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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 19:18







Edito : Retrouvons-nous à la rentrée.

Dans la spirale de la création artistique qui tourne autour du globe, déplaçant les œuvres, les confrontant les unes aux autres, les additionnant, il est bien difficile de réserver une place aux productions du passé. Les mémoires humaines saturent et s’en remettent pour archiver les objets de l’héritage culturel aux spécialistes de la conservation en tout genre. L’engouement du public à l’occasion de rétrospectives prestigieuses des grandes œuvres de l’histoire de l’art est le symptôme d’un oubli plus vaste qui gagne par capillarité l’étendue du patrimoine.

Dans le même temps des artistes "savants" visitent et relisent les œuvres du passé, nourrissent leur propre travail de références ou de citations. Ils dialoguent avec leurs prédécesseurs et s’adressent à leurs contemporains, mettant ainsi en acte dans leur création une double énonciation qui autorise la transmission de l’essentiel et sa métamorphose.

La véritable performance d’un artiste actuel est sans doute ce tour de passe-passe grâce auquel il extrait de la masse devenue compacte des œuvres anciennes, les traces tangibles et lisibles de la fabuleuse créativité de l’homme toutes origines et époques confondues. La mémoire est un devoir nous dit-on quand il s’agit de maintenir vivant le souvenir des plus grandes catastrophes de l’histoire : « Plus jamais cela ! ». Mais on aimerait qu’elle soit aussi un plaisir sans nostalgie qui entretienne sans fétichisation excessive le souvenir des nombreux édifices plantés sur la longue route de l’évolution des productions de l’esprit.

Les avant-gardes qui ont créé la rupture dans la première moitié du vingtième siècle et qui avec humour nous ont obligé à voir le précipice, ne l’ont pas fait pour que l’on tombe dedans. Elles nous ont plutôt adressé une invite à faire demi-tour. Il est vain voire dangereux de continuer à les prendre pour modèle. Elles ont délivré leur message comme on jette une lettre à la poste. Il n’était pas destiné à faire école.

Ainsi la conscience du gouffre d’une part et la reconnaissance d’un sol préparé et enrichi au fil des siècles par ailleurs devraient interdire aux créateurs lucides de poursuivre les tentatives de « tout casser » et les amener à planter et faire grandir des œuvres qui nous parlent de la vie.

 Carole Benzaken

"Joan" Carole Benzaken 1992. acryl/canvas 15,7 x 31,5 inches

Un peu partout la peinture est de retour dans les expositions. Voilà vingt ans qu'on en était privé. Un sacré bail pour le regard qui observe étonné ce langage qu'il a désappris. Je voudrais vous raconter une petite histoire que je tiens de Mme Annie Delay qui anime l'espace d'exposition Lithos dans le minuscule village de Saint-Restitut.

Elle expose tout l'été des oeuvres de Carole Benzaken. Voici quelques années, cette jeune artiste a obtenu une bourse pour séjourner six mois aux Etats-Unis. Elle y est restée sept ans et a fréquenté Joan Mitchell. Un jour qu’elle se trouvait dans l’ atelier de la très grande dame de la peinture abstraite, une autre dame réclamait des explications sur le travail de Carole qu’elle percevait comme académique et conventionnel. « Montre-lui » lui demande Joan. Carole prend des pastels et dessine quelques tulipes. Joan prend à son tour les couleurs et dessine plusieurs lignes dans la partie haute de la feuille restée blanche. « Voilà ! » s'exclame-elle.

Magnifique leçon mais peut-elle dans sa grande évidence être comprise ? Oui, si on se souvient du mot de Léonard de Vinci : "la peinture est cosa mentale". Non, si on confond le tableau et l'image qu'il reflète. A côté de ce dessin à quatre mains, petite déclaration en faveur du langage pictural, se tiennent touche-touche deux huiles carrées de Carole Benzaken dédiées à Joan. Elles représentent aussi des tulipes. Mais bientôt on ne voit plus le sujet. On sent seulement les infimes vibrations qui oscillent imperceptibles entre les teintes. Une subtile augmentation de la couleur par une douce excitation. Et l'on renonce à comprendre, on reçoit ce moment de grâce comme un cadeau. A quelques kilomètres de là, chez Eric Linard à La Garde Adhémar, Olivier Mosset a atteint son but, le degré zéro de la peinture. Il peut bien crier "HELP" (le titre de l'exposition) on ne saurait compatir. On préfère de beaucoup la réponse têtue de Carole Benzaken à la question qui trace le parcours d'expositions dans le département de la Drôme. - "Pourquoi pas la peinture ?" - "Parce que".

Durant cette période estivale nous n'avons pas traité de l'actualité dans sa diversité. Je vous livre quelques dossiers liés à des expositions qui se déroulent en ce moment. Je vous souhaite une bonne lecture, un bel été et vous propose de nous retrouver à la rentrée.

Catherine Plassart

Dossier de l'été 2009 N°1 : Marc Giai-Miniet "Petits théâtres de la mémoire" (exposition à La Rochelle)
Dossier de l'été 2009 N°2 : Alicia Martin "Chutes de livres"
Dossier de l'été 2009 N°3 : Jean le Gac "Relectures" (exposition à Trédrez-Locquémeau )
Dossier de l'été 2009 N°4 : Valérie Favre "La visiteuse" (exposition à Nîmes)
Dossier de l'été 2009 N°5 : Fabrice Rebeyrolle "D'étranges fleurs"
Dossier de l'été 2009 N°6 : André-Pierre Arnal "Ecrire la peinture" (masterclass à Saint-Jean d'Angely)
Dossier de l'été 2009 N°7 : Carole Benzaken "Parce que" (exposition à Saint-Restitut)



photos : (1) Carole Benzaken, (2) Valérie Favre, (3) Jean Le Gac



voir aussi : La Feuillée du 30 juillet 2009




Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 


 

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