampEtantDonnes.jpg

 

Marcel Duchamp, Etant donnés  : 1 la chute d'eau / 2 le gas d'éclairage, 1946-66

MarcelDuchampMudra.jpg

 

 

 

 

 

 

Informations pratiques :

 

MARCEL DUCHAMP, iconoclaste et inoxydable
présenté par Aube et Oona Elléouët et les Studios Win Win

Un film (2009) de Fabrice Maze (180 min. + 90 min. d'interviews) sur DVD dans
la collection « PHARES » avec un livret de 88 pages. Sous coffret.

 

Pour commander :

Envoyez votre nom et adresse avec un chèque pour 23 euros + 5,50 euros frais d'envoi

à l'ordre des Studios Win Win

aux
Studios Win Win
12, rue Claude Genin
38100 Grenoble
(04 76 47 67 47)

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 09:20

 

 

Voluspa Jarpa

 

 

Voluspa Jarpa. L'envol des Ombres

 
Une nuée de démons s’échappent de la bouche d’une folle ; quelques autres lui sortent par l’oreille ou par le sommet du crâne : voilà comment les artistes de la renaissance avaient pris l’habitude de représenter les scènes d’exorcisme et de délivrance. Détail souvent délaissé par les historiens d’art, plus intéressés par les poses extatiques des corps, que par les signes de leur rédemption - il aura fallu attendre l’invention de l’hystérie par Charcot et, plus largement encore, celle de la psychanalyse, pour qu’une artiste – Voluspa Jarpa - retrouve cet élément iconographique (la nuée démoniaque) et lui redonne enfin sa portée critique et morale.

 

 

Entretien avec Voluspa Jarpa


Frédéric-Charles Baitinger : Pourriez-vous nous présenter brièvement votre parcours artistique et nous expliquer pourquoi et comment vous en êtes venue à travailler sur l’iconographie photographique de la Salpêtrière, et plus particulièrement encore, sur les figures de l’hystérie ?

Voluspa Jarpa : J’ai passé mon enfance et mon adolescence à l’étranger. A mon retour à Santiago, c’est en redécouvrant la ville que j’ai vraiment réalisé que le pays avait subi un traumatisme. Il existe au Chili comme une sorte de déni, vis-à-vis de ces événements traumatiques qui se sont déroulés sous la dictature d’Augusto Pinochet. Nous ne disposons encore d’aucune certitude historique qui pourrait faire consensus. L’étude et l’organisation scientifique des données documentaires restent encore à faire. La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’il existe de multiples versions mythiques de notre histoire récente ; et toutes ces versions se contredisent. Notre parole publique ressemble plus à une rumeur qu’à une voix éthique ou citoyenne.
Pour ma part, j’ai fini par comprendre cette « non-parole » comme le symptôme d’un traumatisme historique au moment où j’ai découvert, par hasard, dans un vieux livre, deux photographies de femmes hystériques. Insidieusement, ces deux photographies m’ont amenée à faire des recherches sur Freud et plus particulièrement, sur son discours sur l’hystérie. J’ai alors progressivement intégré ces images à des scènes peintes de monuments républicains de Santiago, puis à des paysages en friche (1994). C’est à partir de cette période que mes recherches se sont concentrées sur le discours psychanalytique traitant de l’hystérie, et plus largement encore sur l’histoire de ce discours qui a pour origine l’Hôpital de la Salpêtrière, et pour père spirituel, le docteur Jean-Martin Charcot.

 

Charcot

 

FCB : Qu’est-ce qui vous intéresse exactement dans l’hystérie ? Est-ce la maladie psychique en elle-même, ou bien la manière dont Charcot s’en est emparé pour lui donner une forme plastique bien particulière… et quand je dis bien particulière, je pense à la manière dont Charcot a voulu réduire la multiplicité des symptômes hystériques à quelques formes standardisées – le plus souvent héritées de l’histoire de l’art. En effet, Charcot n’a-t-il pas voulu, selon sa propre formule, transformer la Salpêtrière en une sorte de « musée vivant des pathologies » ?


VJ : J’ai toujours éprouvé des sentiments contradictoires envers le personnage de l’hystérique : cette folle, cette démoniaque - cette vestale étrange et théâtrale. Pour moi, à travers ce personnage d’un autre temps, se dessine comme une symptomatologie individuelle et collective d’une époque. Les premiers récits que j’ai lus sur la Salpêtrière m’ont donnée l’impression d’un enfer au féminin.
Georges Didi-Huberman, dans son livre l’Invention de l’Hystérie / Charcot et l’Iconographie photographique de la Salpêtrière (1982, Ed. Macula), met en relief la critique que l’on peut faire de ce fameux « Musée vivant » dont vous parlez. Il est clair que ce qui motivait d’abord Charcot dans son rapport à ces femmes, ce n’était pas seulement un désir de soin, mais bien une volonté d’élaborer une classification positive de sa maladie. Et c’est sans doute cette volonté de « classification » qui l’a conduit à considérer les 5 500 patientes que comptait alors la Salpêtrière, comme une sorte de matériel humain disponible pour ses expérimentations. Cela est particulièrement visible quand on s’aperçoit que son procédé de classification était d’abord et avant tout visuel. Il ne communiquait presque pas par la parole avec les femmes qu’il « soignait », ou du moins, il ne leur posait presqu’aucune question sur leur histoire personnelle. Aujourd’hui nous pourrions dire que c’est ce manque de parole qui les maintenait dans leur état pathologique.
En donnant pour titre à mon installation « L’Effet Charcot », j’aimerais pouvoir intégrer la Maison de l’Amérique latine (jadis celle de Charcot) à mon œuvre même ; de manière à ce que ce soit, en quelque sorte, Charcot lui-même (!) qui nous invite à procéder à une relecture critique de son œuvre ; à soumettre sa pratique au jugement de l’histoire, de la psychanalyse et de la philosophie.

 

rummo.jpg


FCB : Il y a deux points, maintenant, sur lesquels j’aimerais revenir en détails, car ils me semblent absolument déterminants dans votre travail. Le premier, qui est le plus « remarquable », est la manière dont vous constituez, en quelque sorte, des nuées ou plutôt des nuages d’hystériques dans vos installations. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de présenter ces corps en masse et, par là-même, de les faire disparaître en tant que corps individués ? A mon sens, ce geste est d’une importance capitale, car il représente la négation - en acte - de la classification élaborée par Charcot. C’est comme si toutes les phases de la Grande Attaque se retrouvaient mélangées – ou plutôt, livrées à une sorte de désordre sacré. Il y a d’ailleurs, par endroits, une telle densité de corps qu’il n’est plus possible de distinguer les différentes poses… le flux d’hystériques devient tellement dense qu’il forme une sorte de coulée de lave noire ; un « amas de serpents » pour reprendre la célèbre formule de l’historien d’art Abby Warburg.


Voluspa JarpaVJ : En 2004, sans bien savoir pourquoi, j’ai commencé à dessiner, sur des petits formats, les 12 poses hystériques qu’avait recensées Rummo – un docteur italien – en hommage à la Grande Attaque de Charcot. Je répétais ces poses, encore et encore, je les superposais les unes aux autres dans le désordre. C’était un travail à la fois manuel et graphique. Je n’ai jamais bien compris pourquoi j’ai commencé à le réaliser. Ce que je sais, c’est que ma fascination pour ces corps hystériques m’imposait de me fixer pour règle de ne pas les peindre – de ne pas « surapposer » à ces corps, mes propres « représentations », car cela me semblait non seulement inutile et gratuit, mais contraire à l’éthique que je m’étais fixée.
En revanche, l’acte même de répéter un geste mécaniquement me permettait de ressentir un sentiment d’empathie envers ces corps. J’ai alors eu envie qu’il y ait plus de corps, et que cet acte de répétition devienne le cœur de ma démarche. Je me suis alors fabriquée des tampons de la forme de mes dessins. Puis, avec ces tampons, je me suis aperçue que je pouvais obtenir, à force de surimpression, une nouvelle relation entre le corps et l’espace. Quand je repense, aujourd’hui, à cet aspect quasi compulsif de mon travail, je me rends compte qu’il est devenu le centre même de la construction poétique que je tente de réaliser dans mes œuvres. La répétition mécanique produisait en moi un effet hypnotique et une connexion avec mon inconscient. Je n’aurais pas le courage de décrire les choses que j’ai senties et pensées au long de ces journées, mais je peux dire qu’elles étaient toutes plus ou moins désagréables, comme si le bruit du tampon, dans une atmosphère silencieuse, agissait sur moi comme une espèce de mantra. Je crois que c’est aussi ce qu’ont ressenti les personnes qui m’ont aidée plus tard à l’élaboration de ces travaux.
Mais le plus important, c’est qu’une fois ces éléments définis et construits, je ne savais pas très bien comment les agencer ensemble. Tout ce que je connaissais sur la composition - comment ordonner des éléments dans un espace bidimensionnel – tout cela n’avait plus aucun sens pour moi, parce qu’il ne me semblait tout simplement pas pertinent d’appliquer ce genre de concepts esthétisants à ce que je voulais faire. Je crois que cette « difformité », ce manque de loi dans la composition est devenu, petit à petit, un des principes de base de ma réflexion formelle sur l’hystérie. Je voulais redonner vie à ses corps hystériques en leur greffant une certaine illusion de mouvement. Or, il me semble que lorsqu’un spectateur est confronté à l’une de mes pièces, une sorte d’effet d’optique, de grouillement, lui permet de voir ces silhouettes s’animer, ou plutôt se doter d’une certaine forme de mouvement. La sensation de mouvement - même quand les images sont matériellement statiques - est un autre élément poétique qui se place, dans ce travail, comme un élément fondateur.

 

Voluspa Jarpa


FCB : Cette idée de mouvement - qui représente, à mon sens, ce qu’il y a de plus original et de plus novateur dans votre travail - me permet d’introduire le « second point » dont je vous parlais tout à l’heure : je veux parler de cette espèce d’envolée des corps dans l’espace, de grâce et de légèreté retrouvée - envers et contre la représentation ; envers et contre la maladie.


VJ : L’idée « d’envolée » s’appuie sur l’image que je me fais de l’inconscient. C’est pour cette raison que j’ai ressenti la nécessité de donner à mes figures d’hystériques, une troisième dimension. Je voulais les projeter dans l’espace tout en les maintenant dans leurs poses. Mes pièces forment des volumes contradictoires. L’idée de masse y est virtuelle : les images restent planes mais les figures qui les composent, suspendues à des fils terminés par une bille de plomb, dansent et s’agitent dans l’espace, tout en étant fixées à leur chute. Je ne conçois pas le volume, dans mes compositions, à partir de règles géométriques, je le vois plutôt comme une zone lumineuse et obscure, transparente et saturée, zone aérée, indéterminée, où les éléments semblent flotter dans le vide et se déformer à l’infini.
Mais plus profondément, pour moi, le sens de cette envolée est comme une revanche. C’est une image qui laisse penser qu’il n’est jamais tout à fait possible de contrôler autrui. D’une certaine manière, elle tord le cou à l’omnipotence ingénue de Charcot et de quiconque voudrait soumettre et expliquer « cabalistiquement » un phénomène qui, par essence, n’est pas « fixé ».
Comme le dit Adriana Valdés dans son texte sur un de mes travaux nommé « Plaga » [Nuée] :« il est pertinent de citer ici le modèle lacanien du maître et de l’hystérique, qui montre l’agonie du thérapeute, le sens tragique de la thérapie : Nous savons que l’hystérique dit au maître : ‘la vérité sort de ma bouche, je suis ici, et toi comment crois-tu pouvoir me dire qui je suis’. Et l’on devine qu’aussi sage et subtile que soit la réponse du maître, l’hystérique lui fera savoir qu’elle n’est pas la bonne, que son ici se soustrait à la capture, qu’il faut tout recommencer et beaucoup travailler pour s’en approcher. Elle prend ainsi l’avantage sur le maître : se transforme en maîtresse du maître. »
En ce sens, l’envolée est sans doute une image de fuite, mais elle représente surtout une image de révolte. Je crois que le discours somatique, traumatisé et anormal de l’hystérique, est un appel à l’aide autant qu’un cri d’insoumission. C’est aussi un questionnement constant et incessant sur les limites de notre rapport à l’autre ; de cet autre qui - dès lors qu’il nous est nécessaire -, exerce sur nous une séduction vaine et donc un pouvoir.


FCB : Pour finir, j’aimerais que nous puissions réfléchir ensemble sur la proximité qui existe entre l’hystérie comme symptôme d’un mal qui s’ignore, et la création artistique comme expression (ou mise en forme) plastique d’une émotion. A votre avis, est-ce pertinent de penser l’expression artistique à partir du concept de symptôme ; si tant est que nous donnions au mot symptôme le sens que lui attribuait Freud : « Le symptôme est le substitut de représentations tombées sous le coup d'un interdit et refoulées dans l'Inconscient »1 ?


VJ : Quand je réfléchis à la relation entre symptôme et art, je le fais à partir de l’idée qu’un symptôme est une élaboration psychique complexe sur quelque chose que nous ignorons mais qui pourtant, nous bouleverse encore. Or, c’est vrai que comme dans l’hystérie, l’art suppose certaines opérations qui sont relativement similaires à celles qui président à l’élaboration d’un symptôme : la condensation d’éléments par exemple, ou encore l’inversion de signes pour construire de nouveaux signifiants. En outre, on pourrait ajouter aussi le mystère de la conversion des idées en procédés matériels. Le symptôme suppose beaucoup d’invention subjective et, dans ce sens, il s’apparente à l’art. Dans mon expérience artistique, l’œuvre que je produis est une prolongation de mon propre corps, de mes idées et de mes émotions, et dans ce sens, c’est vrai, je l’expérimente comme un symptôme.
Cependant, que ce soit dans la rencontre de l’émotionnel et du rationnel, de l’expérimental et de la technique, et bien plus encore, dans celle toujours frustrante de mes idées avec la matière, l’art se distingue radicalement du symptôme dans le langage plastique que j’élabore. C’est un langage envisagé pour que les autres puissent y avoir accès. Je ne voudrais pas que mes œuvres restent, pour les autres, comme un chiffre insensé. Je crois que cela distingue la production d’un symptôme, de la production d’un langage artistique. Le symptôme, d’ailleurs, est produit pour maintenir l’équilibre psychique avec lequel nous avons été élevés, alors que le langage de l’art, lui, est fait pour rompre avec les conventions culturelles dans lesquelles nous avons grandi. L’art est fait pour questionner ces conventions, autrement dit, pour disposer d’elles comme d’outils : l’art est fait pour que nous ne restions pas les prisonniers de nos référents mais pour que nous apprenions à générer de nouvelles formes et de nouveaux discours.


FCB : En écoutant votre réponse, j’en viens à me demander si vous ne nous proposez pas là, au fond, la définition la plus simple, et en même temps la plus juste, de ce que peut être l’art contemporain.

Commissaire de l'exposition "L'Effet Charcot" et co-traductrice de l'entretien : Albertine de Galbert. Frédéric-Charles Baitinger

Voluspa Jarpa est une artiste chilienne qui vit et travaille au Chili.

 

 

 

 Frédéric- Charles Baitinger

 

 

 

Informations pratiques :

Maison de l'Amérique Latine
L'effet Charcot
du 8 Avril 2010 au 12 Mai 2010
217, Boulevard Saint-Germain 75007 PARIS

 

voir aussi : www.mal217.org/

 

Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 09:04

 

Larry Garner

 

Larry Garner : la forve vivante
 
Doit-on penser à des sentiments, des idées que notre imagination déroule (qui n'existent pas hors de notre esprit) ? Chacun s'accordera au moins sur le swing. Il semble pourtant que le jeu de guitare, les sensations limpides, l'idée qui s'exprime d'une révolte maîtrisée, sans mélange et combinée à l'histoire du blues (de Muddy Waters à Stevie Ray Vaughan), rien de tout cela n'existe uniquement pour soi. On peut grâce à Larry Garner obtenir une connaissance intuitive de cette musique. Le morceau que j'entends, l'espace que je vois (Louisiane?), la couleur du son, les impressions sonores, visuelles, existent absolument, comme des choses qui me sont complètement intelligibles. Telle est la liberté de la "théorie" Larry.


Sa musique libère le désir intensément et crée les conditions préalables de la fin de tout asservissement. Pas de standard, mais la destruction de toute dépendance ("For you Mr. King"). Le moi s'accorde cependant avec les célébrités dont il s'honore. L'action de la guitare se réfléchit et se donne entièrement alors dans un acte primitif. Vouloir seul cette avancée sur le terrain de la force vivante est en soi un acte de résistance.


C'est pourquoi il n'est rien de hasardeux dans ce blues. Tout y est déterminé absolument, à l'infini ("Show me that you love me". Son humeur est égale ( "Someplace for evil"); une drôle de bête finalement. L'évolution d'un esprit que l'on peut appeler miraculeux, le choix de la responsabilité de continuer à chanter le blues ("Keep singing the blues"). Et au centre de tout l'humilité d'un univers de la pure subjectivité. Un vie morale en somme qui goûte le champagne ("Champagne and reefer")et le mouvement (Funk it up"). Pour plagier Dostoïevsky " Si Garner n'existait pas, tout ne serait pas permis."


PG


 Ecouter Larry Garner "Here Today Gone Tomorrow" ( 2008, Dixiefrog Records).

 

Pierre Givodan 

Chroniques musicales

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 11:32

sculptures, peintures, photographies, vidéos

Ben, François Boisrond, Mark Brusse, Robert Combas, Charlélie Couture, Hervé di
Rosa, Erro, Gérard Fromanger, Ladislas Kijno, Jannis Kounellis, Peter Klasen, Jean-
Jacques Lebel, Jacques Monory, Shinji Ogawa, Gérard Rancinan, Jean-Pierre
Raynaud, Miki Toshiharu, Toxic...

 

 

du 1er mai au  31 juillet 2010

 

 

Espace Culturel de Barbizon

 

 


Combaz l'Angelus

 

 

150 ans après sa création, 100 artistes contemporains interprètent l'Angélus de Millet.

 

Le peintre Yan Pei Ming déclarait récemment : « A 17 ans, à Shanghai,… ce fut une révélation lorsque, dans une exposition, je découvris l’Angélus de Millet. Je n’avais jamais rien vu de pareil, une telle lumière, une telle intensité, un tel jeu de pénombre et de clair-obscur. La campagne française me paraissait d’une infinie douceur.».

 

Est-ce pour cette image idéalisée d'une campagne heureuse, que le tableau Jean-François Millet a été reproduit avec un succès toujours croissant à des millions d'exemplaires sur des bols, des assiettes, des pots et autres calendriers ? Sans doute mais en plus du reflet d'une réalité paisible, il nous offre la traversée calme et tragique du miroir. Ainsi pour Dali L'Angelus est  « l’oeuvre picturale la plus troublante, la plus énigmatique, la plus dense, la plus riche en pensées inconscientes qui n’ait jamais été »

 

Quand une oeuvre connaît un destin qui allie succès populaire et reconnaissance de ses paires, elle devient une icône et  sa polysémie la prête à  toutes les lectures. C'est ce que prouve l'exposition de Barbizon qui réunit plus de 100 artistes pour célébrer l’Angélus. Ils ont presque tous réalisé, spécialement pour l’occasion, une oeuvre personnelle .

 

On y retrouve dans un grand éclectisme,  Monory et Fromanger (figuration narrative), Combas, Erro, Kijno, Kriki (figuration libre) …, des  représentants de la jeune génération la plus avant-gardiste comme le new-yorkais Toxic, ainsi que des artistes internationaux comme Miki Toshiharu, Shinji Ogawa, Hélène Vergouwen, Jaques Walther, A Sun Wu.

 

Jannis Kounellis a prêté la spectaculaire sculpture qu’il avait créé en 2007 en hommage à l’Angélus à l’occasion de l’exposition «Correspondances» au Musée d’Orsay,  Jean-Jacques Lebel,  un étonnant assemblage sur porcelaine réalisé en 1965 en hommage à l’Angélus.

 

L’Angélus, tableau peint par Jean-François Millet entre 1857 et 1859 à Barbizon, est en ce moment au pavillon français de l'exposition universelle à Shangaï. Protégée par une vitre blindée, la délicate peinture de petit format (55 × 66 cm) se tient donc à des milliers de kilomètres des multiples interprétations qu'en donnent les artistes contemporains concernés par l'exposition de Barbizon. Il accepte sans ciller  d'être soumis à l'épreuve périlleuse de l''interprétation. Il se sait  chef-d'oeuvre.  Il a depuis toujours été copié et réinterprété pour le meilleur et pour le pire. Aujourdhui comme avant, il fait couler beaucoup de peinture. Il y a beaucoup à voir, beaucoup à oublier et quelques oeuvres à retenir vraiment.

 

Catherine Plassart

 

 

 

 

 

Informations pratiques

Espace Culturel de Barbizon
Place Marc Jacquet
77630 Barbizon
01 60 66 41 92

10h à 12h et de 14h à 18h
Fermeture : le mardi
Entrée Libre

 

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 16:41

Exposition VSArt

 

du 4 au 10 juin 2010

 

à la Chapelle Saint Louis du groupe hospitalier Pitié Salpêtrière - Paris ()

 

&

 

exposition collective

 

du 6 au 9 et du 13 au 30 mai 2010

à la galerie Expression Libre - Paris  (14)

 

 

 

Marie Deloume

 


Marie Deloume, la mémoire du froid et de l'hiver.

 

Marie Deloume anime depuis quatorze ans au profit de l'association VSArt, un atelier de peinture à l'hôpital.  Dans ce contexte, elle a renoué avec l'humilité de la peinture, son honnêteté. Cet engagement auprès des enfants malades coïncide,  avec son retour à Paris, après plusieurs années passées à Rome. Sa rencontre avec le zinc a égalemeent lieu à cette époque.  Il est descendu du toit pour s'installer dans son atelier. Elle l'adopte et se l'accapare. Oxydé, patiné, il devient le support exclusif de sa peinture qui dès lors privilégie de nouveaux tons, plus sourds et plus suaves.


Ainsi, atmosphère intimiste et  motifs  paysagés signent un accord chaste et fluide pour une avancée vers le figuratif. L'arbre, métaphore de l'homme, de son expérience, de la vie même,  déploie de plus en plus souvent son large houppier dans ses oeuvres. Port fragile, silhouette décharnée, il nous parle souvent du froid et de l'hiver. Ailleurs, le givre dans ses cristaux enserre une mémoire originelle, conservatoire de sensations quasi oubliées  d'avant les tours et les gratte-ciel, d'avant la ville confortable et moderne.

 

Pour la première fois, VSArt présente vingt et un des artistes, peintres et sculpteurs, tous animateurs d'ateliers d’arts plastiques en faveur d’enfants hospitalisés, de jeunes de quartiers défavorisés ou de personnes âgées. L'exposition à la Chapelle Saint Louis du groupe hospitalier Pitié Salpêtrière à Paris est l'occasion  de les remercier et de leur rendre un hommage appuyé.

 

Marie Deloume présente également en ce moment, un choix d'oeuvres récentes à la galerie Expression Libre  à  Paris.

 

Catherine Plassart

 

 Marie Deloume

 

 

photos : (1) Le Marais peinture sur zinc 34 x 58cm 2010 , (2) Givre peinture sur zinc, 58 x 74cm 2009

 


 

Informations pratiques :

 

association Vs'Art 
Chapelle Saint Louis de l'hôpital Pitié-Salpêtrière

47, boulevard de l'Hôpital

75013 Paris.

http://www.vsart.org/

 

Parmi les  artistes   présentés : Claude Bensaïd, Nicole Bottet (invité d'honneur), Mirian Briss, Calixte (Marie Christine le Prat), Marie Deloume, Martine Dessalien, Christiane Dhorne , Elisabeth Duclert ,  Céline Favre , Jeanne Forestier , Mercedes Gomez-Flipo Marie Claude Leblois, Ghislaine Le Chippey, Josy Loumé, Karen Marre,  Sophie Mauponné  Ghislain de la Mairieu, Claude Petitjean, Amélie Réveilhac , Talchan (Chantal Trentesaux) , Bernard Vandevyver.

 

et

 

galerie Expression Libre

41 rue Hippolyte Maindron

75014 Paris 
01 45 42 36  99     

http://artexpressionlibre.ifrance.com

 

 

voir aussi  : la vitrine de Marie Deloume, dans Art Point France

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 18:59

Installation

 

Du 17 avril au 31 octobre 2010

 

La Bambouseraie d'Anduze (30)

 

 

 

Mireille Laborie

 

 

Les "cocons" de Mireille Laborie.

 

Chaque année la Bambouseraie invite des artistes contemporains à investir le parc. Ils alternent travail en résidence et en atelier pour concevoir des oeuvres exclusives, éphémères et les installer dans le parc. Mireille Laborie a ainsi créé deux oeuvres qui ont trouvé leur place au coeur de la forêt de bambous non loin de  celles d'Odon et d' Anne Delfieu.

 

Mireille Laborie a établi une conversation élémentaire avec le paysage, sans chercher à le modifier, à se l'approprier. Elle a agraphé le long des robustes tiges ou disposé au sol ses pièces légères, volumes tressés et peints. L'installation est toute en contraste :  la rondeur des volumes s'oppose à la verticalité des bambous, la tonalité laiteuse des formes ovoïdales contraste avec le vert sombre et frais de l’environnement.

 

Pourtant ces volumes qu'elle appelle "cocons" semblent naître des végétaux, ils évoquent  l'embryon, l'Origine et le temps mystérieux de la transformation. La lumière les traverse compliquant de ses rais la spacialisation toute en courbes et contre-courbes. Dans un langage visuel sans fard, l'artiste nous questionne sur notre manière d'habiter le monde.

 

Catherine Plassart

 

 

Mireille Laborie

 

 

 

Mireille Laborie

 

 

Informations pratiques :

 

 La Bambouseraie se situe à proximité de Nîmes et d'Alès

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:27

 

avril2010-3.jpg

 

Les charmes du singulier.

On est heureux de rencontrer accrochés côte à côte dans une même exposition Zoran Music, Paul Rebeyrolle, Robert Combas, Vladimir Velickovic et des artistes inspirés par l'art brut et l'art singulier comme Gaston Chaissac, Anselme Bois-Vives, Louis Pons ou encore Fred Deux. Les frontières entre les genres s'effritent sous les coups de boutoir de leurs audaces primitives ou raffinées. Familiers du paradoxal et du subjectif, tenus à une liberté obligée, ils empruntent les multiples passages de l'intime à l'universel. Leurs langages oscillent entre maîtrise et excès et ne réclament qu'une seule chose, que "l'oeil existe à l'état sauvage" (A. Breton).

L'exposition "L'oeil à l'état sauvage - Les délirants de la création" réalisée conjointement par la Halle Saint-Pierre et L'Abbaye d'Auterive à la Crypte Sainte-Eugénie à Biarritz est ainsi un pied de nez à l'art institutionnel néo-progressiste, un désaveu de l'autorité du discours à tout prix dans l'art. La soixantaine d'oeuvres présentées se livre au regard de l'amateur, insouciante des jugements esthétiques convenus, des évaluations limitées à la "tendance". Elles affirment leur existence sans emphase mais avec la puissance que procurent les visions qui engagent, qu'elles soient douloureuses ou joyeuses.

Catherine Plassart

 

Exposition "L'Oeil à l'état sauvage - Les délirants de la création" Crypte Sainte-Eugénie Biarritz du 10 avril au 20 juin 2010

 

photos : (1) Paul Rebeyrolle, (2) Gaston Chaissac, (3) Louis Pons, (4) Robert Combas

 

voir aussi : La Feuillée du 29 avril 2010

 

 

Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 05:41
Une semaine en vidéos
 
Jan Voss
« Sans papier»
6 mars au 24 mai 2010
Musée de Louviers

 



Découvrez "Sans papiers", exposition du peintre Jan Voss au musée de Louviers sur Culturebox !

 

 

 

Informations pratiques :
 
Musée municipal
Place Ernest Thorel
27400 Louviers
Tél : 02.32.09.58.55
musee@ville-louviers.fr

Ouvert tous les jours de 14h à 18h sauf le mardi - Entrée libre


voir aussi : http://www.ville-louviers.fr/ville/musee/progr_expos.htm

 

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