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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 13:23

« les sept dormants »

du 14 janvier au 31 mars 2010 

Espace Riquet - Bézier




Rachid Koraïchi


Rachid Koraïchi est  issu d’une famille très religieuse dont l’arbre généalogique se rattache à la tribu du prophète Mohammed, il a grandi dans un milieu mystique imprégné de l’esprit du soufisme, une école de pensée qui veut unir l’homme à Dieu sans s’attacher de façon formaliste aux règles et aux lois coraniques. La pensée « soufi » faite de tolérance et de spiritualité va le marquer profondément sur le plan intellectuel et artistique.


Par ailleurs, il gardera de son enfance l’amour de son pays, du désert, de la terre et des matières qui en sont issues comme l’argile ou le sable. De sa grand-mère et de sa mère excellentes couturières qui brodaient et tissaient, il a hérité le goût des beaux tissus, des teintures, des fils de laine ou de soie. Cet amour des matières va le conduire à des études d’art qu’il mène tout d’abord en Algérie, il est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts d’Alger, puis à Paris où il obtient le diplôme de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts.


Pendant plusieurs années, il va créer des oeuvres dans des domaines très variés, tapis, céramiques, tentures murales dont l’inspiration sera nettement influencée par les couleurs de son enfance et par l’Algérie profonde celle du Tassili en particulier dont les fresques le hantent. L’écriture coranique est souvent présente apportant ses symboles et son graphisme particulièrement esthétique.



Rachid Koraïchi



Rapidement , il expose dans de nombreux pays et devient un des principaux artistes contemporains du Maghreb. Ses oeuvres sont acquises par les plus grands musées du monde.. Au cours des années 90 et 2000, délaissant les oeuvres « en pièces détachées » comme il le dit luimême, il s’oriente vers les installations qui correspondent bien à ce qu’il souhaite montrer, le mystère derrière l’apparence des choses. Ses thèmes sont de plus en plus orientés vers la spiritualité et le rapprochement entre les trois religions du livre. Il s’inspire des textes mystiques d’Ibn Arabi, Attar, Rûmi.


Sensible à tous les drames qu’entraîne le fanatisme religieux, il est bouleversé par les évènements dramatiques qui se déroulent en Algérie, les assassinats de victimes innocentes, imams, enfants, vieillards par les extrémistes islamistes. La mort des moines de Tibhirine qui vivaient au milieu de cette population et participaient à ses souffrances lui semble un symbole particulièrement marquant. Il demande alors à des amis écrivains d’écrire des textes sur ce drame qu’il illustrera par des gravures chargées de symboles.


C’est ainsi que John Berger, Michel Butor, Hélène Cixous, Sylvie Germain, Nancy Huston, Alberto Manguel et Leïla Sebbar participent à ce projet, écrivant de beaux textes qui constituent l’oeuvre intitulée « Les Sept Dormants ». Ce titre fait référence à un conte populaire arabe qui évoque la retraite spirituelle, le sommeil et la résurrection.



Rachid Koraïchi



Parallèlement, Rachid Koraïchi travaille à une autre installation qu’il nomme « Les Ancêtres liées aux étoiles » car, dit-il, les maîtres soufis ont annoncé eux-mêmes que chaque humain sur terre est relié à une étoile dans le ciel. Par un étrange hasard, il apprend que le premier ancêtre de sa lignée, venu au VIIe siècle d'Arabie, est entouré des tombes de ses sept enfants qui sont aussi les Sept Dormants. Dans le but de rendre hommage à ses ancêtres, il réalise des étendards de soie qui constituent pour lui « l’élément premier, en correspondance avec le voile noir brodé de fils d’or qui recouvre la Kaaba à la Mecque ». Les symboles et textes sacrés qu’il dessine sont ensuite brodés par des artisans syriens avec lesquels s’opère une coopération magique.


Les étendards installés sur les murs d’une salle créent une atmosphère qui suggère « la présence invisible de tous ces ancêtres comme dans une cercle initiatique ». Comme pour « Les Sept Dormants » le chiffre 7, chiffre sacré, est très important pour cette installation. Il est présent dans toutes les mesures et dans les calculs que réalise l'artiste. En outre, par respect pour les trois religions révélées, il choisit pour chaque étendard trois soies de couleur différentes, elle-mêmes brodées de trois couleurs de fils de soie.


Accompagnant cette installation murale, Rachid Koraïchi crée 99 sculptures en bronze à l’image des 99 noms de Dieu, qui alignées, communiquent entre elles par le jeu des ombres portées. Le Coran cite de nombreux qualificatifs de Dieu comme le Miséricordieux, le Pardonneur, Le Tout-Puissant, le Juste, le Sage, L'Unique. Ces noms très chers à la piété musulmane constituent une prière et un symbole de la présence du divin au centre de l'oeuvre.


Les trois installations, très différentes par leur matière et leur aspect esthétique, sont donc en réalité reliées entre elles par le chiffre sept et par l'hommage rendu à des défunts qui sont autant de liens avec les forces spirituelles. La lumière, très importante, pour l'artiste vient aussi conférer une unité à l'ensemble en ajoutant un élément qui est porteur à la fois de mystère et de révélation.

Nicole Riche
Conservateur du patrimoine





Informations pratiques :

Espace Riquet
7, Rue Massol 
34500 Béziers
04 67 28 44 18 
musee@ville-beziers.fr

ouvert du mardi au dimanche
de 10h à 12h et de 14h à 18h entrée payante

voir aussi :  www.ville-beziers.fr , la présentation bio-bibliographique de Rachid Koraïchi

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Published by Art Point France - dans Sud Est : expositions
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