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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 15:06

   

Richard T. Scott

 

 

Le silence de l'esprit

 

« Si les Images n'étaient, en même temps, une ouverture vers le transcendant, on finirait par étouffer dans n'importe quelle culture, aussi grande et admirable qu'on la suppose. A partir du toute création spirituelle stylistiquement et historiquement conditionnée, on peut rejoindre l'archétype. » 

Mircéa Eliade, Images et symboles. 

 

 

A ceux qui regardent d'un oeil suspicieux la peinture contemporaine, Richard T Scott pourrait leur répondre : c'est que vous ne regardez pas au bon endroit. Et nous ne pourrions que les inviter à se tourner du côté de l'oeuvre de cet artiste américain pour qu'ils puissent, à leur tour, mesurer le manque de probité de leur jugement. Car, non content d'être passé maître dans toutes les techniques de la peinture classique, chacune des peintures de ce jeune prodige nous invite à redécouvrir une partie de l'histoire de notre culture – tout en n'oubliant jamais de lui préserver sa part d'ombre et de mystère.

 

par Frédéric-Charles Baitinger    

 

Amoureux des oeuvres de Rembrandt, Hammershoi et Wyeth, Richard T. Scott n'est pas ce que l'on pourrait appeler, un « artiste de son temps ». Intempestive ou inactuelle, une chose est sûre : son oeuvre dépasse de loin – tant par ses qualités plastiques que par le choix de ses sujets – les attentes formelles qui composent le goût de notre époque. N'ayant jamais cédé aux sirènes de la transgression et de la violence, ses peintures nous ouvrent, au contraire, les portes d'un monde ô combien plus spirituel et nuancé.

 

Que ce soit dans ses portraits, dans ses compositions ou bien encore, dans ses scènes d'intérieur, Richard T. Scott cherche toujours à produire, sur ses spectateurs, un certain effet d'étrangeté ou, tout au moins, quelque chose comme un sentiment d'attente. Voilà pourquoi, peut-être, ses compositions sont pour la plupart peuplées de miroirs dans lesquels apparaissent, non pas simplement des êtres à l'image de ceux qui nous font face - mais de véritables spectres ayant pour fonction de déstabiliser notre regard tout en donnant une quatrième dimension à ce que nous voyons.  

 

Dans sa peinture intitulée « The Death of Uriah » par exemple, autrement dit, « La mort du Uriah (Dieu de Lumière) », Richard T Scott s'est amusé à construire pas moins de trois espaces se superposant les uns les autres : le premier est une porte vitrée, laissant transparaître la moitié d'une pièce dans laquelle brûle un chandelier; dans l'autre, le reste de cette pièce nous montrant un fauteuil vide; et enfin, dans le fond, une autre porte fenêtre laissant transparaître la silhouette d'un homme observant l'ensemble de la composition.  

 

Par ce montage savant, ce n'est pas seulement toute l'histoire d'Uriah (dont le roi David ordonna la mort pour couvrir son pêché de chair) qu'est parvenu à nous conter ce peintre, mais plus encore, peut-être, l'atmosphère de mensonge et de deuil dans lequel vécu sa femme après avoir appris la mort de son mari. Une question, alors, ne peut manquer de se poser à qui observera avec attention la scène : qui est le personnage se tenant au dernier plan ? Serait-ce le roi David lui-même, contemplant l'intimité du drame dont il est l'auteur, ou bien serait-ce l'image d'Uriah – victime innocente d'un adultère qui provoqua incidemment sa mort ?

 

Si nous ne pouvons répondre avec certitude à cette question, rien ne nous empêche, en revanche, de voir dans le fauteuil vide qui se tient au second plan, l'absence réelle d'Uriah, et dans le chandelier se tenant au premier plan, et dont la lumière ne nous parvient qu'à travers le voile d'une vitre, la culpabilité masquée du roi David consommant secrètement les fruits de sa passion. Devant une telle peinture, mêlant à la plus grande maîtrise technique, l'intelligence de la composition, comment pourrions-nous ne pas nous incliner devant le génie figuratif de Richard T Scott – et célébrer, par avance, ses prochaines compositions ? 

 

 

 

Richard T. Scott

 

 

Richard T. Scott

 

 

Photos : (1) The Death of Uriah, (2) Baptism, (3) Hermetica

 

 

Exposition du 10 au 22 mai 2011
30 rue Cardinet Paris 17e .

 

 

Le silence qui parle 

Les chroniques de Frédéric-Charles Baitinger 

fredericcharlesb@hotmail.com

 


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