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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 08:20

dans la nuit du temps

 

Quatre moments, quatre lieux

 
sans titre, 2006, techniques mixtes, 172 x 158 cm — © idées d’artistes
 

Du 25 avril au 17 juin 2007
Collégiale Saint-Pierre-la-Cour
Musées des beaux-arts du Mans
Rue des Fossés Saint-Pierre
06 83 27 72 83
contact@pulsart-lemans.com
Vernissage le mercredi 25 avril à 18h30

Du 26 avril au 16 juin 2007
Galerie idées d?artistes
17 rue Quincampoix  75004 Paris
01 42 77 85 10
contact@idartists.com
Vernissage le jeudi 26 avril à 18h

   

Du 12 juin au 30 juin 2007
Espace culturel André-Malraux
2, place V.Hugo - 94270 Kremlin Bicêtre
01 49 60 69 42
Vernissage le vendredi 15 juin à 19 heures

Du 3 mai au 16 juin 2007
Galerie Meyer Le Bihan
108 rue Vieille du Temple  75004 Paris
01 42 71 81 16
contact@gmlb.fr
Vernissage le jeudi 3 mai à 17h
 

C’est à partir du 25 avril 2007 que débute une série d’événements autour de l’artiste syrien Sabhan Adam. Le Musée du Mans inaugure cette nouvelle série d’expositions à la Collégiale Saint-Pierre la-Cour. Deux galeries parisiennes, puis l’Espace culturel André-Malraux (Kremlin-Bicêt re) , poursuivront l’hommage rendu à Sabhan Adam.


Ce sont de nouvelles créatures éprouvées que Sabhan Adam nous livre, tels des saints martyrisés aux doigts tordus de douleur. Ces « horribles splendeurs » remplissent un espace laissé vierge, parfois teinté de rouge sang ou de noir encore plus sombre que la nuit. Certaines figures se voient dotées de parures chatoyantes, provoquant le regard aussi sûrement que les distorsions anatomiques que l’artiste opère sur ses personnages, mi-bêtes mi-hommes.

 
 

sans titre, 2006, tech. mixtes, 180 x 160 cm , sans titre, 2006, tech. mixtes, 172 x 158 cm  © idées d?artistes

 

« Je n'aime pas le mot beauté » dit Sabhan Adam, comme si celle-ci ne devait pas être convulsive* ; comme si toute forme de gravité, de tourment, était aujourd'hui encore exclue de la quête esthétique. Artiste saturnien, c'est cependant dans la lignée de l'Espagnol Goya, de l'Autrichien Schiele ou de l'Américain Pollock que ce jeune peintre syrien dessine, depuis vingt-deux ans, des corps contraints et des visages marqués.


Tremblantes ou guillochées, les lignes qui les cernent et en animent les faces incarnent l'usure, l?épreuve. Les taches d'encre, les épaisseurs de peinture et les éclaboussures de couleur mises à contribution, pour auréoler ou voiler ces êtres, contribuent à l'élaboration d'étonnants portraits, simultanément horribles et splendides.


Toutes ces présences immobiles nous font front. Plantées au coeur d'un large plan de toile brute, laissée vierge par l'artiste, elles se dressent ou se redressent, narguant le néant qui les isole, flagrante incarnation du silence qui les accompagne. Il décuple la sensation de bouillonnement intérieur, évoquée par les biffures, les griffures, les impacts constituant, au fil des membres de ces gens, à la surface de leurs visages, la topographie de leur calvaire.

 

« Je suis comme une pièce sans fenêtres (?) Et comme mes personnages vivent dans cette pièce, ce sont des créatures sans oxygène ». Leur tête émerge d'un corps si statique et dense qu'il paraît plus minéral qu'organique. Fagotés dans un vêtement apparenté au linceul, à la camisole, seuls leurs yeux demeurent vifs. Nulle envolée, pas un galop envisageable ; ils sont irrémédiablement là ; réduits au silence mais pas à l'inconscience. Et imperturbablement ils fixent droit devant eux les badauds que nous sommes et qu'ils inquiètent, qu'ils accusent. Pour mieux signifier que ceux qu'il peint sont des victimes, l?artiste imagine parfois des dispositifs scéniques. Le corps du sujet est alors suspendu, empalé ou exposé, en tout cas offert en sacrifice. D'autres fois, Adam les dote d'un jouet, masque ou ballon, dont à l'évidence ils ont perdu l'usage depuis la Nuit des Temps.


Deux mains ou deux pieds arachnéens  parfois quatre, six  surgissent aux extrémités de l'étrange habit, comme si, eux aussi contraints, ils avaient longtemps lutté sans succès. Crochus comme seuls le sont ceux des cadavres découverts trop tard, leurs doigts n'en finissent pas de désigner la solitude des suppliciés.

sans titre, 2005, techniques mixtes, 263 x 157 cm — © idées d’artistes  

Dans certains de ces portraits, plus récents, l'habit lourd et tombant droit, dont l'être est paré, s'apparente davantage à la chasuble d'une figure du pouvoir. Absolument engoncée, cette dernière semble elle aussi dans l'incapacité d'effectuer un seul geste, de donner un ordre quelconque, de faire un moindre signe.

 

« Parfois il m'arrive d'arrêter de travailler, mais j'ai alors l'impression de ne plus vivre ». Adam dessine donc encore et dit toujours peindre des démons, lorsque la nuit tombe. Il parle du « froid qui traverse l'humanité toute entière » et cite Jésus s'écriant « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? ». Comme ceux que peignent le Britannique Bacon, le Français Rustin ou le Serbe Velickovic, les êtres d'Adam n'en finissent pas de répondre à Jésus que Dieu seul ne peut rien si les hommes n'en prennent pas le relais.


Françoise Monnin, février 2007.


* Pour André Breton, théoricien du mouvement surréaliste au début du XXe siècle, la beauté moderne ne peut être que convulsive.


Sources : Entretiens réalisés en 2003 et en 2004 par Diala Gemayel, journaliste pour le quotidien libanais L'Orient Le Jour ; et Sabhan Adam par Adonis et Diala Gemayel, Fragments éditions, 2005.

 
 voir aussi : les sites des galeries Idées d'artistes   et Meyer Le Bihan

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Published by Art Point France - dans Nord Ouest : expositions
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