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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 20:03

 

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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

peinture



 

Carole Benzaken. "Parce que".

Carole Benzaken aime les images. Elle les collectionne, les thésaurise. Ce qu’elle veut produire avec ses toiles, ce ne sont pas d’autres images, c’est de la peinture. L'ensemble d’oeuvres  exposées à saint-Restitut concerne  quinze  années de travail. Les pièces les plus anciennes appartiennent à la série des Diana’s Funeral . Elles ont été  réalisées à partir de photos « volées » à la télévision lors de la retransmission de l’événement. A l'acrylique sur grand format ou au pastel sur papier, elles sont animées de séquences qui suivent une courbe sinusoïdale. Elles créent une scène qui s'anime dans toute sa force dramatique comme cela pourrait l'être au cinéma .


La suite des « tulipes » qui fait écho à une très belle réalisation de vitraux dans l’église de Varenne Jarcy en région parisienne occupe ici la chambre du curé. La salle est petite et permet de  s'attarder sur l'histoire de la rencontre de Carole Benzaken et de Joan Mitchell. Voici quelques années, la jeune artiste a obtenu une bourse pour séjourner six mois aux États-Unis. Elle y est restée sept ans. Un jour qu’elle se trouvait dans l’ atelier de Joan Mitchell, la très grande dame de la peinture abstraite, une autre dame réclamait des explications sur le travail de Carole qu’elle percevait comme académique et conventionnel. « Montre-lui » lui propose Joann. Carole prend des pastels et dessine quelques tulipes. Joan prend à son tour les couleurs et dessine plusieurs lignes dans la partie haute de la feuille restée blanche. « Voilà ! » s'exclame-elle.


A côté de ce dessin à quatre mains, petite déclaration en faveur du langage pictural, se tiennent touche-touche deux huiles carrées de Carole Benzaken dédiées à Joan. Elles représentent aussi des tulipes. Mais bientôt on ne voit plus le sujet. On sent seulement les infimes vibrations qui oscillent imperceptibles entre les teintes. Une subtile augmentation de la couleur par une douce excitation. Et l'on renonce à comprendre, on reçoit ce moment de grâce comme un cadeau.


Si vous suivez Annie Delay, l'hôtesse de la Maison de la cure, elle vous conduira ensuite dans la plus grande salle consacrée aux dernières oeuvres de 2008/2009.   (Lost)Paradise est une série inspirée d’un prospectus piétiné qui vantait en image une île paradisiaque. Ce lieu existe Carole l'a rencontré au Bénin. Mais elle sait aussi que c'est du port de Ouidah que  partaient les esclaves africains. Il ne plane aucune ombre sur l'image idyllique de la plage bordée de palmiers. Pourtant la réalité de l'endroit n'est pas telle que nous la renvoie la première photo venue. Le peintre  pour restituer l'âme d'un  lieu qui contient aussi sa mémoire  fait  du « Villeglé à l’envers » . Elle ajoute un réseau de taches blanches sur la représentation colorée des sites paradisiaques. Trois petites vidéos silencieuses et poétiques  montrent un homme qui marche sur le sable. Elles complètent avec bonheur la présentation.


Pour la poursuite de la visite, il faut sortir de la galerie et pénétrer dans les caves.  On y voit des dessins en noir et blanc spécialement créés pour l'exposition :  les trois "F", entendez les fleurs, les feuilles, les fruits. Ils appartiennent à  une installation  sur le thème de l’Ecclésiaste. La détermination de Carole Benzaken est grande. La jeune femme  semble déclarer à ce stade de son parcours son refus de la futilité de toute action. Son art tend vers une éthique. Le beau n'est pas donné, il est à construire et est  inséparable du bien.


Cette exposition s’inscrit dans le programme « Pourquoi Pas la Peinture ?» qui regroupe Lithos, le Château des Adhémars, Angle Art contemporain, la Galerie Eric Linard et Art 3 à Valence dans un parcours Drômois. Carole Benzaken y répond par un "Parce que" têtu et éloquent. Elle participe également à l’exposition présentée actuellement à Beaubourg « elles@pompidou», artistes femmes dans la collection du Centre Pompidou.


Catherine Plassart









"Diana's Funeral VII"2000. acryl/canvas 70 x 80 inches






"Joan"1992. acryl/canvas 15,7 x 31,5 inches





"(Lost) Paradise I" 2008 acryl., oil / Canvas 80 x 150 cm







"Ecclésiaste 7:24 (C)"2007 pencil, ink / tracing paper included in a lightening box. 81,5x160x12 cm




Originaire de Grenoble, Carole Benzaken est élève de Cueco à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Grâce à une bourse, elle part à Los Angelès pour 6 mois et y reste 7 ans. Elle fait le choix de la peinture alors que la mode est aux installations et à la montée en puissance de la photographie plasticienne. Elle ne se contente pas d’un seul médium pourtant. Elle dessine, photographie et filme . Elle obtient ainsi l'important Prix Marcel Duchamp en 2004. décerné chaque année à l’occasion de la FIAC.






"Travelling 1"  2004 Acryl.  , oil / canvas 210 x 290 cm




Informations pratiques :


Carole Benzaken

jusqu'au 31 août 2009

Centre d’art contemporain
Maison de la Cure
3 Passage de la Cure
26130 Saint Restitut
Drôme provençale


Tel : 04 75 01 02 91 
mail : lithos@wanadoo.fr

Ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le lundi et sur rendez- vous
Entrée libre et visites commentées

Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 



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Published by Art Point France - dans Liber amoris
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