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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 15:37

exxposition


du 27 octobre 2010 au 3 janvier 2011

 

Galerie du Tenyidor - Collioure

 

 Joël Desbouiges

 

 

J’ai toujours travaillé en province et si on est le fils d’une langue,comme on est celui d’un pays j’ai l’accent de la campagne. Même quand on croît la connaître la nature nous interpelle, nous inquiète, notre esprit semble se perdre dans son   infini « La nature donne à penser » écrivait Marcel Proust1.


Je pense que les différents lieux où j’ai travaillé, Limousin, Normandie, Auvergne, Franche-Comté, et le Pays Basque avec ses vastes paysages m’ont procuré de nombreuses inspirations, m’ont conduit vers des réalisations vierges d’influence, de courant, de mouvement qui se développent principalement dans les grandes capitales, les espaces urbains qui brassent les informations et les idées plus proches du brouhaha des médias. J’ai toujours été confronté à mon histoire, à mon  travail, ensuite dans l’atelier, comme d’autres artistes, je sélectionne à travers un cadre que je me suis construit, défini au fur et à mesure de ma vie. Aujourd’hui nous sommes tous quotidiennement plongés dans l’hégémonie de la puissance médiatique et comme tous les créateurs j’ai envie de donner à voir des pièces traversées par l’envie et la passion de la recherche. En travaillant tous les jours je tiens à rester en prise avec les expériences et considérer que nous sommes en vie quand on est dépositaire de quelque chose, d’un savoir, et plus je vieillis plus je suis en vie.

 

Il y a eu dans les années 80 la série des Losanges/Peintures et des Carbones/Dessins qui renfermaient des couleurs et des dessins de fleurs. À cette époque j’insistais principalement sur la symbolique de la forme losangée et sur l’intervention du regardeur et moins sur les sujets souvent empruntés à l’Art Populaire. C’est avec les « Resserres » (2003) que la question de la nature se posa. Cette série est née de formes lourdes présentes dans les « Anacoluthes » et d’un souvenir, celui de ma première rencontre enfant, avec des animaux, des gibiers suspendus, morts chez mon grand-père chasseur. Peindre les « Resserres » c’est essayer de peindre le secret du silence et non pas l’image de la mort. La mort n’ayant pas de réalité, de continuité elle n’est qu’en rapport avec les choses.Après vinrent les « Massacres » (2006) série de 42 petits formats (60 x 40 cm), sur chacun d’eux sont collés 5 dessins de têtes de chevreuil marouflés, la finesse du papier choisi laisse apparaître les cinq dessins qui se mélangent livrant une finalité qui évoque l’Art pariétal. Dans le haut de chaque petit tableau sont accrochés des bois de chevreuil peints de couleurs vives et contrastées. La question del’existence reste posée ainsi que celle du passé, de la conscience et du sacré. Car avec ces recherches, j’ai sur les épaules plus de charge ontologique que de vertu écologique. La seule façon d’affronter la mort serait donc d’essayer de produire du sens qui questionne la vie. Les couleurs vives sur les bois ressuscitent de l’imaginaire. Face à l’animal l’homme ne cesse d’imaginer, une imagination qui s’oppose à la réalité. Les couleurs brutes sortant du tube sont la matérialisation de l’imagination qui distrait ou console. C’est sans doute parce que l’homme ne pouvait reproduire le réel qu’il a pensé, ou été obligé d’inventer le dessin et la peinture. Ces bois « kitsch » peuvent nous faire penser aux totems, à l’Art de ces indiens des plaines qui étaient pourchassés par des cow-boys blancs souvent payés aux nombres de scalps rapportés. Colons blancs dont les scalps prélevés cette fois par les sauvages peaux rouges faisaient renaître dans les rituels, l’âme des braves disparus. Voilà comment on fait ressortir toutes les images qui sont en nous, les revisitons,les relisons et les reprogrammons pour de nouvelles histoires.

 

Joël Desbouiges

 

Les animaux libres dans la nature sont toujours à la lisière de la peur, ce qui explique la série « Mise en joue » (2007), 35 petits formats (40 x 40 cm) avec la même technique de dessins marouflés, représentant cette fois des petits gibiers. Sur la surface de la toile, collées sur les dessins, des flèches aux embouts/ventouses de caoutchouc, comme sortis du canon d’une carabine de « tir aux pigeons » d’enfants. La peinture mise en joue continue son chemin. En 1970 j’ai effectué un reportage photographique d’une chasse à cour, aujourd’hui, 40 ans après, je confronte un de ces clichés argentiques représentant la curée du cerf, avec l’image numérique couleur d’un arbre en forme de ramure. L’âme, encore !

 

Joël Desbouiges

 

Fin 2009 j’ai terminé la série « Les têtes couronnées que l’on mérite » 7 objets. Ce sont des bois de cerf, de véritables trophées, ceux perdus par les grands animaux comme une preuve de renouveau proche. Colorés, détournés avec différents collages de matériaux choisis pour leurs sens, ces bois sont déposés, tels des chapeaux, sur des porte manteaux et évoquent ces têtes politiques qui nous dirigent. « Il n’y a pas le pouvoir,il y a l’abus de pouvoir,et rien d’autre ! » Montherlant. Je pourrais aussi parler de la récente série « Terres partagées » un hommage à Jean-Paul Riopelle, un autre grand amoureux de la nature qui termina sa vie à l’Ile aux oies. Je me sens libre de toute influence,mais peut-on l’être complètement quand on aime ce peintre québécois mais aussi Sean Scully, Gérard Gasiorowski, David Tremlett, Cildo Meireles, Richard Tuttle, Le Caravage et Rosa Bonheur. Cette femme aux attitudes viriles, contemporaine de Courbet, qui par la volonté savait saisir l’expression des animaux, mais surtout ajoutait dans ses dessins et ses toiles un rare degré de puissance,de vigueur qui ne venait pas des modèles. Comme Ingres elle répétait que « le dessin est la probité de l’Art ». Comme elle, je pense que quels que soient les dons dont nous sommes pourvus le talent ne s’improvise pas, il est le résultat d’un long travail opiniâtre et soutenu. Le dessin reste une base fondamentale aussi bien pour les sculpteurs, les installateurs, les photographes que pour les peintres.

 

Dans ce questionnement qui est lié à la création on ne peut éviter de se sentir toujours dans le sentiment du devenir et dans la cruelle conscience de notre solitude d’artiste. Aujourd’hui je ne suis plus impatient, c’est peut-être comme ça que l’on devient un artiste optimiste.

 

Pour clore cette difficile question j’ajouterais que la différence entre l’animal et l’homme est la manifestation de la conscience chez l’être humain. Celle-ci n’est pas toujours lucide, être conscient d’être en vie, de devoir mourir, de se projeter dans un avenir occupe bien mes congénères et moi-même dans ce meilleur des mondes que l’utopie ne cesse, ne cessera de rejeter .

 

Joël Desbouiges

 Private Opening 2009 (extrait)

Entretien par Laurent Devèze

 

  Joël Desbouiges

 

 

 

Informations pratiques :

 

Vernissage le 30 octobre à partir de 11h 30


Galerie du Tenyidor
10 rue de la Prud'homie
Collioure, France
04 68 56 92 25
04 68 82 55 95

Tous les jours sauf le jeudi de 15h à 19h

 

voir aussi : la vitrine de Joël Desbouiges dans Art Point France, le site personnel de l'artiste

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Published by Art Point France - dans Propos d'artistes
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