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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 11:53

MARCEL JEAN, ACTEUR HALLUCINÉ DU SURREALISME

par Jean-Paul  Gavard-Perret

« Marcel Jean, Acteur et témoin du surréalisme », Musée de l'Hospice  Saint Roch, 36100 Issoudun. du 01/02 au 01/07  2008.

Marcel JeanVivant de manière secrète parce que c'était là sa manière de surmonter l'écart - solitude - Marcel Jean est demeuré une figure voilée du surréalisme. On l'a plus considéré comme un témoin que comme un acteur de ce mouvement. L'exposition du Musée de l'Hospice Saint-Roch permet de réparer cette injustice en offrant une panoplie des songes et des désirs obscurs de l'âme, fabriqués par celui qui du néant a fait sentir l'irréparable outrage. A la frontière indécise du conscient et de l'inconscient, Jean a su charger de matière des formes pour leur fournir  une densité de vie. Dans ses gouaches se défont les traces afin de faire comprendre comment le plaisir peut, en peinture comme ailleurs, tuer le regard. La peinture et le surréalisme (mais c'est là pour lui un seul corps) est le lieu où doit être ôté ce qui recouvre et dissimule car rien n'est dans le réel mais à l'inverse tout est dans la surface de la toile même si par sa figuration elle ne représente qu'elle-même.



Il reste à ce titre un des surréalistes les plus précurseurs car il a compris qu'en peinture (comme en littérature) ce n'est pas le référent qui fait le tableau ou le texte. Pour lui le regard est la peinture, la peinture est le regard. Bref il est toujours question de toile enveloppant la toile. Plus besoin de s'enfermer dans la peinture comme dans un tronc creux afin de nous livrer aux océans des siècles  d'attente. Marcel Jean dans ses écrits et dans ses oeuvres plastiques en détache la tête, la remodèle à la cire non en ses moments figés dans le sommeil de mort mais au moment où se déplient les images consistantes de rêves plus réels que ce que la réalité promet. Plus que d'autres Marcel Jean a illustré ce qu'il affirme lui-même à savoir « le flagrant délit qui flamboie dans le crâne de tout surréaliste ». Il a su (nous) glisser en ces points - interstices - où les images du réel n'ont plus lieu d'être. Il les a entrecroisées, échangées pour qu'elles jouissent dans la partouze visuelle où une multitude de traits et de couleurs s'arquent au delta des jambes béantes de la réalité. Mais on a trop oublié combien Marcel Jean était non seulement le témoin mais l'acteur halluciné d'un surréalisme capable d' imaginer la nuit à Manhattan où dans la chevelure de Marianne entre la balance pèse-farine de Terraillon et un bidet acrylique de Duchamp. Certes le temps est tombé sur le surréalisme mais Jean nous en offre encore de pertinents indices qui relient des fragments de paroles, aux images et jusqu'à la musique de Mento, cette musique populaire de la Jamaïque ancêtre du Ska et du Reggae. Plus particulièrement, l'oeuvre picturale de Jean ne cherche pas à savoir comment l'émotion arrive mais comment elle se reproduit sur la toile où les couleurs nourrissent et portent la vérité du corps entre sommeil et fable. A chaque oeuvre son vertige, sa perte d'équilibre dans l'horizon même si le soir tombe, fait pression sur les vitres des toiles qui ferment le paysage afin qu'il soit encore plus visible. C'est pourquoi il faut considérer l'oeuvre de Jean comme un chasse-neige brutal qui passe pour enlever le drap blanc qui recouvre notre regard. Jean l'appelle par sa manière de traverser les murs des apparences afin que l'espace soit dépris de lui-même.




Le créateur nous rappelle aussi que le tumulte de l'être est toujours beaucoup plus subtil que toutes les simplifications figurales. C'est pourquoi la poésie de Jean ne cesse de balancer entre affaissement et remontée. Elle offre à la "peinture mère crevée" (M. Pleynet )  une sortie en beauté pour inventer une sorte de charnière invisible sur le corps silencieux. Dans la matière "couleur" tout devient miroir déformé parmi ce qui est enfoui (Le jardin), retrouvé (Le palier) ou perdu (La maison). C'est cela l'Existence. Nous y sommes sans y être (invité). C'est-à-dire parce que nous y entrons par effraction et parce qu'un désir subsiste. Parce que grâce à cette création majeure, nous sommes  femme et homme et que l’homme regarde la femme sachant ce qu’il en est de lui au fond : "Une image où tout finit. Ainsi commence l'histoire" dit Jean. Le tout dans la précision (en abîme) d'un décor qui ment dans sa simplicité : il y a ce qui se voit et tout ce qui ne se voit pas ( les millions de racines, des centaines d'oiseaux, limaces, taupes... Bien d'autres choses encore... : éros blanc et tout ce qui tombe et roule. Le déchirement de la poésie. Celui des certitudes des sexes. Ce n'est plus le corps exposé qui parcourt une incertitude mais le regard. Ne reste que ce trop plein, que ce tremplin. Peu de surréalistes ont osé aller si loin.




Musée de l'hospice Saint-Roch
Rue de l'hospice Saint-Roch - BP150
36100 Issoudun
Tél : 02 54 21 01 76

photo : Portrait par  Mélanie Gribinski Paris 1992  http://gallery.artlimited.net/image/?id=94&lg=en

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