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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 07:54









Une spécificité dans le champ de la bibliophilie


Tout au long du XXème siècle et aujourd'hui encore, un grand nombre de sculpteurs ont choisi de dialoguer avec les poètes, de s'investir dans la réalisation de livres. On s'aperçoit que l'on  peut parler de « livres de sculpteurs » car ils se distinguent des livres de bibliophilie réalisés par les peintres-graveurs. Leur forme, leur aspect sont pourtant semblables. Il ne faut pas chercher dans leur apparence, leur volume, la marque de leur spécificité. Seule la démarche du créateur, sa façon aussi de s'engager sur des chemins inconnus,  procurent aux « livres de sculpteurs »,  un statut et une  raison d'être distincts, dans le champ de la bibliophilie contemporaine.


Une sculpture pour exister réclament  la mise en oeuvre par l'artiste d'un processus lent et rigoureux. De l'intention en passant par le projet jusqu'à la réalisation, le sculpteur exploite des savoir-faire liés au geste, à des techniques élaborées ou complexes. Il est confronté au concret, au tangible. Travail sur la matière, modelages, tailles ou accumulations infinis. Travail sur la structure aussi, armatures complices, agencement et équilibre de forces. Travail sur le mouvement enfin, déplacement suggéré ou effectif,  mécanique ou idéal.  Le plein décrit le vide, le lourd suggère le léger et vice versa. 


Le dessin et l'écrit sont les outils obligés de la recherche pour le sculpteur. Dessiner et écrire font partie de sa pratique au quotidien. Croquis et textes participent aux  étapes préparatoires de la production des oeuvres.  L'éditeur, quant à lui,  souhaite inscrire cette expérience dans les pages d'un ouvrage. Mais l'enjeu du livre met l'artiste en danger car soudain les  mots et les  images changent d'emploi. Ils ne sont plus les  simples  instruments de l'étude mais les objets d'une nouvelle parade , les signes plastiques d'une grammaire visuelle à inventer. Ils délaissent leur fonction séminale au profit d'autres représentations du monde.


Des confidences nous renseignent. Passée la première hésitation, le sculpteur a la surprise de trouver dans le livre, cet espace aux dimensions nécéssairement réduites pour lui,  la possibilité de s'affranchir du  processus créatif  rigoureux et exigeant auquel il se soumet habituellement.  Il est autorisé à « gaspiller » des traits et des couleurs sans retenue. Il se sent accueilli dans le territoire du jeu. Le livre devient une respiration qui tient à distance la présence active du vide dont tout sculpteur fait l'expérience, une digression jubilatoire qui recueille la trace d'innombrables gestes perdus, d'une multitude de paroles envolées. Il est une occasion  offerte à l'artiste d'expérimenter un nouveau langage, d'envisager d'autres points de vue, de communiquer autrement.


Le livre de sculpteur est donc le lieu qui rassemble  à la fois l'empreinte d'un geste et la marque d'un élan vers la liberté. Confronté à  notre regard complice et attentif, ce livre est  le révélateur de l'énergie et de la fragilité du créateur. C'est ce qui lui donne sans doute son caractère si particulier, ce qui le distingue du livre réalisé par un peintre ou un graveur. Pour sa 11ème édition,  PAGE(S) a réuni un choix d'ouvrages des sculpteurs, Louise Bourgeois, Pol Buri, Eduardo Chillida, Jaume Plensa, Raoul Ubac.... Ils sont à découvrir dans l'espace du salon.

Catherine Plassart

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Published by Art Point France - dans Liber amoris
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