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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 10:37

Alexandre Loye et Yves Berger. 

 

eds  art&fiction 2006

 
 

Parfois c'est en pelant des patates que ça m'apparaît: quelques éléments essentiels d'une image possible. Je me dis : «ça serait marrant de pouvoir faire ça»

 

Dans sa version nouvelle, entièrement fabriquée par art&fiction et l'atelier de reliure contemporaine de Sofi Eicher, la collection Shushlarry accueille pour son premier numéro 2006 les peintres Alexandre Loye et Yves Berger. Ils ont écrit ensemble ce livre, l'un de son quartier lausannois, aux inquiétantes mutations, l'autre de sa campagne haut-savoyarde où, certains matins, avant de dessiner, il aide un peu son voisin Louis à nettoyer l'étable...


Des lettres échangées en faisant face, « dans la solitude, à la difficulté de poser deux taches de couleur ensemble ».

Alexandre Loye, né en 1972 en Valais. Vit à Lausanne.

Yves Berger, né en 1976 en Haute-Savoie. Vit à Mieussy.

Alexandre Loye et Yves Berger. L'araignée jaune. art&fiction, 2006, 63 pp. voir l'ouvrage

 

Lu au sujet de l'ouvrage , le bel article de Elizabeth Vust

sur le site  suisse cultureactif

 

"ls sont nés dans les années septante, ils sont peintres et s'envoient de ces lettres qui n'existent presque plus, qui arrivent par la poste. Alexandre Loye habite à Lausanne, Yves Berger à Mieussy (Haute-Savoie). Il y a quelques années, agacés devant des questions telles que " la place de la peinture dans l'art contemporain " ou " qu'est-ce que la peinture ?", tous deux ont commencé à écrire une sorte de manifeste. Ainsi naquit Notre désir de sens, texte charnière, malgré sa brièveté, de L'araignée jaune.

Discrètement placé sous les auspices de Deleuze et Guattari (qui ont écrit L'Anti-Œdipe à deux), L'araignée jaune parle (aussi) de peinture, mais n'est pas un livre sur la peinture ; et s'il est écrit par deux personnes, il en accueille bien plus sous sa couverture, puisque chacun des auteurs est " plusieurs " et a des pensées pour plusieurs autres. L'artiste est comme une éponge, il absorbe le monde extérieur et le restitue, le représente par des détails. Bien peindre, bien écrire, c'est bien regarder. " Les montagnes, les arbres, les champs s'offrent à être dessinés. " Me vois-tu ? " demandent-ils. "

 

" Faire pousser de la peinture, c'est comme faire pousser des salades. Sauf que la peinture a la prétention de durer, de nourrir l'esprit à travers le temps… J'admire l'humilité de celui qui fait pousser des salades, j'essaie de lui ressembler ", notent les auteurs qui dialoguent en brouillant les pistes du " je " : leurs voix se mêlent, se confondent en une seule - celle du livre -, portée par la rumeur des jours qui passent en laissant des empreintes sur le papier. Il y a de la fatigue - " celle qui vient quand j'ai pataugé trop longtemps dans la boue qui s'est formée dans l'attente d'une image ", Il y a de la douleur (qui empêche de voir la beauté), du plaisir et beaucoup de désir, en tout cas assez pour continuer " cette exploration [qui] nous met hors de nous ", assez pour atteindre cet horizon où la peinture et le réel se rejoignent.

 

Des regards se posent, des rencontres se font, des formes se créent. Les saisons imposent leur rythme et le peintre fait naître la végétation sur sa toile. On consulte Bonnard et Cézanne pour les couleurs ; on accueille des amis pour l'apéritif. Dans L'araignée jaune, le temps file, les paysages défilent, la nature change, la ville se transforme. Ici, les fleurs s'en vont " par croissants " ; là, une maison promise à la démolition se vide. Une ampoule formée sur le doigt de l'un lui rappelle où il en est ; un singe en peluche commence une seconde vie dans un parc public ; un orchestre transporte les danseurs au bout de la nuit. Et " une petite araignée jaune clair marche sur l'aire bitumée du quai n°5 " ; on s'arrête pour l'observer.

 

Alexandre Loye et Yves Berger s'interrogent sur l'art d'habiter le monde dans ce recueil, qui s'il était un traité serait un traité de résistance, aux besoins de certitudes, aux idées flatteuses, sucrées, et à la dictature de l'économie, qui fait des ravages partout, dans nos esprits, nos plates-bandes, nos bibliothèques, nos musées. "

 

voir aussi  : le catalogue des éditions art&fiction (diffusion Art Point France)

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Published by Art Point France - dans Liber amoris
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