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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 10:43

"Domus"

du 14 juin au 14 septembre 2008

 Musée de l'Hospice Saint-Roch  - Issoudun (36)



Chrystèle Lerisse



Une surface presque nue. Décourageante comme la neige où se travaille la lumière. Christèle Lerisse ne se contente pas de jouer à travers le noir et blanc sur les outrances chromatiques. La photographie devient un pur spectacle,  un spectacle pur. La surface est comme une fonte et l'allure du faux carré devient son cadre idéal, le seul qui neutralise le mouvement (puisqu'il est impossible de prendre le large dans les horizontaux ou les verticales). Le langage vient buter à part égale en haut, en bas, à droite, à gauche. Le faux carré impose donc le statisme et le silence. Pas d'échappée. Ni ciel, ni terre, ni avant, ni après. D'une certaine manière, pas d'espace, pas de perspective. Ainsi il n'y a pas de mémoire, même le passé devient un passage quasiment sans trace, sans nostalgie. D'où cette impression de fatalité avec - en sus - le poids de l'indicible.



Chaque œuvre ne dévoile, ni ne camoufle - à peine si elle cerne. Elle marque l'indécision dans le lieu clos de l'impossible fixation. D'une certaine manière l'impossibilité de l'image. Silence et désert jusqu'au milieu des murs. On ne sait plus. Car on n'a jamais pu savoir. Et on ne saura jamais. La chair est saisie de son effroi. Il n'y a plus de lieu. L'image elle-même est en exil car ce que Crystèle Lerisse exige du "blanc" est l'aveuglement. Les traits sont des intrus, une présence contrariée. Ils suggèrent sur la glu de la blancheur qui ferme tout, une fuite et l'impossibilité de la fuite, un mouvement et son empêchement.


Il s'agit soudain d'un ravissement, d'un rapt plus qu'une mise en scène. Revenant toujours des fatigues ordinaires presque tierse à son propre corps, à sa propre aventure, Christèle Lerisse redécouvre ce qui nous met à la limite de la stupéfaction. Le temps semble arrêté ou jamais venu. L'image du silence jamais quitté vient se coller à la matière comme la Mouche d'un des rares poèmes de Beckett : "Entre la scène et moi la vitre vide sauf elle sabrant l'azur s'écrasant contre l'invisible". Le silence semble assigné à résidence et comme vu de dos. Le  travail  de la photographe semble épouser les parois du temps plus que celles de la "Domus". La présence du nu, du vide souligne l'absence essentielle du monde. Ici on ne sait plus : déploiement, repliement, séquence, plan fixe, blanc toujours comme surexposé, et vide. Paysage découvert, reconnu. Sous la surface, des couches très anciennes : quelque chose à la fois à compresser et à racler. Silence que silence. Il parle encore. Il appelle. Un ange passe. La photographie n'est que la modulation muette de son cri. Un tremblement vertical qui fait basculer le poids du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret.



 Musée de l'Hospice Saint-Roch, 36100 Issoudun

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