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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:34

 

 

Jean-Antoine Raveyre

 

Histoires : Jean-Antoine Raveyre

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tout ce qui généralement est refoulé se voit exhausser dans les dramaturgies glacées, drôles,distanciées de Jean Antoine Raveyre.  Un « paradis » semble ouvert mais il y a toujours quelque chose qui grince et vient déranger le jeu. Chaque photographie regorge d'une troublante curiosité. Elle reste dans sa précision de détails tout sauf une immense braderie. Rien n’est laissé au hasard. Comme si l’artiste mettait la minutie d’un Visconti au profit d’un délire fellinien. Chaque œuvre devient le territoire interlope du vide et du  trop-plein. Elle présente (et non représente - la nuance est importante) un signifiant par l’absurde même que l’artiste met en jeu. Absurde n’est d’ailleurs pas le mot, car les systèmes disjonctifs écartent les lieux communs comme les images communes.

 

A la banalité des lieux Jean-Antoine Raveyre donne une nouvelle assise, des axes visibles de pénétration. Le spectateur ne se limite plus à satisfaire sa curiosité mais son interrogation. Surgit toujours dans la photographie un élément perturbant,  paradoxal. Il n’enlève pas au contexte son agrément. Au contraire. Car existe un goût et un désir du beau dans les déconstructions reconstructions, dans les décontextualisations à plusieurs entrées. 

 

Jean-Antoine RaveyreOn ne sait jamais vraiment qui est l’intrus dans ses photographies : le sujet comme le contexte créent divers axes d'échange et de pénétration. L’artiste construit au sein de nos décors des « temples » effervescents. Il  offre sa fête et ses paradis artificiels. Par ses amalgames à la fois cohérents et hétéroclites il ramène parfois à l’univers de Lynch au cinéma ou celui de  Pynchon en littérature. En marge d’un centre que d’une certaine manière il vide l’artiste crée des réseaux ou des passages secrets. Ses narrations qui deviennent des féeries glacées. Il est autant permis de rêver que de se demander où l’on est projeté.

L'anatomie de telles photographies dans sa richesse de détails et sa préciosité plastique  offre à la fois confort et inquiétude, cauchemar et comme l’écrit l’artiste  "aventure rêvée". Elle rapproche et éloigne de la réalité. Elle fascine et révulse. Une force d'exhibition  travaille du côté de l’inconscient. On l’aura donc compris :  les structures "architecturales" des œuvres de Jean-Antoine Raveyre répondent à d'autres préoccupations que celui du souci d’un bien-être visuel même si pourtant elles possèdent une indéniable qualité plastique. 

Le plaisir éprouvé face à de telles photographies doit donc être consumé et accepté totalement. Il dépasse le vertige angoissant qu’elles peuvent créer. Et ce pour une raison majeure : un changement est proposé. Une délivrance est possible. Cela différencie l’œuvre de tant de travaux artistiques dont le déplacement proposé n'est qu'un départ raté sans doute parce qu’il n’est pas  charpenté - comme ici - par le privilège de la beauté. 

 

En prenant le parti du beau Jean-Antoine Raveyre réussit son pari. Ses féeries éliminent la moche, l’à peu près, le bidouillage. Face à une mode  de l’enlaidissement accru le photographe met le Mont Fuji sur des éventails mais sans rechercher pour autant la moindre saveur exotique ou purement décorative. Une transgression a lieu par des rapprochements intempestifs. L’artiste crée un autre horizon. Apparaissent des phosphorescences mystérieuses. Sur les ruines du réel se redessinent une architecture hors de ses gonds  nourrie de la clarté de  paysages réinventés. Nous glissons ainsi du désert du réel à un labyrinthe géophysique où prennent la pose certains de nos semblables, nos sœurs, nos frères - animaux des plus bizarres. 

Au pataugement existentiel est substitué un rituel incantatoire. Au sein de la pléthore et du charpentage qui envahit l’œuvre, la beauté est possible même dans des leurres nécessaires et stratégiques : ils viennent contrebalancer ceux dans lesquelles nous ne cessons de vagir. Surgit l’approche non d’un miroir mais de sa traversée. Le photographe a donc compris que pour rendre évidente toute ressemblance il faut la subvertir. Ses images absorbent le miroir. 

 

 

 

Jean-Antoine Raveyre

 

 

 

Jean-Antoine Raveyre

 

Photos (1) La Danse de Salomé - 2006 115 x 140 cm - 3 exemplaires Prise de vue argentique, tirage lambda, (2) Historique photographie N°1 - 2011 134 x 80 cm - 3 exemplaires Prise de vue argentique, tirage fine-art, (3) Coeur, bouche, action et vie - 2010 105 x 215 cm - 3 exemplaires Prise de vue argentique, tirage fine-art, (4) Ecce Homo - 2010 100 x 120 cm - 3 exemplaires Prise de vue argentique, tirage fine-art

 

"Historique une exposition de Jean-Antonie Raveyre au Centre Jacques Villeglé, Espace du forum 95210 Saint Gratien du 2 février au 24 mars 2012

 

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