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2 décembre 2005 5 02 /12 /décembre /2005 16:34

édito

La Feuillée décembre 2005

 

Une collection d'art brut n'est pas une collection comme les autres. A-t-elle sa place dans un musée, c'est à dire dans un lieu officiel, public ? Peut-elle être présentée dans un espace vaste et lumineux ? Jean Dubuffet se posait déjà la question.

 

Mais il s'agit bien d'une part de notre patrimoine du XXème siècle. Il est donc nécessaire de la protéger . L'association L'Aracine à qui appartenaient ces œuvres "qui troublent nos consciences" a choisi de les offrir au Musée de Villeneuve d'Asc (Communauté urbaine de Lille) tout en sachant que "nous avons si vite fait de reprendre nos habitudes en habillant à nos convenances ce qui nous dérange et d'oublier que ce qui naît sans consultation tient d'une lecture où l'âme est davantage maîtresse que la raison."

 

Etablie sur des données culturelles, une certaine définition de l'art est considérée comme une institution puisqu'elle découle de l'histoire. L'art brut échappe à ce procès ; et pourtant, il n'est pas un art sans culture. Daggen parle "d'œuvres complexes, à bien des égards très savantes". Dubuffet lui-même ne dénonçait pas les modèles mais le mimétisme chez les artistes et les intellectuels.

 

Cependant l'art brut demeure troublant. C'est un art de stigmates. Il fait émerger les manifestations d'un état traumatique des profondeurs d'un présent statique. Or les notions d'accélération, d'allongement, de progrès qui caractérisent nos sociétés n'excluent pas bien au contraire le désarroi, la solitude, ou l'exclusion.

 

C'est sans doute pourquoi l'art brut dans un musée s'apparente au "miroir que l'on promène le long d'un chemin". Il nous donne à voir une part cachée de nous même qui aussi délirante soit-elle se révèle plastique. Il constitue souvent la réserve de liberté, d'authenticité, d'aspirations où puisent les meilleurs artistes. Enfin dans sa dimension "modeste", il autorise le non-professionnel a investir le domaine créatif.

 

L'art brut est une part de l'art singulier qui englobe l'art psychopathologique. Pour approcher l'art brut, où qu'il s'expose, il n'y a donc qu'un chemin : il faut suivre la diagonale du fou. 

Catherine Plassart

 

voir aussi : La Feuillée décembre 2005

 

 

Catherine Plassart

Catherine Plassart

contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

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