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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 10:39
J-P Gavard-Perret

ARMEL JULLIEN : DU QUOTIDIEN
JEUX DE SURFACE


Exposition Armel JULLIEN, Musée Faure, Aix les Bains, Février-mars-avril 2007.
 
 

Les gens parlent rarement. Ils font du bruit avec les mots mais ne disent rien qui vaille. Les peintres aussi. Le poinçon de la nostalgie rend leur propos ou leurs images - qui les assujettissent à l'autre - à la soumission de quelque chose du passé sous le prétexte de se débarrasser de la part la plus inconnue d'eux-mêmes. Toutefois la peinture peut  "dire" parfois ce que les mots ne font pas. Elle avance pour retrouver la parole perdue, cernant de plusieurs côtés la perte, laissant le champ libre à tout ce qui pourrait advenir. C'est ce qu'offre le jeune peintre Armel Jullien. Renouant avec le figuratif et une forme particulière de "peinture réaliste" dans une perspective néo-postmoderne l'artiste joue des apparences et des impressions que celles-ci peuvent ouvrir. Il joue aussi avec les formes "apprises" du réel, les dogmes en vogue dans l'esthétique du temps et les opinions qu'on porte sur l'art sans soucis ni préoccupations de ce que la modernité réclame en ses canons. Il joue aussi avec l'apparence photographique qu'il décale à travers ses natures mortes ou ses scènes du quotidien afin qu'on le regarde plus précisément et avec des yeux écarquillés.



Toutefois la peinture d'Armel Jullien demande une attention particulière. Le risque est grand de passer à côté. Au sein de la figuration son travail pousse une porte non sur l'onirisme - comme on l'écrit trop souvent à propos du peintre - mais vers une vision "lynchéenne des choses". La représentation ouvre ici à une re-présentation. D'ailleurs sans cette dérive la peinture n'est rien qu'un décor. Or l'artiste nous plonge dans un univers à la fois ouvert et fermé qui traverse le temps chronologique de l'image photographique, celui de la prise ou de la pause. En conséquence, si la figuration fait loi, on est loin du réalisme. Et c'est bien là le piège nécessaire choisi par l'artiste pour nous confondre. De manière subtile Jullien nous laisse à la porte de notre questionnement sur "qui nous sommes" et "qui nous devenons". Bref  !  pour faire un peu brutal,  il nous laisse le soin de nous "démerder" avec nos images.



Le diable du réel est à nos trousses mais il est pris - comme est pris l'artiste - dans un univers formel à la recherche de l'algorithme du quotidien. Il nous fait sortir de nos maisons vers un rappel, un retour astucieux . Il montre le dehors,  on glisse dans le dedans de cette demeure intime. Face à une montée en puissance des nostalgies de l'ordre moral toujours prompt à sortir des réserves de la mémoire nos machines à censure, Armel Jullien, jamais orphelin des sources artistiques antérieures, marque une étape décisive dans sa manière de donner à voir avec audace mais sans la violente gratuité de l'évidence obscène. Sa stratégie est bien plus opérationnelle. Sa démarche au delà de la provocation ou d'une expression factice, projette une lumière crue sur des lieux qui s'affirment en leur dualité dans une liberté de l'imaginaire.



En ce sens, reprenant des règles anciennes, l'artiste impose une iconographie paradoxale de la modernité. Ne cherchant pas à faire du neuf pour du neuf, ne se contentant jamais d'exploiter une imagerie sur laquelle il pourrait s'appuyer, Armel Jullien développe un univers aussi mental que physique bien à lui. Nous sommes ainsi confronté à une oeuvre excitante propre à développer notre curiosité sur tout ce qui nous encastre généralement dans le monde du quotidien. Evitant d'un autre côté toute symbolique (cette commodité de la peinture) son travail nous fait redécouvrir le quotidien et à sa manière nous permet de rentrer dans l'origine du monde. Avec des couleurs et des arêtes souvent vives il nous amène à ne plus nous comporter comme des possédés du réel mais comme des propriétaires de nos lieux. Nous nous dirigeons dès lors un peu mieux, nous pouvons même vagabonder. La peinture joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sur et hors de la toile : un regard sur l'art contemporain de Jean-Paul Gavard-Perret

informations pratiques :

exposition Armel Jullien

Du 09 février au 07 avril 2007

Musée Faure
10, Boulevard des Côtés
73100 Aix-Les-Bains

Tel : 04 79 61 06 57
ouvert de 10:00 à 12:00  et de 13:30 à 18:00  les Dimanche, Lundi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi
 
voir aussi : le site de l'artiste, le site du Musée Faure

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Published by Art Point France - dans Sud Est : expositions
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