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5 février 2006 7 05 /02 /février /2006 09:22

Edito

La Feuillée février 2006

 

 

Paul Cézanne

"C'est un timide, un indépendant, un solitaire, exclusivement occupé de son art, perpétuellement inquiet et le plus souvent mal satisfait de lui-même." (Maurice Denis 1920). Emile Zola, son ami d'enfance qui ne comprend pas son exigence, dans son roman "L'œuvre", le choisit comme modèle de Claude Lantier, archétype du peintre raté. Enfin, il n'y a pas matière chez l'homme Cézanne à créer un mythe.

Mais depuis toujours le peintre parle aux peintres parce que sans doute, comme l'a écrit Maurice Denis, « il arriva que l'art de Cézanne sut garder à la sensibilité son rôle essentiel tout en substituant la réflexion à l'empirisme. »

 

Et c'est cette dimension paradoxale soulignée aussi par Merleau Ponty qui cristallise toute la force et la richesse du travail de l'artiste ; conserver une approche sensible et dans le même temps la soumettre à ce qu'il appelait "sa formule" ; prendre pour guide la nature et ignorer la perspective, les règles de la composition..., tout en défendant "une vision logique, c'est-à-dire sans rien d'absurde". Il veut échapper aux alternatives toutes faites du peintre qui sent, du peintre qui voit. Il souhaite seulement mais c'est beaucoup, "remettre l'intelligence, les idées, les sciences, la perspective, la tradition, au contact du monde naturel qu'elles sont destinées à comprendre" (Merleau-Ponty, Sens et non sens, 1966)

Paul Cézanne parle volontiers de cônes, de triangles et de perpendiculaires. Il détaille aussi la couleur mais ce qui nous importe c'est ce que par l'acte de peindre, son génie nous a livré  : "un monde naissant, un objet en train d'apparaître, en train de s'agglomérer sous nos yeux" (Merleau-Ponty 1966) .

Infinie sensibilité, subtile sensualité, l'univers de Cézanne est plein : "En peignant des pommes, il pouvait grâce à leurs couleurs et à leurs dispositions variées, exprimer un registre d'états d'âme plus étendu, depuis la sévère contemplation jusqu'à la sensualité et l'extase. Sur cette société soigneusement ordonnée, où les choses sont parfaitement soumises, le peintre pouvait projeter les rapports propres aux êtres humains et les qualités du monde visible : la solitude, l'amitié, l'entente, les conflits, la sérénité, l'abondance et le luxe, voire l'exaltation et la jouissance." ( Meyer Shapiro in Style, artiste, société, 1982). Natures mortes, paysages sur le motif ou encore portraits d'après modèles sont à égalité des sujets grâce auxquels le peintre interroge la nature humaine. 

"Or, la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'où la nécessité d'introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l'air." (Paul Cézanne). Paul Cézanne a posé délicatement la dernière touche, cent ans après sa mort elle demeure magique et vivante. 

Catherine Plassart

 

 

voir aussi : La Feuillée de février 2006

 


Catherine Plassart

Catherine Plassart

contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

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