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9 février 2006 4 09 /02 /février /2006 11:38

"Songe et mensonge" de Antonio Saura

autour du « Rideau de scène pour le Quatorze - Juillet » de Pablo Picasso (1936)

 

jusqu'au 7 mai 2006

Les Abattoirs - Toulouse

 
 

Jusqu'au 7 mai 2006, les oeuvres de la série satirique « Songe et mensonge » sont exposées autour du célèbre « Rideau de scène pour le Quatorze - Juillet » de Pablo Picasso (1936) au musée d’art moderne et contemporain de Toulouse. Ce sont ainsi quarante et une pièces peintes sur papier d’Antonio Saura (1930-1998) que les Abattoirs vous proposent de découvrir.

 

Comme l’artiste satirique le définira lui même dans son écrit « songe et mensonge» (traduction française par Gérard de Cortanze in Mémoire du temps, Carnet de notes, La différence, 1994), cette œuvre illustre en un sens une partie de sa pensée, de son engagement politique et fait échos aux propres engagements de Pablo Picasso :

« les dessins de cette série satirique, commencés en 1958 et terminés en 1962, furent, de longues années durant, gardés au secret, pour des raisons que l’on comprend aisément. Seuls quelques amis en connaissaient l’existence. Quelques pièces figurèrent dans des expositions à l’étranger puis, plus tard, lors d’expositions à caractère thématique.

 

Il existe, vis-à-vis de mon travail en particulier et de l’art espagnol d’après-guerre en général, un énorme malentendu. Beaucoup pensent que la fin de la dictature franquiste impliqua pour plusieurs artistes sinon une déperdition de motivation du moins un affaiblissement de leur énergie. Comme si une époque de grisaille et de malheur suffisait à provoquer, par réaction, une éclosion créatrice, sans penser – ce fut mon cas – que la source de cette énergie peut résider dans un milieu subjectif où tout ce qui relève du biologique et du tempérament, l’introversion provoquée par la maladie et la soif de savoir, à quoi il faut ajouter l’ouverture provoquée par l’exil volontaire, comptent autant si ce n’est plus que le poids de l’histoire ou la pression de la vie au quotidien.

Je pense que l’apparition du drame et de la monstruosité ne relève pas seulement de l’indignation ou de la morbidité, mais aussi de certaines formes de complaisance , d’ordre culturel ou affectif et, pourquoi pas, de la résolution de problèmes éminemment plastiques. De la même façon : déduire que l’art produit par un pays déterminé, en un moment historique précis, n’est que la conséquence d’une situation répressive et le fruit réducteur d’une aberrante et masochiste interprétation. J’ai toujours pensé que si l’Espagne avait pu jouir de davantage de liberté, l’art n’en eût été que plus fertile, plus vrai et en même temps plus universel.

Ces séries de dessins satiriques semblent aller à l’encontre de cette conviction : sans doute pour refléter une attitude parallèle et d’une certaine façon marginale ; de la critique d’une situation spécifique absolument négative, c’est à dire d’un art du Contre et non du Pour. Le franquisme fût certes un phénomène monstrueux qu’il était nécessaire de combattre – et je le fis dans la mesure de mes moyens, presque toujours en marge de ma peinture -, mais l’art reste, à mes yeux, une tentative de représentation du fait phénoménologique-intemporel par le biais d’une technique subjective recourant à part égale au fantasme et à la plastique, c’est à dire : la naissance d’une beauté monstrueuse et fatale éloignée de tout conditionnement circonstanciel.

Ces dessins, peut-être, n’auraient pu surgir en un autre moment, et probablement pas en un autre lieu, mais leur diffusion réduite les rendit inefficaces. Une consolation pourtant : ni les Désastres de la guerre de Goya, ni le Songe et mensonge de Franco de Picasso n’aidèrent réellement à la chute du despotisme. Je ne tire aucun orgueil de leur destin, et moins encore de leur origine. Me reste au moins face à leur présence , la certitude que ce qui ne se fait pas au bon moment ne se fera jamais ; les motivations ne seront pas les mêmes – quant au trait (au tracé du peintre), sa graphologie, il en reste, avec le temps, à jamais altéré ».

Cette exposition inédite est le fruit d’une collaboration suivie entre la Succession Antonio Saura et les Abattoirs, qui s’amorce ainsi de façon magistrale en associant pour la circonstance deux des artistes majeurs de la seconde moitié du XX ème siècle autour des  collections du musée.

Commissariat : Alain Mousseigne, Conservateur en chef des Abattoirs.

 

les Abattoirs
76 allées Charles-de-Fitte
31300 Toulouse - France
Serveur vocal : 05 34 51 10 60
Tel (accueil) : 05 62 48 58 00
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h
Fermé le lundi et certains jours fériés
Gratuité le 1er dimanche de chaque mois

 
Bibliographie :

Antonio Saura Señoritas y caballeros
Ed. Jannink 1992
Recueil de cinq nouvelles inédites, sérigraphie originale signée.
voir l'ouvrage (achetez avec Art Point France)

 

voir aussi : le site des Abattoirs,

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Published by Art Point France - dans Sud Ouest : expositions
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