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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 09:05


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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

livres, archives et bibliothèques



Jean Le Gac




Relectures.
Jean Le Gac, on s'en souvient, a ouvert dans les années 1970,  avec le mouvement du Narrative Art,  un nouveau chapitre de l’histoire de la peinture. Puis plus tard un autre encore, dans lequel le Peintre sera le héros d’un roman dont les toiles sont le décor. Joueur comme pas deux, le "peintre/sujet" se promène dans sa propre oeuvre depuis bien longtemps. Celle-ci est bavarde,  jubilatoire  et contient sa dose d'humour.


Depuis 2002, entre fiction et confession, Jean Le Gac  nous fait  entrer dans ses bibliothèques.  Il peint et dessine des livres plus grands que nature. Toujours présentés sur la tranche comme dans un rayonnage, ils ont été lus et relus. Leur dos sont plus ou moins cassés, leurs couvertures plus ou moins savetées et écornées.  On repère des ouvrages de la littérature, "En lisant, en écrivant"  de Julien Gracq , des inventions, "Les Adieux "de Mac Gac, les éditeurs préférés du peintre,  Minuit, Bourgois, Le Masque... Si les livres ainsi présentés renvoient à une réalité, celle des librairies, des bibliothèques privées ou publiques, en arrière-plan, les illustrations surdimensionnées,  quant à elles, nous emportent dans l'imaginaire romanesque de l'artiste. On partage  les premières émotions  enthousiastes d'un jeune  lecteur découvrant les récits merveilleux d'aventures improbables,  plus vraies pourtant que la réalité de son environnement.



Car les bibliothèques de ce "peintre de roman" déroulent en toute simplicité l'histoire d'un apprentissage. Elles montrent le parcours d'un lecteur. Il naît à la littérature en se gavant des aventures de héros de papier qui triomphent d'une multitude d'épreuves, d'une foule d'obstacles. Il va grandir au péril des textes y découvrir des valeurs, des  horizons nouveaux. Les événements fictifs contenus dans les chers ouvrages ont une portée symbolique. La lecture est un rite. La maturité venue,  le peintre grâce au jeu du double, remplit lui-même le rôle du passeur. L'oeuvre plastique devient récit initiatique.


« Bientôt des noms ici ne diront plus rien. L’art fait ainsi, beaucoup de vagues pour un peu d’écume vite bue par le sable ».


Les Bibliothèques sont  ainsi également, une tentative de sauvegarder non seulement la mémoire des auteurs, des titres, de la fonction  remplie par les livres dans une existence mais plus particulièrement encore, la manifestation du désir de partager l'expérience d'un lecteur heureux. Le bonheur dont on parle n'est pas un contentement béat, mais un état complexe qui retient des pluies d'enchantements, de délectations et se souvient des flaques d'angoisse semées par le doute. A l'instar de Rimbaud qui se demandait  si la vraie vie n'était  pas ailleurs, Jean Le Gac  nous confie  l'expression de sa perplexité  dans "Enterré vivant". Sur cette grande image, on voit la tête aux yeux écarquillés et inquiets, d'un homme enseveli au centre d'un paysage désert et sans nom. Derrière lui la silhouette d'un enfant à l'inverse "tout en jambes" (affaire de cadrage), devant lui mais sur un autre plan, des livres géants,  enfin une légende très "B.D." :    "- On m'enterra jusqu'au cou". La mobilité du corps est perdue, mais l'homme est libre de rêver, de désirer. Son regard est dirigé vers le livre estampillé d'un magnifique phare, métaphore lumineuse de ce qui balise les côtes, guide et protège le navigateur. 



«La Grande bibliothèque» de Jean Le Gac dans son déploiement est à l'image de la vie, pleine de possibles et d'inachevé.  Chaque livre qu'elle offre est une haute tour qui débordent des d'images d'une mythologie moderne. L'artiste affabulateur et malicieux glisse du quotidien à l'insolite, du réel à l'illusoire. Dans son espace-temps les signes et les souvenirs  des différentes périodes se mêlent, travaillent ensemble et s'enchantent.   Le talent du peintre autorise la transmission sur grand écran du bonheur impalpable qui l'habille et l'habite auquel s'ajoute un soupçon d'inquiétude existentielle. 



"Relectures" présente durant l'été au Domaine du Dourven à Loquémeau, la série d'immenses dessins formant «La Grande bibliothèque». Le titre de l'exposition dédiée selon Jean Le Gac, à cette cause perdue qu'est pour lui le dessin d'imitation  peut être compris comme un principe, une méthode et une déclaration de l'artiste. Lire est insuffisant. Relire, c'est s'abandonner au plaisir de la littérature, confirmer ses choix, développer et approfondir sa connaissance. Mais, relire pour le peintre, c'est déjà réécrire, c'est à dire transposer, renouveler, focaliser, dilater ou prolonger. «La Grande bibliothèque» de Jean Le Gac est une allégorie de la création rendue possible par le processus de "relectures" et dont la génèse est dans les images que l'on se forme enfant.
Catherine Plassart




Jean Le Gac




«La Grande bibliothèque» a été présentée pour la première fois en 2007 lors d’une exposition à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine de Caen (IMEC). Dans le catalogue de l’exposition Jean Le Gac décrit ainsi cette série :


« Moi, PEINTRE, vacciné de longue date, ce serait drôle qu’après tous les avatars survenus dans le monde de l’art, et suivant ma première impulsion, j’en sois encore à défendre une cause perdue : le dessin. L’avouerai-je, c’est au dessin d’imitation que je pense plus qu’au dessin d’artiste, qu’au griffonnage, gribouillage, gribouillis. Dans le dessin d’imitation j’aime la maîtrise, l’oubli de soi et du style, la concentration qu’il exige, qui dirigent tout mon corps vers ma main. Sans doute dans cette préférence entre le souvenir de mon vieux titre de professeur de dessin, qui me force à aimer ce qui fut : le voir avec la main. […] J’irai même jusqu’à dire que je ne suis pas peintre. J’ai abandonné définitivement cette idée il y a très longtemps. J'assume un personnage : le « peintre ». Je fais des œuvres pour lui. Je suis sa petite main, rien de plus. Aussi je peux, comme ces derniers temps, pour en rester à notre sujet, dessiner des bibliothèques géantes avec l’intention de cacher sur les rayons un polar, Le peintre a disparu. Entre nous, il n’y a rien dans ce livre au-delà d’un titre de la collection « Le Masque ». Je ne l’ai pas choisi pour son contenu ».



Jean Le Gac



photos : (1) La grande bibliothèque 1, 2006, 350x420cm. Dessin, fusain, mine de plomb sur papier. © Jean Le Gac (2) La grande bibliothèque 6 (avec enterré vivant), 2007, 330x630 cm. Dessin, fusain, mine de plomb sur papier. © Jean Le Gac (3) La grande Bibliothèque 5, 2007, Fusain, mine de plomb et aquarelle sur papier, 316 x 412 cm, © Jean Le Gac © photographe Agnès Le Gac-Arinto



EXPOSITIONS

"Relectures"
La Grande Bibliothèque de Jean Le Gac
du 4 juillet au 4 novembre 2009
au
Domaine du Dourven 
22300 Trédrez-Locquémeau
galeriedudourven@oddc22.com
02 96 35 21 42
www.oddc22.com

ouvert du 4 juillet au 30 août tous les jours sauf le lundi, de 15h à 19h
ensuite les samedis, dimanches et jours fériés de 15h à 19h

et

L’effraction douce de Jean Le Gac
Contrepoints contemporains à l’exposition Picasso-Cézanne

Jean Le GacExposition du 2 mai au 26 juillet 2009
Musée des Tapisseries
28, Place des Martyrs de la Résistance
13100 AIX EN PROVENCE
Tel : 04 42 23 09 91 

ouvert tous les jours de 10h à 18h, fermé le mardi

En contrepoint à l’exposition Picasso du Musée Granet, Jean Le Gac  porte un regard sur les œuvres du maître. L’exposition est construite autour de la nouvelle série des « Demoiselles d’Avignon » qui comprend une douzaine d’œuvres, et la prolongeant par une série inédite de « Natures Mortes ». Vingt et une œuvres dont certaines de très grand format, face à face avec les tapisseries des 17ème et 18ème siècles. « Dans la peinture de Jean Le Gac, il y a quelque chose de fondamentalement archéologique : lui comme moi, nous sommes des chiffonniers du passé.» Laurent Olivier


voir aussi : notre fiche bio-bibliographique Jean Le Gac 




 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 

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Published by Art Point France - dans Liber amoris
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