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26 juin 2005 7 26 /06 /juin /2005 00:00
1905-2005

Cent ans après : Sartre et Gide, l'héritage hérétique 

 

 "Ce que j'aime en ma folie , c'est qu'elle m'a protégé, du premier jour, contre les séductions de "l'élite" : jamais je ne me suis cru l'heureux propriétaire d'un "talent"     : ma seule affaire était de me sauver - rien dans les mains, rien dans les poches - par le travail et la foi.

Du coup ma pure option ne m'élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage , je me suis mis tout entier à l'oeuvre pour me sauver tout entier."

Le salut par le travail et la foi... et l'oeuvre à faire. Supprimez Dieu et il reste la morale d'un homme "fait de tous les hommes", etc, et qui pourtant répond aux catégories fondatrices du protestantisme. Le salut par le travail et par la foi... et l'oeuvre à faire. C'est ainsi que se termine Les mots de Jean-Paul Sartre.

Et Gide encore : "On a écrit et dit bien des sottises contre l'individualisme, pour n'avoir pas compris ou voulu reconnaître que le triomphe de l'individu est dans le mot divin de l'Evangile : Qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui la donnera la rendra vraiment vivante."

Don de soi et renoncement à sa vie,

Triomphe de l'individu, etc.

Qu'ont en commun ces deux hommes, si ce n'est le fait d'être connus et reconnus comme écrivains français du XXème siècle. Eh bien, ce sont des solitaires qui ont hérité d'un certain rapport à la vie, à l'oeuvre et au(x) livre(s), minoritaire selon nous évidemment.

Esprits protestataires, à défaut d'être protestants, Sartre et Gide sont l'expression , malgré eux peut-être, d'une minorité française vieille de plusieurs siècles et de sa vision de la vie, l'oeuvre, les livres.

Résumons donc.

1)  La vie a une valeur en soi et se doit d'être respectée pour elle même. La vie en général ne doit pas être instrumentalisée. Elle est sa propre fin.

2) L'oeuvre a un  sens salvateur, car elle est le résultat du travail qui vise à un dépassement de soi.

3) Les livres sont le symbole de la vie de l'esprit. Et donc de la liberté.

Irréductibles hérétiques!

Libres, individualistes, mais tournés vers le monde.

Tels nous apparaissent à l'aurore de ce XXIème siècle les fantômes de Jean-Paul Sartre et de André Gide.

 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

copyright Art Point France

 
voir aussi : le site personnel de Pierre Givodan
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