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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 09:19

La Feuillée


Edito : Charge et décharge.

Au coeur de chaque cité, de chaque capitale, une Cour des miracles : des individus désintégrés, déracinés, en détresse, sans défense, menacés, engloutis, hommes et femmes du bitume, parias méprisés ployant sous des charges présumées. Pierre Jouve a obtenu de la Préfecture de Police de Paris, l'autorisation exceptionnelle accordée à un artiste de photographier au quotidien, la dramatique réalité des suspects, des proscrits. Une trace du Paris cruel, des années 2006-2007. Mais aussi des faits de toujours, des faits pour les siècles des siècles si l'on regarde la peinture de Ronan Barrot.

Dans la proximité des villes, existent des décharges, ventres insatiables et digestifs du surplus, des rebuts. Et dans ces dunes de débris et de déjections, ces déploiements d'ordures, partout à travers le monde, depuis des décennies, vit une population de miséreux. Goûts contre dégoûts, hygiénophobie contre scandaleuses puanteurs, les incinérateurs se multiplient. La pauvre économie tenace de la survie sur fond de détritus est éradiquée, elle ne coïncide pas avec les modèles de civilisation de l'élite.

Attention, danger ! Vik Muniz nous avertit. Une décharge qui ferme c'est 4000 personnes privées de leur moyens de subsistance. Il faut du courage pour se faire le défenseur de ces chiffonniers du XXIème siècle et de leurs territoires. A moins que le pragmatisme ne guide une opinion selon laquelle hommes, femmes et enfants des déchets, privés de leur "décharge" sont conduits vers l'égout. Celui "d'où s'échappe chaque matin, et où revient croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage toujours débordé dans les rues des capitales" (V. Hugo).

Des artistes plongent leur regard dans ces cloaques que nous ne souhaitons pas voir vraiment. Depuis quinze ans, Leonardo Drew s'en est inspiré pour des installations et des sculptures métaphoriques sur la nature cyclique de l'existence. Ses œuvres construites à partir de détritus sont chargées d'émotion et décrivent un chemin vers l'éveil et les nouveaux commencements. Il est urgent d'ouvrir les yeux et d'appliquer un nouveau manifeste pour la dignité humaine.

Si cela ne vous concerne pas, rendez-vous à La Force de l'art, au Grand Palais, le monde y est représenté dans sa forme, la plus lunaire, immaculée, aseptisée. La version artistique 2009 de la politique clinique qui tient les microbes et la saleté à distance.

Catherine Plassart


(1) Vik Muniz, (2) Leonardo Drew , (3) Pierre Jouve, (4) Ronan Barrot


voir aussi  : La Feuillée du 20 avril 2009

 Catherine Plassart 

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

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