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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 10:47









Au-delà du point critique, on se rappelle des images de ses premiers  films, son "époque" bleue. Des panoramiques qui flottent dans toutes  nos mémoires. Les lumières lourdes de la ville basse et tentaculaire. Ces personnages ( De Niro dans Taxi Driver,1976 ). Les femmes qu'on  aimait imaginer "au crépuscule" (Liza Minelli dans New York, New  York,1977). Ces êtres "cultes", ces refusés qui s'étonnent d'avoir  atteint le but à l'horizon. La profondeur de ses tableaux parfaits encore ( No direction home :  Bob Dylan, 2005).


  A côté de lui on regarde le cinéma beaucoup moins calmement. Il a  conçu la grâce et s'achemine vers les formes les plus objectives du  7ème art : le documentaire, pour l'élever au sublime. On veut parler maintenant de "Shine a Light" (2008), d'après un  concert-prétexte donné par les Rolling Stones à l'invitation de  l'ex-président des USA, Bill Clinton en faveur de la lutte contre le  réchauffement climatique. Scorses se surpasse et monte ici à travers les nuages de la musique  des Stones, jusqu'à la lumière du soleil du Rock'n'Roll. Comme le dernier cri d'un mourant il hurle, à la façon d'un peintre de  l'école hollandaise (Rembrandt), "Plus haut, plus clair, plus artiste ! ".


L'état d'âme de Martin Scorsese nous intéresse. Sa volonté de  s'enivrer et cette déclaration originale en faveur de ces hommes  remplis de défauts, d'empêchements et qui veulent jouer et chanter la  musique des Noirs en mouvement. Eux qui ont gagné la légitimité d'un Muddy Waters, sans manie, sans  être "pompiers" non plus. Scorsese filme donc là le futur, la volonté esthétique de faire crédit  à l'utopie, loin des déclarations  gratuites. Deux heures de bonheur à l'école du Rythm'n'Blues sous l'influence  d'un Mick Jagger jamais niais. Le meilleur des plans inspirés de la  production de Scorsese. Pas si simple, mais si grandiose !


L'énumération de morceaux joués et empruntés aux souhaits des  artistes, jamais vulgaires ici, mais toujours préoccupés par leur idée  d'être véritables. La jeune musique peut essayer de rivaliser avec eux. Scorsese a eu le  don d'en avoir l'idée puissante, inspirée par la foi éveillée d'un  amateur authentique des racines du Rock : Le Blues (et l'on pense au  duo mémorable Buddy Guy- Mick Jagger au coeur du film). Lyrisme, mystique de la folie sur place, inclination à chercher la  vérité dans l'expression des visages fatigués, surpassés. Effort pour  rendre la beauté des stigmates de l'âge. Depuis longtemps la musique anglaise court après l'Amérique.  Aujourd'hui un italo-américain (Scorsese) le lui rend bien . Grand  peintre de la caméra il restaure la poésie rock à la dignité des arts  et des lettres.

PG

"Shine a Light", film documentaire de Martin Scorsese, visible dans  les (bonnes) salles obscures de France depuis quatre semaines.

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