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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 09:22

Poèmes mis en voix par Laurent Vacher

21 – 25 mai 2008

Maison de la poésie



 Laurent Vacher





Qui connaît les poèmes de Ghérasim Luca le sait : les dire implique de s'y laisser glisser ; de se laisser peu à peu envoûter par eux jusqu'à renaître dans leurs rythmes, leurs formes et leurs syncopes. Ainsi donc, le pari que s'était lancé Laurent Vacher, d'incarner la voix, le corps et les silences de Ghérasim, relevait en soi de l'impossible. Et pourtant...  Grâce soit rendue à sa sublime témérité ! Car l'espace d'un récital il a fait lui aussi partie de la chaîne sacrée qui relie tout rhapsode à son poète, et tout poète à sa muse. Pierre magnétique, obscure et lumineuse, il a su communiquer à son public l'inspiration des vers de Ghérasim. Encore une fois, grâce lui soit rendue.



1.Description.

Mal à l'aise, le poète – ou ce qu'il en reste (son interprète) – entre en scène. Héros-limite cerclé de gouffres, il jette un regard sur son public et sourit comme un enfant. Autour de lui, le décor se réduit à une table (supportant un verre d'eau vide), des pupitres (sans partition) et un accordéoniste (Johann Riche) tout droit tombé de la lune. Ne riez pas ! Le poète s'apprête à parler. De lapsus en Witz, de silences en onomatopées, sa voix bégayante va défier le langage et le forcer à parler une langue qu'il ne connaît pas ; une langue fragile et ondoyante sans référence ni signifié : la langue de Ghérasim Luca ; poète roumain et apatride qui finit par se jeter dans la Seine (là-même où avait déjà fini Paul Celan) le 9 février 1994. En 1953, il écrivait déjà : « ... oui il y a la ré, la réconciliation entre se suicider et être suicidé, à l'insu du troisième terme issu de l'insur, de l'insurrection et de la ré, sursur, de la résurrection. » Et cette réconciliation sans insurrection ni résurrection, c'est « ce monde où les poètes n'ont plus de place » qui lui a donné.




2.Fragments d'analyse.

De l'amour à la mort en passant par la mort morte et les vertiges de la non-aimée, il y a Olga, assise sur sa métachaise, la manie de la manière chez maman le soir à la manière d'un cheval, les dix-huit paires de chaussettes du désespoir dans les fourchettes de ses jambes, et puis le zéro... « ce rond zénith des chiffres... lu lu lubrifiant l'absolu ». Mais ce serait sans compter les 16 objets, qui portent chacun le nom du nombre de trous qui ont servi à sa confection, la main invisible qui repose sur un lion lui-même invisible dans une chambre parfaitement subitement invisible, et puis, et puis surtout, l'obscène mitrailleuse de ses dix doigts luttant contre « la grande tortue métaphysique, la fameuse tortue de la métatorture éternelle menaçant de sa lourdeur grise tortionnaire et métaphysique la beauté physique de la métafemme concrètement assise sur sa métachaise volante... ». Comment dire plus ? De l'amour à la mort il y a tout Ghérasim...




En guise de conclusion, citons dans le désordre, la liste des textes lus par Laurent Vacher, tantôt homme, tantôt femme, tantôt fragile, tantôt d'acier – et soutenu dans son délire par les notes météoriques de son accordéoniste lunaire : ... Héros-limite, Autres secrets du vide et du plein, Ma déraison d'être, Auto-détermination, Le rêve en action, Hermétiquement ouverte, Initiation spontanée, Le triple, L'écho du corps, Aimée à jamais...



Frédéric-Charles Baitinger

Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com

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