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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 07:29

Oeuvres de ces dix dernières années

du 7 octobre au 26 novembre 2006

 

CRIDART - Amnéville-les-Thermes

 
 

CRID’ART,  à Amnéville-les-Thermes, près de Metz, propose une exposition d'un ensemble de 80 oeuvres d' Antonio Segui réalisées ces 10 dernières années.

 
"Seguí dessine, des petits personnages sautillants, cernés par une ligne claire et ferme, inspirée par les contours de silhouettes qu’il découpe parfois dans des planchettes de bois. Tous ces êtres sont en marche, visiblement pressés, assurément sans but. "


On a tendence à réduire trop vite l'univers de Segui à une allégorie d'un monde moderne ,  dont il faudrait dénoncer la vacuité , la part d'absurde. Or il faut aussi savoir accorder un peu de tendresse à ses urbains qui sont de beaux acteurs de leur vie . Il faut prendre le temps de s'amuser avec l'artiste de nos comportements sur fond de ville. Une ville  qui grouille d'activités, d'informations mais dont les immeubles, le mobilier, les arbres, sont le plus souvent réduits à la taille de jouets dans ses toiles, ses gravures. Les personnages qui habitent ses cités ne sont pas "petits". Le premier regard est trompeur.  Tout en jambes, ils dépassent pour la plupart le toit des immeubles.

Isolé, le chapeau vissé sur la tête et marchant à grand pas,   en foule grouillante, l'homme de Segui  conjure la mort à tous les carrefours. Il prend son existence au sérieux. Plein de vitalité, il cache dessous les costumes qui l'habille de solitude une part de rêve.

 

Françoise Monnin, historienne et critique d'art a rencontré l'artiste dans son atelier à Arcueil en mai 2006, elle nous rapporte ses propos :

"Actuellement, il achève un nouvel ensemble de toiles, dont la composition est construite en larges bandes, ici, multicolores, là, sombres. « Le soleil ne sort pas pour tout le monde », tel est le thème, inspiré par un vieux film de Vittorio de Sica, Miracle à Milan, revu récemment ; un film dévoré une première fois durant l’adolescence, et jamais revu depuis.


Tout souvenir est enfance « L’essentiel de ma peinture jaillit automatiquement, de mon enfance. Je fais ce que je peux. Sans intention d’être un peintre argentin, ni même sud-américain. L’Argentine ? Je dis toujours que j’y retournerai quand je serai grand ; quand j’arrêterai de fumer… En attendant, j’y
passe pas mal de temps. Je n’ai pas pu couper mes racines». Plus que tout autre lieu, les borsalinos des hommes et les décolletés des femmes qui peuplent les toiles évoquent la ville de Córdoba, à cinquante kilomètres de laquelle l’artiste, chaque année, séjourne, dans la demeure de sa grandmère.


Villas centenaires, chiens sans colliers, baignades estivales, danseurs de tangos, bien sûr... « Córdoba était, quand j’étais enfant, une cité vieille, belle, coloniale. C’était avant la construction, dans les années cinquante, de tous ces buildings qui l’ont rendu horrible ». Peindre, c’est souvent sublimer la nostalgie. Les personnages mis en scène en sont pourvus. Quasiment invisibles, fondus dans l’immensité de la planète, ils n’en dissimulent pas moins sous leurs apparences polies une palpitation réelle, pareille à celle des éléments d’architecture parfois insérés dans les compositions : des grandes maisons sages, à volets clos mais cheminées fumantes.  Domestiqués, nous demeurons vibrants, comme en témoignent les codes graphiques signifiant le mouvement, constitués de quelques virgules, dont l’artiste rehausse les angles des corps qu’il dessine. Emprunts aux univers de la bande dessinée, de la caricature ou du dessin animé, ces lignes signifient que s’il y a errance, il n’y a pas moins énergie. Quand bien même l’automatisme ait remplacé l’espoir.


Être discret ne signifie pas ne pas fonctionner, respirer, voir, préserver, tout au fond de soi, une part de rêve. Ainsi raisonne l’artiste depuis 1992, date à laquelle il a posé ses valises dans une grande et belle maison ancienne de la banlieue Sud de Paris. Une façade claire et silencieuse, derrière laquelle il a entreposé les collections d’art africain et précolombien qu’il constitue depuis cinquante ans. Incroyable musée ! Contrepoison à la sensation de stérilité engendrée par l’Occident… Chacun de ces objets, en effet, intemporel, fait preuve d’une présence troublante. D’un bouillonnant silence. Installés en groupes dans toute la maison, disposés en fonction de leurs proximités d’origines géographiques et d’allures, ils constituent des foules dont « l’inquiétante étrangeté », aurait dit le psychanalyste Freud, est renforcée par la multiplication et par la juxtaposition des ressemblances. Un phénomène identique se manifeste dans la construction des toiles récentes.

Figures du vertige Plus fourmis que jamais, les personnages envahissent, aujourd’hui, tout l’espace de la toile, le parsemant tel un semis, hypnotique et cinétique. Figures, ce sont surtout des signes, dont la multiplication provoque un effet hallucinogène. Tout est ici d’autant plus relatif que tout est visiblement infini. Dans ces oeuvres, il n’y a plus de plus court chemin, plus de perspective, rien que de la dérive. La foule mouchette le néant, dans une logique apparentée à celle du « all-over » pratiqué par le peintre américain Pollock il y a un demisiècle, ou par le minimaliste français Viallat voilà trente ans. Il s’agit d’une forme d’écriture automatique destinée à conjurer l’absence, à partir de lettres d’un curieux alphabet, constitué ici de petits hommes, de petites chaises, de petites maisons ou encore de petits chiens ; d’un petit monde quasiment vu d’avion, ou du moins d’une fenêtre haute. Aucune lettre n’est reliée à sa voisine. Calligraphie de la solitude et de la déambulation, incarnation de l’existence « dans le calme et l’incommunication », l’ensemble provoque un vertige que seul tempère l’allure ludique des êtres dessinés.


« Je ne peux pas m’empêcher de faire un clin d’oeil », conclut Seguí. Comme pour s’excuser de donner de notre monde une vision désespérée, il s’applique en effet, plus que jamais, à ne pas faire
des humains des héros. Mais des acteurs, des clowns, tout au plus. La divine comédie est terminée depuis longtemps, mais la comédie humaine n’en finit pas d’être rejouée. Si le percevoir peut nous éprouver, lorsque Seguí le sublime, cela nous donne envie de sautiller. Encore et encore. "

 

Informations pratiques :


Horaires : tous les jours de 13h30 à 19h
Entrée adultes : 5 euros
Entrée gratuite pour les enfants et les étudiants
CRID’ART - Centre Thermal - 57 360 Amnéville-les-Thermes
 E-mail : cridart@cridart.com

 

voir aussi : notre dossier Antonio Segui, le site personnel de l'artiste, le site de cridart

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Published by Art Point France - dans Nord Est : expositions
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