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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 18:24

La Feuillée



Edito : En apesanteur.

«Houston, ici la base de la Tranquillité. L'Aigle a atterri». C'est grâce à ces quelques mots que Neil Armstrong annonce à un milliard d'êtres humains le 20 juillet 1969, à 21h17 (heure française), l'alunissage du module américain Eagle de la mission Apollo XI. La fusée Saturn V a été lancée le 16 juillet de la base de Cap Kennedy (aujourd'hui Cap Canaveral), en Floride. Elle a transporté son équipage de trois hommes vers l'astre clair à la vitesse de 39.030 km/h. Elle s'est posée quatre jours plus tard en douceur sur la «mer de la Tranquillité». Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune. «Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité» .

Quarante années se sont écoulées depuis cet épisode fantastique de la conquête spatiale et on n'évalue toujours difficilement l'avancée supposée pour l'humanité. Sans doute les satellites d'observation de la Terre, véritables systèmes d'information en interaction permanente avec les hommes, interviennent-ils au quotidien dans notre environnement. Ils ont aussi permis aux scientifiques d'observer les changements climatiques, de déterminer l'origine des ouragans, de comprendre les grands courants marins et d'alerter les responsables politiques sur la fragilité de notre habitat terrestre. Mais ce point de vue éloigné, mobile et précis à la fois, nous a introduit dans une dimension de l'espace pour laquelle nous manquons de repères. Le sol se dérobe sous nos pieds et comme Armstrong sur la Lune en 1969, nous faisons sur Terre, l'expérience durable d'un état incertain d'apesanteur.

La littérature avait anticipé la révolution des satellites. Dans "Le Maître et Margueritte" (1928-1940) de Mikhaïl Boulgakov, Woland qui n'est autre que Satan possède un globe assez extraordinaire. A Margueritte qui admire la jolie chose, il dit : "A franchement parler,je n'aime pas les dernières nouvelles diffusées par la radio... Mon globe est cent fois plus commode, d'autant plus que j'ai besoin d'avoir une connaissance exacte des événements. Tenez, par exemple, voyez-vous ce petit morceau de terre dont l'océan baigne un côté ? Regardez... En vous approchant, vous verrez les détails. Margueritte se pencha sur le globe, et vit le petit carré de terre s'agrandir, devenir multicolore, se transformer en une sorte de carte en relief..."

Toutefois, nous n'avons pas à nous inquiéter inutilement, même sous les yeux du Diable le globe magique n'est qu'un moyen d'information pratique. Si nous devons être habité par le trouble, celui-ci sera davantage lié à la possibilité pour le regard d'effectuer à une vitesse supérieure à celle d'une fusée, le voyage allant d'une perception globale de la planète Terre à son détail infime. Et puisque nous ne pouvons plus envisager notre présence au monde du seul point de vue de l'axe Terre/ciel, toute la difficulté sera donc de penser le cosmos en l'absence d'un poste d'observation statique.

Catherine Plassart




photos : 1) Todd Narbey , (2) Sophie Favre, (3) Fabrice Rebeyrolle, (4) Pierre Givodan



voir aussi : La Feuillée du 10 juillet 2009



Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

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