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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 07:14


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 LES DOSSIERS DE L'ÉTÉ 2009

livres, archives et bibliothèques





"Petits théâtres de la mémoire"
Les boites de Marc Giai-Miniet

du 22 juin au 20 septembre 2009

Archives Départementales de la Charente-Maritime (17)




"L'Atelier du gouverneur" 4 x 77 x 122 cm

Boites et Archives.

Gardiens de la mémoire, les services d’ Archives collectent et conservent des documents, sources de l’histoire des hommes et des sociétés. Ils contribuent également à les faire connaître en organisant leur consultation en salle de lecture, en accueillant des scolaires, en les présentant dans des expositions et des publications ou lors de conférences. Marc Giai-Miniet dont les « boites » sont des « théâtres de mémoire » offre une vision spectaculaire du monde des archives, et joue lui aussi un rôle de « passeur »  de mémoire. Après les Archives départementales du Rhône et les Archives départementales des Yvelines en 2008, les Archives départementales de la Charente-Maritime reçoivent durant l'été 2009 à La Rochelle, les oeuvres de Marc Giai-Miniet. 

Les « boites » de Giai-Miniet sont des montages dans lesquels les immeubles sont montrés en coupe. On peut voir la superposition des étages, les intérieurs de pièces qui conservent la trace des activités réelles ou fantasmées « de chef, de préfet ou de gouverneur... » mais aussi celles anciennes et quotidiennes des travailleurs de l'ombre. Laboratoires, salles de stockage, d'attente ou d'interrogatoires, cellules, escaliers, coursives, fours, égouts… , les espaces inhabités de Giai-Miniet sont publics. De la cave au grenier, la lumière augmente. Faible et étirée en bas, elle inonde le dernier étage occupé le plus souvent par la bibliothèque. Cette dernière profuse et encombrée comporte autant de dépôts d'archives que de livres.

 

Giai-Miniet (1946 -) se fait emboîteur dans les années 1992-93. Il figure d'abord dans ses théâtres des personnages qui bientôt disparaissent au profit de livres et de bibliothèques entières.  "Je comprenais que les livres brûlés, ainsi figurés, étaient la métaphore douloureuse de la vie des hommes, à la fois esprit et matière et voués inexorablement à leur destin. Car non seulement les livres peuvent être brûlés mais parfois aussi, par la connaissance transmise, ils nous "brûlent", nous métamorphosent, nous accompagnent ou nous égarent… dans une vision devenue "existentiale".

Pas d'exaltation de la bibliothèque, pas de panégyrique du livre  non plus mais une interrogation angoissée sur le sens de l'existence humaine à travers la valeur symbolique des ouvrages de l'esprit et leur accumulation.  Prenant au pied de la lettre l'expression "c'est une mine" qui qualifie des lieux de ressources, Giai-Minet monte  une "boite" La Mine (photo ci-contre) remplie de rayonnages et d'échelles devant lesquels sont stationnés des wagonnets et posés des échafaudages. Le télescopage dans cette oeuvre de deux univers antagonistes, la bibliothèque et le fond de la mine,  annonce le "ballet du décervelage", en mettant en scène le cheminement "de la blancheur des livres aux noirs égouts", "un va-et-vient constant entre les deux pôles majeurs de l'Homme : la bestialité et la transcendance, la fragilité humaine et la divinité inaccessible."

Giai-Minet a-t-il lu Le Mineur de Natsume Sôseki, ce roman qui n'en est pas un,  écrit en 1907 ? L'écrivain japonais  met en scène un jeune homme qui n'a commis aucun crime mais qui pourtant estime ne plus avoir sa place dans la société et devoir se retirer du monde.  La parenté entre l'auteur et l'artiste ne tient pas seulement au sujet mais aussi à  la philosophie qu'il soutend. Quand Sôseki décrit la  non-existence du "moi" d'un jeune homme qui par la vie de la mine va connaître la déchéance rédemptrice, Giai-Minet interroge la pensée, sa faible cohérence, ses servitudes mais aussi ses élans, et ses bonheurs.

Fragilité du progrès en tout, les "gouffres péremptoires" s'opposent à "la vision de bonheurs possibles". Puits de connaissance et puits de mine , sources et ressources, parallèles et paradoxes, l'artiste joue avec gravité. Ici, le superflu et le nécessaire, le futile et le fondamental  ont un fond commun, sont  contenus dans une même forme, non pas la "boite", celle-ci n'est qu'un théâtre, mais l'esprit sans intrigue qui se cherche et qui se trouve.

Catherine Plassart




photos : (1) Boite dite Au grand tamis 125 x 122 x 18 cm (2) Embarcadère au ciel étoilé 60 x 60 x 15 cm (3) Boite dite à l'embarcadère 120 x 120 x 11 cm (4) Un endroit très propre 60 x 32,5 x 32 ,5 cm




Informations pratiques :

Archives Départementales de la Charente-Maritime
35 rue François-de-Vaux-de-Foletier
17000 La Rochelle


entrée libre du lundi au vendredi de 9h à 17h 30




 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les dossiers de l'été 2009

 


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Published by Art Point France - dans Liber amoris
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