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5 mars 2006 7 05 /03 /mars /2006 09:26

Edito

La Feuillée mars 2006

 

L'imaginaire à la verticale

Alors que je pensais au livre... Avez-vous remarqué comme celui-ci résiste à toutes les agressions ? Même dévoyé par les marchands en qualité de produit commercial , il demeure le lieu de multiples représentations.

Alors que je pensais au livre comme à une forme fondamentale dédiée à l'imaginaire - l'idée avait surgi de manière inattendue -, j'en appelai à Gaston Bachelard. J'ai ouvert au hasard « La Terre et les rêveries du repos » cherchant l'oracle. Voici ce que pour mon plus grand bonheur, j'ai lu :

"Nous croyons précisément qu'il y a des objets qui ont des forces d'intégration , des objets qui nous servent à intégrer des images. A nos yeux l'arbre est un objet intégrant. Il est normalement une œuvre d'art. Aussi quand nous parvenions à donner au psychisme aérien de l'arbre le souci complémentaire des racines, une vie nouvelle animait le rêveur ; le vers donnait une strophe, la strophe donnait un poème. Une des plus grandes verticales de la vie imaginaire de l'homme recevait toute la portée de son dynamisme inducteur. L'imagination saisissant alors toutes les forces de la vie végétale. Vivre comme un arbre ! Quel accroissement ! Quelle profondeur ! Quelle rectitude ! Quelle vérité ! Aussitôt en nous, nous sentons les racines travailler, nous sentons que le passé n'est pas mort, que nous avons quelque chose à faire aujourd'hui, dans notre vie obscure, dans notre vie souterraine, dans notre vie solitaire, dans notre vie aérienne. L'arbre est partout à la fois. La vieille racine _ dans l'imagination il n'y a pas de jeunes racines _ va produire une fleur. L'imagination est un arbre. Elle a les vertus intégrantes de l'arbre. Elle est racine et ramure. Elle vit entre terre et ciel. Elle vit dans la terre et dans le vent. L'arbre imaginé est insensiblement l'arbre cosmologique, l'arbre qui résume un univers, qui fait un univers." Chaque phrase d'un texte de Bachelard pourrait constituer le prétexte à un commentaire ou une exégèse. Il contient des vérités et des images à foison.

Mais, aujourd'hui, je ne discute pas, je n'exploite pas non plus le propos de Bachelard Je me soumets au pouvoir évocateur des mots dans leur suite limpide comme dans le désordre du souvenir. Je les découvre, ils se dérobent, je les cherche, et je les retrouve encore. Et si, là, tout de suite, je veux me représenter un livre, je pense à l'arbre de Bachelard - Quel accroissement! Quelle profondeur ! Quelle rectitude ! Quelle vérité ! -. Il est nécessairement ouvert et tenu vertical dans le creux d'une main, sur l'appui d'un bras.

Catherine Plassart

 

 voir aussi : La Feuillée du mois de mars 2006

 

 

Catherine Plassart

Catherine Plassart

contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

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